‹ Chèref-namehChapitre 7 sur 22 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

qui traite des priDces de Chiréwân (230) composé d'une principauté et de deux zfâmèt (ou bénéfices nulitaires) ^).

Le mélodieux rossignol de la roseraie de l'émirat et l'éloquent perroquet de la plantation de sucre de la principauté rap-

^) Nous voyons dans les Prairies d'or de Mas^oudy, Tome II, chap. XXIY, p. 196, qu'après avoir vaincu le fameux Mazdak et l'avoir fait mourir avec ses

portent, au sujet de la géoéalogie des émirs de t!htréwân, que leurs pères et leurs aïeux étaient rangés dans le principe, au nombre des vézirs de la dynastie Âïoubide. Lorsqu'en 662 de l'hégire (A. D. 1261), la main de la Providence eut ployé le tapis de Tempire de cette famille princière en Egypte et en Syrie, le hasard voulut qu'un de leurs enfants (descendants), qui doit avoir été l'aïeul des princes {ntélïks) de *Hiszn-Keïf, vînt dans ces parages. Suivant une autre tradition, leur généalogie remontait aux souverains {méliks) du €hirwân. Quoiqu'il en soit, a'Izzu ddîn, Bedr-u ddin et 'Emâd-u ddîn étaient trois frères qui arrivèrent dans le pays de Kèfra (231), où ils se fixèrent. Grâce aux louables efforts (à la protection) des anciens sulthâns, la principauté de cette contrée leur fut dévolue, et le premier d'entre eux qui gouverna Kèfra, en qualité d'émir, et dont le nom célèbre passa de bouche en bouche fut Mîr ^Haçane, fils d'Ibrahim. II eut cinq fils nommés Émir Mouhammed Kour (l'Aveugle)^ Mir Chah-Mou hammed, Mirza(?) . . ., Mir Chèms-u ddin et Mîr Medjd-u'ddin. Lorsque la durée du règne de Mîr 'Haçane approcha de son terme, il partagea sa principauté héréditaire entre ses enfants, et rédigea, à cet effet,^un testament authentique, à l'appui duquel il y joignit une formule d'anathême (contre celui qui le violerait), en laissant à ses fils la recommandation de se contenter, après sa mort, de la part dévolue à chacun d'eux et de ne ''^^' pas chercher à se nuire les uns aux autres, de sorte qu'il légua le château de Ghébistân et ses dépendances à Mîr Mou hammed Zbwr, celui de Kèfra^ avec ses annexes à Mirza (?) , celui d'/rown,

Ttxtê

quatre-Yingt mille partisans le roi Saçanide de Perse (j^j^yi\ Anouchirwân prit le nom â^Anouehirwân, qui signifie vîlii) Jb Ji^ le nouveau Boù Cette assertion dn savant et illustre Mas'oady nous donne lieu de croire que le mot ^| anau Bjnonjme.de y signifiait nouveau et (j\j^ synonyme de (j^ji^ ou ^jL^^^i (gardien dn Lion) avait le sens de Boi. Nous voyons encore aiyonrd'liui le SoieU et le Lion figurer sur les décorations de Tordre jUtt) /jLmJ créé par la famille régoante des Q'od|j&rs de la Perse. F. B. G.

avec ses enclaves, à Mîr Chèms-uMdîn, et celui d'AwU avec ses dépendances y à Mîr Medjd-u ddin. Il désigna, en même temps, pour son successeur, Mîr Chah-Mou hammed.

Mîr Cbâh Hou'hammed, ils de Hîr 'Haçane.

H se voua, après le décès de son père, au gouvernement de la principauté de Kèfra. Sur ces entrefaites son plus jeune frère Medjd-u ddîn vînt également à mourir, et comme il n'avait point d'enfants mâles, Mîr Chah Mou hammed réunit le château d'Awîl à celui de Kèfra, et jouit d'une parfaite indépendance dans sa principauté. 11 laissa en mourant quatre fils nommés: Mîr Mou- 'hammed, Mîr Abdâl, Mîr 'Aly et Mîr Izz-u ddîn.

Mîr Abdâl prit la place de son père.

L'Émîr AMâl, flis de rÉmîr Chah Hou'hammed.

