CHAPITRE rx
tant de chrétiens éminents groupés pour une action commune. Keller et de Mackau l'entretiennent, par lettres, de leur propagande en faveur des droits de l'Église. Mais il est un lieu où, plus que partout ailleurs, s'allume son entliousiasme et se décuple son énergie, c'est la petite chapelle des Capucins de Versailles. C'est là que, d'ordinaire, il entend la messe ; c'est là qu'il communie, en union avec lâi absents ; c'est là que, seul, à la tombée de la nuit, il appelle sur son pays la miséricorde du Dieu qui fit les nations guérissables.
Après la démarche tentée sans succès auprès de M. Thiers par la députation des droites, l'antagonisme entre le président et l'Assemblée est devenu flagrant, et la lutte inévitable. Toutefois, elle peut amener de telles complications, que personne n'est pressé de l'engager.
La libération du territoire obtenue, par l'habileté et la persévérance de Thiers, avant l'époque fixée par le traité de Francfort, amène une sorte de trêve entre les partis. C'est une ovation unanime qui accueille la déclaration de M. de Goulard, ministre des Finances, apportant à la tribune le résultat de l'emprunt : il a été couvert plus de treize fois, et l'on a offert au gouvernement quarante-quatre milliards.
Dès le 30 juillet, la terre française va être rendue aux Français. C'est sur cette impression de délivrance que, le 4 août 1872, les députés se dispersent, pour donner quelques semaines aux devoirs de famille.
Nul plus que Chesnelong n'aspire à retrouver ses proches. Sans doute, il y a trois mois à peine qu'il les a quittés ; mais, depuis son départ, une de ses filles, ( la petite Céleste », a fait sa première communion ; il n'était pas à ses côtés, et il lui tarde de déposer le baiser respectueux du chrétien sur le front traustigiu^é de son enfant.
De plus, on songe à marier Joseph, a notre chef », comme on l'appelle en famille. Il doit épouser sa cousine, M^^^ Izcard, fille du procureur général de Rouen, qui sera bientôt premier président de la Cour d'appel de Bordeaux. (1) Son grand-père, M. Lacoste, a piessenti son vœu, et il le fait savoir à l'éminent magistrat, qui, charmé du projet, se rend à Versailles pour obtenir l'assentiment de notre député. Celui-ci écrit quelques jours après : « Lorsque Izoard est venu me trouver à Versailles pour me faire une ouvertui'e devant laquelle nous hésitions tous les deux par une peur mutuelle de détruii'e nos propres illusions, il était haletant : je ne l'étais pas moins, et je crois bien que nous avons fini par pleurer de joie. Le mariage se fera vers la fin de septembre ou le commencement d'octobre ; j 'y voudrais voir tous mes amis. » (2)
Nombreux sont, en effet, les invités au repas nuptial du 2 octobre. Membres des deux familles, électeurs influents, notabilités d'Orthez et de la région se pressent autour de la table du député plus que jamais populaii'e. Un des convives, M. Barberen, lui déclare, avec une charmante sincérité, le motif de sa sympathie : « Ce qui m'est particulièrement cher en vous, c'est l'homme, le chef de famille, l'ami privé, depuis le jour où j'ai pu vous connaître tout entier, grâce à l'hospitalité de votre
(1) Jl avait d'abord été procureur général à Nancy. C© fut sur ses réquisitions que la cour rendit cet arrêt justement cité coinnic une des p^us belles pages de nos annales judiciaires, par lequel elle déclarait suspendre le cours de la justice, se refusant à prononcer des arrêts au nom des envahisseurs. Peu de jours après, un train ])ar(ait de la gare de Nancy, portant on France des soldats allemands. Craignant un déraillement provoqué par lui . patriote, les autorités prussiennes prirent comme otage le procureur général, et le contraignirent, revêtu de sa robe rouge, à monter s»ir la locomotive, afin de partager les risques que les ennemis de la France pouvaient courir.
(2) Lettre du 7 août 1 872, à M"f de Guérines.