CHAPITRE IX
foyer, à l'accueil que j'y ai reçu de vous et des vôtres ( 1). »
Un bonheur ne vient jamais seul. La fille aînée de Chesnelong, M"^<^ Delourae, lui a procuré récemment la douceur d'être grand-père. Aussi, avec quelles délices il s'oublie au milieu de ces fêtes du cœur, sous ce toit patriarcal et vénéré !
Mais de telles félicités ne peuvent être qu'une halte dans sa vie de labeur.
Que se passe-t-il à Versailles ? Il a volontairement négligé, pendant son séjour en Béarn, les intrigues qui peuvent se nouer autour du fauteuil présidentiel. Ce qu'il sait, c'est que Thiers est resté à son poste ; ce qu'il soupçonne, c'est que le président, ayant vu dans la démarche du 14 juin 1872 un ultimatum, et décidé à se passer de la droite, a encore fortifié ses positions du côté opposé. En tout cas, les trois gi'ands problèmes qui. au début, appelaient tout l'effort de l'Assemblée, réorganisation des finances, réorganisation de l'armée, libération du territoire, étant maintenant résolus, il va falloir poser la question constitutionnelle.
A cet égard, Chesnelong ne saurait être pris au dépourvu. Depuis longtemps, son opinion est faite ; mais, en prévision des luttes prochaines, il a voulu la mûrir encore. Avant de repartir pour Versailles, il règle d'avance son attitude. Voici en quels termes il s'en explique avec M. de INIackau : « Je ne veux pas abandonner la France aux coquins : ce serait, ou l'exposera la mort par l'infection purulente, ou la livrer à quelque sabre vulgaire, ou en faire la proie de l'étranger. La République nous conduit à quelqu'un de ces résultats : je voterai contre tout définitif républicain. Nous ne pouvons trouver de chances de salut et de relèvement que dans la monarchie ; je suis monarchiste, et je voterai
(l) Lettre inôdite, ilu 20 septoml>ro 1S72.
dans ce sens. Aucune monarchie n'est possible qu'en prenant le droit monarchique où il est : je suis pour le comte de Chambord et en union avec les d'Orléans. Nous sommes minorité, je le sais ; mais je ne mettrai ma responsabilité que là ; c'est la seule solution honnête ; je n'en approuverai pas d'autre (1). »
C'est dans ces dispositions que notre député quitta Orthez. Afin de charmer les ennuis de la solitude et de la lutte, M^^^ Chesnelong, rendue plus Hbre par le mariage de son fils, accompagnait, cette fois, son mari.
On donna congé à l'hôtel Vatel, situé à deux pas du palais, pour s'installer dans un commode appartement de la rue Neuve, non loin de l'éghse Notre-Dame.
Quelques jours après, Thiers et la fraction conservatrice de l'Assemblée étaient sur le pied de guerre. Averti, par la députation du 14 juin, de la fermeté de l'opposition monarchique, le président s'était résolu, pendant les vacances parlementaires, à frapper un grand coup. Les hostilités s'ouvrirent par son fameux message du 12 novembre 1872. Il afîirmait q^e, la République existant, y toucher ne serait rien moins qu'une révolution ; qu'il était, au contraire, nécessaire et uigent de l'organiser, et qu'au surplus, <' la République serait conservatrice ou ne serait pas. »
Ce message, couvert d'ajDplaudissements par les divers groupes de gauche, provoqua, au contraire, l'indignation de toutes les fractions de la droite. Chesnelong n'était pas le moins ardent. Il s'associa de tout cœur à la motion de M. de Kerdrel, tendant à faire nommer une commission jiour examiner le message et y répondre. Il applaudit aussi à l'initiative du général Changarnier, de M. Batbio, des ducs de Broglieetd'Audiffret-Pas (uier,
{ I ) I>ettre inédite, du 5 novembre 1 872.