Il monta sur le trône de la principauté après le décès de son père (232); et lorsqu'il l'eut gouverné pendant quelques années, il livra le reste de sa vie à la mort, qui vint réclamer le tribut qui lui était dû. Son digne fils

L'Êmtr Chah Hou hammed, fils d'Abdâl,

succéda à son père. Ce fut sous son règne que le Chah Isma ïl conçut le projet de soumettre le Kourdistân (232). Lorsque les émirs et les princes kourdes se soumirent, d'un commun accord, au chah susmentionné et vinrent lui rendre hommage, comme nous l'avons raconté à plusieurs reprises, il fit emprisonner tous les émîrs (chefs) kourdes, à l'exception de Mîr Chah Mou hammed et de 'Aly-big de Szaszoun. Mir Chah Mou hammed ayant adopté le costume des Q^izilbâches, fut admis dans la société intime et aux banquets particuliers du chah , dont il ne cessa de fréquenter la cour. La principauté de Kèfra lui fut concédé à titre d'apanage, et il#la gouverna pendant quelque temps. Après

Texte

persan, BYOïr jouî de la vie, il laissa quatre fils nommés Mouhammedbig, Abdâl-big, 'Aly-big et Izz-u'ddîn-bîg, et il abdiqua volontairement et de plein gré l'autorité princière, en désignant pour son successeur son fils aîné Mouhammed-big. Il vécut encore dix ans dans la retraite , et les passa dans la solitude. H prit enfin congé de ce monde périssable.

Motf hammed-bi?, flls de lltr Chah Hoa'hammed.

Il administra la principauté de Eèfra et ses annexes en vertu des dernières volontés de son père. Quand il l'eut gouvernée pendant trente ans, son frère, Abdâl-big s'insurgea contre lui dans l'intention de lui disputer la principauté de Kèfra, qu'il réclama. Mouhammed-big, résolu de déjouer les projets de son frère et de faire tout ce qui dépendrait de loi pouf que le gouvernement de Kèfra ne lui fût point dévolu par le divan du puissant Khaq'ân Souleïmân (234), prit à tâche de veiller, sans relâche, pendant une année entière, à la garde du château de Bârguiry (ouBârkiry) situé sur les frontières des Q'izilbâches : il fut, en conséquence, chargé de la défense de cette place et partit pour sa destination. Par un effet du hasard, le chah Thahmasp se mit, à la même époque, en marche dans l'intention de se rendre maître des châteaux de 'Adildjuwâz, d'Ardjiche, d'Akhlâth et de Barguîry (2 3 5).. On était alors au coeur de l'hiver: la neige était si abondante et le froid tellement intense, que la terre s'était couverte d'une cuirasse de glace comme un autre Isfèndiâr au coeur de bronze, et les montagnes avaient revêtu leurs crêtes d'ime pelisse d'hermine. L'oiseau n'avait plus la force de fendre l'air, et le poisson n'osait plus circuler au sein des eaux (236).

(Vers.) Nous sommes réduits à avaler de la pierre, en guise d'eau, car l'onde s'est durcie comme le marbre. La cotte de mailles qui couvre la taille des gladiateurs peut être considérée comme un filet destiné à prendre l'oiseau c^e l'âme (237).

Si

Le monarqae persan vint d'abord fondre, comme un fléau céleste, sur le château de Bârguîry (Bârkîry), dont il commença à faire le siège. Celui-ci s'étant prolongé pendant trois mois, la position des assiégés devint on ne peut plus critique ; les vivres et les provisions commencèrent à leur faire défaut, les habitants privés de nourriture perdirent tellement leurs forces et leur vigueur, qu'ils se virent hors d'état de irésister.

Moubammed-big, ayant appris en outre que la principauté ^Jj^^J*^ de Kèfra avait été accordée à son frère Abdâl-big, par le divan ^'^^^' du Sulthàn Soulelmân, s'abandonna au plus affreux désespoir, et livra la place aux commissaires du chah Thamasp, c'est-àdire au chef (émîr) du divan Maszoûm-big le Szèfide, et se rendit à la cour du Sulthân Souleïmân, pour lui exposer l'état des choses. Des malveillants rapportèrent en secret au sulthân que les vivres et les munitions se trouvaient en grande abondance au château de Bârguîry, et que Mouhammed-big avait fait preuve d'une extrême lâcheté en le livrant aux Q'izilbâches. Le potentat le plus redoutable ^ U^ de son siècle rendit, en conséquence, un firman, par lequel il donna l'ordre de pendre le malheureux et de le livrer au dernier supplice. Les exécuteurs des hautes - oeuvres forcèrent son âme à évacuer la citadelle de son corps qu'elle aurait dû défendre en véritable sulthân.

