CHAPITRE IX
méthodiquement à l'avènement légal du radicalisme, qui fait le bon apôtre, cache ses ambitions sous les livrées d'un faux gouvernementalisme, et s'organise pendant que nous nous avachissons.
«Devant cette situation, droite et centre droit se sont entendus. On ajourne les questions constitutionnelles, et l'on se place sur le terrain exclusif de la politique conservatrice à défendre... />
Après le récit de la visite faite au président par la députation des droites, Chesnelong continue : « On ne veut pas de nous comme majorité gouvernementale ; nous ne voulons pas être des hommes à la suite, acceptant une complicité de complaisance dans le résultat où l'on nous mène ; nous devenons une minorité conservatrice, rien de plus. Quant à présent, nous n'attaquons pas, nous laissons l'emprunt se faire, le traité se ratifier ; mais vienne une occasion de se compter sur une question où les principes conservateurs seront engagés, nous ne manquerons pas au rendez-vous.
«M. Thiers l'emportera, mais la situation sera nette. Il devra gouverner en s'appuyant sur la gauche, et en acceptant pour adversaires trois cents conservateurs qui ne sont pas le nombre, mais qui seront la quahté. Le pays comprendra, et notre minorité deviendra en peu de temps majorité. En tout cas, nous aurons dégagé notre responsabilité et sauvé notre honneur.
))Et si Thiers meurt, s'il se retire, si nous sommes majorité et s'il ne veut pas gouverner avec nous, ce sera la crise ; nous ne l'aurons pas faite. Nous ne voulons, nous, rioii renverser ; nous voulons simplement redresser la politique qui nous conduit au triomphe du radicalisme... Ce dont je suis certain, c'est que le devoir* est là. et que, si vous étiez parmi nous, vous seriez des nôtres ( 1 ). »
Combattre les partis avancés, et, puisque Thiers s'ap-
(1) T^ettre inédite, du 0 juillet 1872.
puie sur eux pour se maintenir au pouvoir, chercher le
salut du pays en dehors de Thiers ; d'ailleurs, jusqu'au
paiement total de l'indemnité de guerre, prêter un
loyal concours au « libérateur dQ territoire », tel est le
programme restreint, mais de plus en plus précis, dans
lequel le député des Basses-Pyrénées va désormais se
renfermer.
Heureusement, avant même d'être député, Chesnelong est apôtre ; l'action qui lui est refusée, pour le moment, à l'Assemblée, il va la chercher sur le terrain purement cathoHque.
C'est l'heure où viennent de naître les grandes œuvres chrétiennes et sociales qui ont si efficacement secondé l'action du clergé pendant toute la fin du XIX^ siècle. Le Comité catholique, fondé pendant le siège de Paris par M. Léon Pages et le docteur Frédault, compte en province, après deux ans d'existence, quarante-cinq centres d'action inspirés et dirigés par lui. Ces groupes doivent soutenir les grandes œuvres d'assistance et de pénétration religieuses : Denier de saint Pierre, Propagation de la foi, Sainte-Enfance, Pèlerinages, Société de Saint- Vincent-de-Paul. Ils doivent aussi se déclarer « les plus humbles et les plus actifs instruments de l'autorité diocésaine, dans tous les cas où celle-ci daignerait se servir d'eux. » C'est une miUce qui, par son organisation et son but, enthousiasme l'âme vaillante de Chesnelong : il en sera bientôt l'un des meilleurs soldats. ( 1 )
(1) I/œuvre des Comités catholiques avait, d'ailleurs, besoin, lors que Chesnelong y entra, d'être de nouveau vivifiée. C'est à notre député qu'elle doit son plein et définitif essor. Voici, à ce sujet, le témoignage de M. le comte Albert de Mun : « Lo Comité catlioliquo de Paris sortait, depuis doux ans, sous l'impulsion de M. Chesnelong, du sommeil où nous l'avions vu endormi au comniencomont do 1871. Il oommonv'ait à jouer tlanis lo mouvement religieux du pays le grand rôle qui, sous la direction do l'illustre orateur, devait lui appartenir durant vingt niméos. ■ — Ma vocation sociale, p. 191.