‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 99 sur 302 · CHAPITRE IX 21.i · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX 21.i

nistes voués à l'enseignement libre. Chesnelong prit de nouveau la défense des Frères. Cette fois, il avait la partie belle : l'héroïsme des Ignorantins devant l'ennemi était présent à la mémoire de tous.

C'est Gambetta qui s'inscrivit contre son amendement. Selon lui, le texte de la loi était assez libéral, et impliquait de lui même l'interprétation que lui donnait Chesnelong. MM. Bethmont et Jules Simon parlèrent dans le même sens. C'était un commentaire favorable du paragraphe ; on en pouvait proposer d'autres. Chesnelong fit remar- (pier que les commentaires passent et que seuls les textes demeurent.

« Quel est mon but ? ajouta-t-il. C'est de faire insérer dans la loi ce que riionorable M. Bethmont est venu dire à la tribune. »

Cette réflexion enleva le vote de l'amendement. Pendant quatorze ans, les instituteurs libres allaient jouir du bénéfice de l'engagement décennal : la journée du 12 juin avait été bonne pour la cause cathohque.

Cependant Thiers s'obstinait à gouverner avec la gauche. Presque tous ses préfets étaient des répubhcains. Quand un siège était vacant à l'Assemblée, il favorisait ouvertement les candidatures républicaines. Son but évident était d'augmenter la force de la gauche, afin d'entraver le retour de la monarchie. Une négligeait, d'ailleurs, aucune occasion de vanter l'excellence du régime républicam, dont il fallait, selon lui, faire « l'essai loyal. »

Une telle situation finit par lasser la majorité de l'Assemblée, qui, sans être encore en mesure de restaurer la monarchie, travaillait sans trêve en vue de ce résultat. Le 20 juin, une députation composée de M^I. le général Changarnier,Saint-^raro-Girardin,doBroghe,d'Audiffret- Pasquier, Audren de Kerdrel, Batbie, de la Rochefoucauld, Depevre et de Cumont, se rendit auprès de

M. Thiers, pour essayer d'obtenir de lui qu'il consentît enfin à gouverner avec la majorité.

Cette démarche n'eut aucun résultat. Alléguant les prétendues divisions des conservateiurs, le président ne dissimula pas qu'il tenait le statu quo pour définitif, et il congédia les députés en disant, avec un malin sourii'e: « 'Que voulez-vous?... La République est une de ces choses que l'Empire nous a léguée... avec tant d'autres ! » C'était la dénonciation implicite du pacte de Bordeaux. A la suite de cette déclaration, le seul ministre qui appartînt à la droite donna sa démission, et les membres de la députation, consternés, soulagèrent leur conscience en publiant le procès-verbal de leur démarche auprès du président.

Chesnelong voyait dans l'attitude de Thiers autre chose qu'un péril pour la restauration monarchique. Le progrès du radicalisme l'inquiétait par-dessus tout. C'est cette crainte qui, après quelques semaines d'hésitation, l'avait éloigné de la République ; c'est cette vue distincte du danger présent qui lui donnait, sur l'avenir, d'aussi pénétrantes intuitions. La lettre suivante, qu'il adressait, le 9 juillet, à M. de Mackau, indique la position dans laquelle il compte s'affermir.

<( M. Thiers s'appuie sur la gauche, fait ses affaires, dissout, escamote, énerve le parti conservateur ; sa politique équivoque fait planer sur la situation un vaste malentendu, dont le radicahsme profite. Je prends le Nord, pays conservateur par excellence. Il vient de donner une élection radicale (1). Est-ce qu'il y a, dans le Nord, une majorité radicale ? Non. Le choix a été fait par la coalition des radicaux et des conservateurs trompés, qui croient, en votant pour un radical, consolider Je gouvernement de ]\I. Thiers. A ce jeu-là, nous sommes à la fois dupes et battus, et, s'il dure, nous aboutirons

(1) Cell" de M. Dercgnniicourt.

Page 1