AMàl-Ug, fils de Ntr Chah Hoifliaiiimed.

n devint souverain absolu de Eèfra après l'exécution de son frère Mou hammed-big. Lorsqu'il eut gouverné cette principauté pendant treize ans, la discorde et l'antagonisme éclatèrent entre ISlir Mouhammed, Mélik-Khalîl, ses frères et les princes de Khizân. Mélik-Ehalll, ayant imploré le secours d'Abdâl-big, celui-ci, stimulé par le patriotisme et l'honneur national qui distinguent le peuple kourde, rassembla sous ses ordres les grandes tribus et les peuplades Chîréwy, à la tête desquelles il vint attaquer Khizân. Mélik-Khalil commença à assiéger ce château,

TbxU

que rémîr Mou hammed prit à tâche de défendre de concert avec la grande tribu desNémiran. H fit, en conséquence, une sortie dans l'intention de livrer bataille aux assiégeants et vint former ses rangs en face de Tennemi. II prit dans cette lutte acharnée près de cent guerriers de Ehizân, et les villages ainsi que les campagnes qui bordaient la route furent livrés au vent du pillage^ et de la dévastation. Les habitants de Ehizân exposèrent leurs griefs à la Porte du Sulthân Soulelman Ehân pour implorer sa justice , et ils obtinrent de la part de ce monarque un décret përaan. impérial adressé au Mir-i-mirân (gouverneur général) de Vân Iskèndèr-Pacha à qui il fut enjoint de faire traduire Abdâl-big à la barre du divan de Vân, et de procéder à une enquête sur les événements de Khizân. Lorsque les habitants qui dépendaient des deux parties belligérantes s'y furent présentés, on constata les hostilités qu' Abdâl-big et les troupes de Chîréwân s'étaient permises contre les habitants et les notables de Khizân. Au même instant le Mir-i-mirân de Vân le fit emprisonner dans la citadelle, et exposa le véritable état des choses au pied du trône du khalifat. Il émana, en conséquence, |un firman dont l'exécution était aussi rapide que celle des décrets de la Providence, et qui le condamnait à mort: il fut, par conséquent, supplicié à Vân.

La principauté de Kèfra fut divisée en deux parts : une moitié en fut ^onnée à Szarou-Khân de 'Huzzou (Ezon) , et l'autre moitié, à 'Haçane-big de Kamy (238). Abdâl-big laissa, en mourant, six fils en bas âge nommés : Ma'hmoûd-big, Zeïnel-big, Mîr Chah Mou hammed, Hâdjy (? le Pèlerin), Mîr Mou hammed et Dzoulfiq'âr.

bis, fils d'Abdftl-bi?.

Après l'exécution de ^on père, Kèfra resta, pendant quelques années, au pouvoir des étrangers. Aussitôt que Ma'hmoûd - big eut atteint l'âge viril, il se rendit à la porte de félicité du Sol-

thân Sélim-Khàn pour lui présenter son humble supplique et réclamer son domaine (apanage) héréditaire. Lb sulthân, qui se plaisait à choyer ses amis et à écraser ses ennemis, lui accorda, par an effet de sa clémence sans bornes et de son extrême bienveillance, la principauté de Eèfra, au même titre qu'en avaient joui ses pères et ses aïeux. Muni d'un larlig impérial , dont le style se faisait remarquer par son élégance, il revint, au comble de ses voeux, dans son pays natal, et reprit sa place sur le trône de la principauté et le siège d'honneur de l'émirat. Il ouvrit les portes de la justice et de la bienfaisance à la vieillesse et à la jeunesse, aux indigènes et aux habitants de Chiréwân et combla de ses bienfaits universels toute la peuplade, les ra'ïa et les vassaux qui habitaient cette contrée. . Mais il s'adonna sans re- ^^^ lâche, au vin, à la luxure et à la société déjeunes adolescents '*^*^* dont le corps avait l'incarnat de la rose. Semblable à la tulipe et an narcisse, il ne se dessaisissait pas un seul instant ni même un seul clin d'oeil du calice qu'il tenait continuellement à la main. Soit an printemps, soit en hiver, il ne passait pas une seule minute sans prêter l'oreille au glouglou de la bouteille et au son plaintif de la flûte et du galoubet (239).

(Vers.) n attache plus de prix à une seule gorgée de vin qui a la couleur favorite d'Azèr (240) qu'au sang d'une centaine de frères. L sacrifie une province entière pour entendre le son d'une corde (d'instrument) et préfère une chanson à un royaume.

Lorsqu'il eut gouverné de la sorte .la principauté de Eèfra pendant trois années consécutives, on le trouva une nuit dans son lit, le flanc percé d'un coup de poignard et baignant dans son sang comme) un bouton de rose. Cette principauté fut octroyée, à titre de Sandjaq', par le divan dn Sulthân Sélim-Ehân à Mir 'Haçane de Earny (240""), qui était un des descendants de MîrMouhammed £o^r (l'Aveugle ou le Borgne), entre les mains duquel ce pays resta pendant quelque temps.

Zebd-bls, ils dlbdâHig.

Lorsqu'on trouva, comme nous venons de le raconter, son frère mort dans son lit, sans qu'on sut à qui imputer ce meurtre et sans qu'on pût en découvrir l'auteur, ses frères restèrent en bas âge, et Mîr 'Haçane devint pendant quelques années prince de Chîréwân. Dès que Zeïnel-big eut atteint l'âge de discernement, il se dirigea vêts la Sublime Porte pour y postuler la principauté de Kèfra.

Par un effet du hasard, le troisième vézîr Sinân-Pacha et le Capitân-Pacha Aly (241) venaient de recevoir, à la même époque, l'ordre de partir avec une multitude de vaisseaux et de galères (242) chargés d'une quantité innombrable de troupes et de munitions, pour aller faire la conquête du château de Lépante (243). Zeïnel-big et plusieurs émirs kourdes destitués résolurent également de prendre part à cette expédition maritime avec les armées victorieuses placées sous les ordres du susdit vézîr.

Lorsque le château de Lépante eut été conquis, et qu'ils revîurent au comble de la joie, la position de Zeïnel-big fut exposée, ^p!b87! ^ ^^^^ retour, telle qu'elle était en réalité, au pied du trône SublîiAe par l'entremise du vézîr Sinân-Pacha, et la principauté de Kèfra lui fut accordée au même titre que l'avait obtenue son frère Ma'hmoûd-big. Zeïnel-big revint content et satisfait dans sa patrie et ses foyers, où il occupa la place de ses pères et de ses aïeux. Il traita les rdîa et ses vassaux avec douceur et bienveillance,, et usa des meilleurs procédés envers les princes et les émîrs qui l'entouraient de tous côtés. Il laissa sans cesse déployé le tapis (la nappe) de la bienfaisance, combla d'égards les savants et les hommes de lettres, et prit' sous son égide tutélaîre les pauvres et les faibles , envers lesquels il ne se permit jamais la moindre indifférence.

Pendant qu'il gouvernait, de cette manière, la principauté qui lui avait été accordée, et y passait trente ans au sein du

bonheur, il se concilia les esprits du civil et du militaire par sa mansuétude et sa bonté. H s'appliqua, dans un âge déjà avancé, à la lecture ainsi qu'à l'écriture et vit son zèle et ses efforts couronnés d'un plein succès. H finit par éprouver les atteintes d'une cruelle maladie, qui lui causa, pendant six mois, les plus vives douleurs. Il quitta enfin ce palais à deux issues pour gagner la demeure éternelle, dans les derniers jours du mois sacré de Dzyfhiddjeh de l'année 1005 (au commencement d'août 1597). D laissa sur la surface de la terre, comme autant de souvenirs, cinq fils doués des plus belles qualités savoir: Abdâl-big, Mélik Ehalîl, Mir Ma hmoûd, Mlr Mou hammed et Mîr Soulelmân.

Abdâl-blg, fils de Zeloel-big.

C'est un jeune homme dont la beauté égale les heureuses qualités. Il fut investi de la principauté et du gouvernement de Ghiréw&n après la mort da son père , en vertu de ses dernières volontés et d'un gracieux diplôme du Sulthân Mouhammed- Khân (244). Il est aujourd'hui prince absolu de ce pays^ et il est à espérer qu'il jouira encore longtemps de ce bonheur.

PARAGUPHE PREMIER.

Des princes de Karny (2I5),

Zelnel-big (246) est un des fils, petits fils et descendants de Mîr Mou hammed Kour (l'Aveuglé ou le Borgne), à qui son père avait alloué le château de Chébistân, lorsqu'il partagea sa principauté héréditaire entre ses enfants.

Zeïnel-big, fils de Souleïmân-big, possède effectivement la j,^^^^ place de Chébistân et ses dépendances, qui lui ont été accordées, ^Tsal à titre de zfûmet (grand fief militaire) par le divan impérial. Un de ses cousins nommé Mîr 'Haçane, fils de Mélik Souleïmân, a gouverné, dans un temps, la principauté de Eèfra, comme nous l'avons raconté en parlant de Texécution d'Âbdàl-big. Zel-

nel-big étant réellement un jeune homme distingué par sa droiture et sa loyauté ^Lij^ jlj^ a transmis son fief à son fils, et s^est fait allouer le Sandjâq' d'Ag akis par le divan du Sulthàn Mouhammed Khân. Il a un frère nommée Mir Abdâl (246^).

PARAGliPII SECOJO.

Des prtBces d^Irttn.

Mir Mélik, fils de Mlr-'Haçane, est de fait un des enfants (descendants) de Mir Ghèms-u ddîn, fils de Mir 'Haçane. C'est à Mîr Chèms-uddîn que son père, à Tépoque du partage de sa principauté héréditaire, alloua le château d'Iroùn, qu'il (Mir Mélik?) possède, à titre de zi'âmèt. C'est un jeune homme renommé dans tout le Kourdistàn pour sa bravoure et sa libéralité, et réputé pour son extrême piété et son zèle ardent pour

l'islamisme (246*).

CHAÏ^ITBE Vn

qui traite des princes de Zerraqy, et qui se compose de

qnatres paragraphes.

Le génie inspiré des orateurs distingués par leur éloquence et l'esprit aussi brillant que le soleil des historiens renommés pour leur faconde, ne laisseht pas sous le voile de l'obscurité la tradition historique qui fait remonter la généalogie des émirs Zerraqy aux Arabes nomades vl/^' ^^ ^ Syrie. Un certain personnage nommé Cheikh Haçane, fils du Sèid Âbd-u r-Rahmân (247), se conformant à la volonté de la divine providence ^jii émigra de ce pays béni du ciel , et vint se fixer dans celui de Mârdin (248), oii il se livra à la dévotion et à la vie ascétique, n portait habituellement des vêtements bleu-céleste ; ce qui le rendit célèbre sous le nom de Gkdldi aeraqy (Oheikh Ueu de

ciel). Il est possible aussi que, comme les Arabes donnent le nom d'ojsraq aux personnes qui ont des yeux bleus , le cheïkh ait été ^^^^ qualifié de cette épithète. Quoiqu'il en soit le hamza (l'elif ini- ^''j;;; tiale) du mot azraq s'étant perdu par suite du fréquent usage que le vulgaire faisait de ce nom, ce cheïkh a été, connu sous celui de Zerraqy. Un grand nombre de notables du pays de Mârdîn, pleins d'admiration pour la fervente piété et l'austère dévotion (249) cj^ du Cheïkh Haçane, devinrent ses disciples et ses sectateurs ; de sorte que le souverain qui régnait de son temps en fut alarmé, et le fit reléguer dans le château de Mârdin. Au bout de quelques jours, les visions extatiques et les actions extraordinaires de ce cheïkh (250) excitèrent l'enthousiasme mystique (251) du monarque au plaint d'en faire son disciple et son ami le plus dévoué. Il le remît en liberté , et lui ayant fait ses excuses du ton le pljis humble, il se fit un devoir de lui témoigner le plus profond respect et la plus grande vénération. Il l'unit même à sa fille par les liens du mariage; ce qui attira au Cheïkh 'Haçane azraq'y, de la part des habitants de ces contrées, un dévouement inénarrable. Il succéda même au souverain, après le décès de ce dernier, et envoya ses fils (enfants) de tous côtés et de toutes parts, en qualité d'émîrs. Chacun d'eux prit possession d'un des cantons de ce pays et en devint le prince. v

PARimPHE PREIIER.

Des Émîrs Derzîny,

Un des ses enfants (descendants) du Chelh Haçane azrag'y (252), dont le nom était JyU Zfôftti (Abel), vint à Derzîny. Son fils s'appelait QàhTl (Gain). Derdny était un château fort, au milieu duquel se trouvait une grande église. A l'époque où cette fortereese était entre les mains^ des impies infidèles , on lui donnait le nom de Déir-^r (^J^^ probablement Jj:>^> Déwdvfy en allemand Kirchenburg). Lorsque Hàbil' et Q'àbil s'en

furent emparés et rendus maîtres , ce nom , par suite de son fréquent usage, fut enfin changé en Dèrzîny ^^jj^> Nous avons rapporté méthodiquement toutes les données certaines que nous avons pu recueillir sur leurs princes.

L'Émir 'Hamzah, fils de Yîmtr Kbalil, ils de Vimtr CTâzy.

La principauté de Dèrzlny fut soumise, pendant quelque temps, à Mir 'Ilamzah en vertu d'un diplôme du Chah Isma'îl le Szaféwy (ou Szèfide)(253). Après son décès, son fils Mouhammed-big, s'étant soumis, de concert avec les émîrs et les princes du Kourdistân, à la céleste porte du Sulthân Sélim-Khân, fiit pman. houoré de la bienveillance du monarque qui était Tornement du

monde, et comblé des augustes faveurs de ce glorieux sulthân. La principauté de Dèrzîny lui fut octroyée; et, lorsqu'il eut gouverné pendant quelque temps , il passa de ce séjour éphémère (254) dans la demeure étemelle. Il laissa sur la surface de la terre quatre fils nommés 'Aly-big, Châh-qouly-big, laqoûb-big et Djéhânchâh-big.

'Aly-big, fils de MoD'taammed-big.

Après le décès de son père, ses frères se montrèrent hostiles à son égard, et lui disputèrent la principauté. Il arracha enfin , grâce à la vigueur de son bras , ce pays des mains de ses antagonistes , et le gouverna d'une manière absolue pendant sept ans. Après sa mort, son frère

Châh-q'ooly-blg, fils de HoD'hammed-big,

fut investi en 941 de l'hégire (A. D. 1534 — 5) du gouvernement de sa principauté héréditaire par un gracieux diplôme du valeureux Sulthân Souleïmân-Khân, et occupa la place de son frère. Après un règne de huit ans, il fut assassiné avec quelques personnes de saC suite dans la bourgade de Boli (255) par son

ennemi juré Nâszir-bîg Zerraq'y de Guirdékân, au moment où il revenait de la cour du Sulthân Souleïmân.

la'q'oftb-bfg, fils de Hotf hâmmed-blg.

Après le meurtre de son frère Châh-q'ouly-bîg, il fut nommé prince de tous le Dives \255'') Zçrraq'y par un firman du Sul-

thân Souleïmân. C'était un homme foncièrement CJh j-^j^ doué des plus belles qualités et passionné pour la conversation des faq'îrs et des contemplatifs (256). Pareil â miSzoûfy (Sofy) (257), et marchant sur les traces des ascètes qui dépouillent l'essence divine de toutes les idées que peuvent se former l'esprit et l'imagination (258), il joignait la foi la plus sincère à l'esprit le plas pur. Il était né poète, et a composé des poésies mystiques et un commentaire théologique (259). La plupart de ses poésies sont en langue kourde. On a même de lui un Divan tout entier dans le même genre où il traite des vertus sociales, du ton de la bonne compagnie et du système d'administration politique. C'était le 'Hàidèr (pu Lion) de son tçmps. j^^

Après avoir régné pendant vingt-cinq ans, il renonça spon- ^rslT. tanément et de sa libre volonté à ces graves occupations , et désigna son fils Doumàn-big pour gouverner, à sa place , la principauté Zerraq'y. Deux années plus tard, le jeune prince fut tué à la bataille de Tchildîr (260) par les Q'izilbâches, avec les princes du Eourdistàn, lors de la campagne du Ghîrwân. la'qoùb-big passa lui-même dans la vie future une année après que son fils Doumân-big eut été tué. Celui-ci laissa deux fils nommés Mou- 'hammed-big et ' Aly-big.

Honhammed-big, fils de Donmân-bij?.

Lorsque son père fut admis au rang des martyrs en 986 (A. D. 1578), U lui succéda à l'âge de quinze ans, grâce aux généreux efforts de son aïeul la q'oûb-big. Il se voua, malgré son

Texte persan^ p, H».

bas âge, aux affaires de la principauté et prit à tâche de déployer les qualités qui caractérisent un bon prince, de sorte qu'il devint un objet de jalousie pour ses collègues II l'emporta en grandeur et en puissance sur ses pères, et ses aïeux. Mou hammed-big de Guirdékân ^>^^ mû par une inimitié invétérée et cédant aux instigations de Chèms-u ddin KU Khouda (intendant général ou ministre de Tintérieur) de ^Huzzou CHzou), auquel il était uni par les liens de la parenté , résolut , par attachement pour lui, d'assouvir sa propre vengeance. Les suggestions de satan jointes à la vanité qu'inspirent les passions le portèrent à lever la tète comme le feu (qui prend flamme): il pilla, dévasta et incendia plusieurs villages et localités du territoire de Dèrzîny, et causa le plus grand dommage à toute cette contrée. Mou hammed-big donna, de son côté, à quelques-uns de ses cousins et de ses affidés l'ordre de réprimer un pareil brigandage et leur confia la garde et la défense des limites et des frontières de sa principauté. Mou hammed-big (de Guirdékân) les ayant, k la même époque, envahies selon ça coutume, ils en vinrent aux mains et se livrèrent un combat dans lequel Mou hammed-big mordit la poussière du trépas et succomba sous les coups de la flèche scintillante et du glaive altéré de sang.

Lorsqu'on l'enleva de ce champ de bataille^ il lui restait encore un souffle de vie , et on le transporta à Guirdékân. Il livra, un jour après son arrivée, son âme à l'ange chargé de la recevoir ; et Mou hammed-big (de Dèrzîny) s'étant défait de plusieurs de ses agas, qui avaient été les fauteurs de ce désordre, s'empara de leurs biens et de leurs moyens de subsistance ^\jj\ , et acquit par là une parfaite indépendance. Aujourd'hui que nous sommes en 1009 de l'hégire, il gouverne ce pays comme il convient, sans obstacle et sans partage. Se fondant sur sa parenté avec la dynastie des princes de 'Hazzou, il a voulu, de nos jours, enlever avec l'assistance de l'Émîr Chèref, prince de Djézîreh, la principauté de'Huzzou à Mou hammed-big, fils de Khizrbig, et y installer, en qualité de prince , Bèha-u ddin-big, fils de

Mottrâd Khân. Mais rexécution de ce vaste projet a été au dessus de ses forces; et il en est résulté pour lui quelque honte et quelque confusion aux yeux de ses égaux. Comme il est encore jeune, il est à espérer que le Très-Haut lui fera la grâce de le douer d'humanité et de loyauté (261).

(Vers.) N'espère jamais ) mon coeur! trouver de la fidélité . chez les enfants de ce monde, car la générosité n'existe pas dans la nature de tes compagnons de voyage.

PAKAfiRAI^HE SECOND (OU DEDUÈHE BRANCHE).

Des Princes de Goirdékân (oa Eoordékân?).

n a été raconté précédemment qu'un des descendants du Cheikh Azraq'y nommé U^ (Abel) vint faire la conquête de Déir-i-diz (262), Son fils Q'ûbU (Caïn) eut des relations intimes et coupables avec la fille de Kâbil (263), dont il obtint les faveurs, et il en naquit un fils. Honteuse et rougissant de sa faiblesse elle ne voulut pas que son père en fût instruit, et elle envoya son fils à Guirdékân (ou Eourdékân?) dont les princes actuels appartiennent à sa lignée : ce âont les cousins des princes de Derzîny (Derzin?). Mîr Nâszir de Guirdékân (ou Kourdékân?) , avait avec ces derniers des discussions continuelles au sujet du village de Minâr situé entre Derzîny et Guirdékân : celle des deux peuplades «Uull» dont'le pouvoir était prédominant s'emparait de vive force du village susmentionné. Cet état de choses se prolongea jusqu'à l'époque où Châh-q'ouly-big, prince, de Der- Texte zîny (Derzîn) se rendit à la porte du Sulthân Souleïmân - Khân, p- a^a! et obtint de ce monarque un titre confirmatif qui portait, que le village de Ménâr serait définitivement incorporé à là principauté de Derzîny (Derzîn?). En apprenant cette nouvelle, Nâszir-big sentit la flamme du courroux s'élever du foyer de son coeur, et il résolut d'en tirer vengeance. Il se hâta de partir avec un grand nombre de ses courtisans dans l'intention de se défaire de Chah Q'ouly-big, quel que fût le lieu où il le rencontrerait, à son retour

de ConstantiDople. H se rejoignit, par hasard, dans la Q^aszaba (bourgade) de Boli, où il était revenu après avoir terminé ses affairés. Us se rencontrèrent, en vinrent aux mains, et se livrèrent un combat, dans lequel Chah Q'ouly fut tué avec quelques officiers ol/r* (serviteurs) qui l'accompagnaient. Lorsque . le mir-i-Uva (ou commandant du district) de Boli (264) fut instruit de cet événement, il convoqua les notables et les habitants de ce lieu, qui assaillirent Nâszir-big, et le firent prisonner avec trente de ses courtisans. Il fit ensuite parvenir à la Sublime Porte, asyle du khalifat, ^ rapport exact et circonstancié de tout ce qui s'était passé, et il émana de ce séjour de gloire un firman dont l'exécution fut aussi prompte que celle des arrêts de la providence (du destin), et qui ordonnait de mettre à mort Nâszir-big avec les officiers de sa suite. On le pendit avec trente de ses compagnons de voyage aux arbres qui bordaient la route, pour qu'ils servissent d'exemple aux autres rebelles (2 6 5).

(Vers.) Tu ne jouiras jamais de l'empire ni de l'autorité suprême, tant que tu ne prendras pas la justice pour guide. Mets les. chemins à l'abri de tout voleur (266), si tu veux que tes états soient fiorissants.

Honliammed-big, fils de Nâszir-big.

La principauté de Guirdékân (ou Kourdékân) lui fut accordée après l'exécution de son père. Conformément au texte de la . Loi Orale f Hadîtz) du Prophète (que Dieu lui soit propice et lui accorde le salut étemel!), où il est dit: a L'amour se transmet par héritage de même que la haine» (267), il se dévoua à Chèms-u ddîn le Ket-Khouda (268) de 'Hnzzou et à Zeïnèl-big le Texte Chîréwy, et devint l'ennemi juré de Mou hammed-big le Derp.244. 2my (de Derzîn?), fils de Doumân-big, il fut, comme nous l'avons dit précédemment, tué par les gens de Mou hammed-big, fils de Doumân-big.

Nâ8zlr*big, fils de Honhammed-big.

Quoiqu'il fiit encore en bas âge (269), il succéda à son père après que 'celui-ci eut été tué, grâce au soutien et à l'appui de Chèms-uddîn, Kèt-Khouda de *Huzzou. On enleva en outre à Mouhammed-big de Derzin le village de Ménâr avec une partie de ses biens et de ses denrées jijul (ou produits) et on les transmit à Nâszir-hig comme prix du sang de son père et de ses offîeiers, au sujet duquel il s'était élevé quelques contestations. La paix fut conclue entre eux par la médiation du prince de 'Haz* zou et de Zeïnel-big le Chîréwy. Il fut convenu qu'il bannirait de sa cour Mahmoud le Zerraq'y, Kèt-Khouda (270) de Mou- ^hammed-big le Derzlny , qui avait été le fauteur du meurtre de Mou hammed-big. Mou hammed-big l'expulsa effectivement de sa cour avec l'assentiment de ses émirs. Lorsque Ma'hmoûd fut , arrivé à.'Bitlîs (271), Chèms-uddîn gagna les officiers de sa suite, qui au bout de quelques jours, assassinèrent Mahmoud, et s'enfuirent du côté de^Huzzou. Ce meurtre appaisa, jusqu'à un certain point, l'animosité de Nâszir-big, et contribua à consolider la paix. Celui-ci, lorsqu'il était encore en bas âge, passait tout son temps, comme le font naturellement les enfants, à jouer, à s'amuser, à folâtrer et à se livrer au plaisir. Il avait à son service un officier nommé 'Haçane, d'une tournure grotesque cçJli o>****, qui était connu sous le nom de Tchèmbèr (Cerceau), et qui l'amusait par ses bouffonneries et son enjouement (272). H arriva un jour que ce bouffon, exalté par les visions fantastiques que produit l'ivresse provenant des pillules de masloc {jlfJ asrâr)jet s'imaginant 'être à la chasse {J^^^j^^)j plongea dans la poitrine de Nâszir-big un poignard dont la pointe ressortit par l'épine dorsale. Le prince tomba sur le champ , et livra son âme à l'ange de la mort. Il se trouvait alors sur les lieux une foule de monde appartenant aux diverses peuplades et tribus. Us déchirèrent, à cet aspect, la tête de Tchèmbèr en

Faccablant de soufflets et de coups de poing, de sorte qu'ils ravij^^i^ vent an psaltérion ^^ li de son corps la vie qui lui tenait lien ^i^ de mélodie , et firent accompagner le perroquet de son âme par le sinistre corbeau de la mort.. Un certain personnage. nommé Mir-Khalil avait reçu du divan impérial du Sulthân Souleîmân Ja principauté de Gairdékân (Eourdêkân) après l'assassinat de Mir Nâszir à Boli. Après que son fils nommé Mou hammed-big eut été investi de cette même principauté, en qualité d'émir, Mîr-J(^halîl avait quitté cette contrée pour s'attacher au service des princes kourdes , et il avait été forcé par son grand âge et son impotence à revenir, depuis peu de temps, dans son pays natal , où il passait tous ses instants dans la société de Nâszirbig. Les ennemis (adversaires) de Rhalil-big lui imputèrent, ce jour -là, les absurdes méfaites dont Tchèmbèr s'était rendu coupable , et l'on fit également périr , dans cette fatale journée , ce vieillard aussi dévoué que véridique.

L'Émîr Nâszir laissa en mourant deux fils encore en bas âge nommés Mîr Mouhammed et Mîr Bou-Bekr, dont le premier gouverne aujourd'hui la principauté de Guirdékân (Kourdékân?) à la place de son père, conformément à un diplôme de Sa Hautesse le Sulthân.

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