CHAPITRE IX
allassent faire visite à Victor-Emmanuel, sous prétexte que le vaisseau stationnait dans les eaux italiennes, et que c'était un acte de courtoisie en usage dans toutes les marines du monde.
A cette nouvelle, vive protestation de Pie IX, soutenue, vis-à-vis du gouvernement italien, par notre ambassadeur auprès du Vatican, M. de Bourgoing. Malheureusement , la France n'était pas encore en état de faire respecter sa parole. Craignant un conflit avec l'Italie, derrière laquelle pourrait se trouver l'Allemagne, Thiers donna ordre aux officiers de VOrénoque de se rendre au Quirinal, après avoir fait visite au Vatican. Désavoué, en apparence du moins, M. de Bourgoing donna sa démission, et quitta Rome, hautement félicité par Pie IX.
Etait-ce la rupture entre la France et le Saint-Siège i Thiers le craignit un instant, et, comme compensation à l'acte qui venait de contrister le pape, il choisit, pour
républicains ; le radicolisme passera à t^a^•p^s ; la France sera perdue, si un coup de baguette de la Providence ne la sauve pa.s. Impossible et funeste, voilà les deux vices e.ssentiels de la République. Je ne veux pas mettre ma responsabilité dans ces liEisards!.
» Ce qui serait loyal, franc, honnête, c'est que la question se posât, toute tromperie écartée, entre la monarchie et la République. Après avoir voté pour la première, si elle ne triomphait pas, on s'inclinerait devant la seconde sans la voter, mais en respectant l'arrêt de la souveraineté légale. La position serait nette pour tous. Les responsabilités seraient tranchées. Ce qui m'est odieux, c'est cette façon de dire aux uns : « Pourquoi hésiter î L'avenir e.st réservé ; les principes sont » saufs, mais il faut pourvoir au présent par quelques institutions ; < vous êtes trop bons citoyens pour laisser le pays suspendu dans le » vide ; » et puis de dire aux autres : « Que vous importent les appa- » renées ? Vous avez le fait le fond des choses ; \nvez, durez : la » République se fait par la main même de ceu.v qui ne l'aiment pas. » Vous avez le mot et la chose ; prenez-les, sans vous arrêter à la qua- » lification. » — Eh bien ! pour mon compte, je voudrais la monarchie, je subirais la République. Je ne veux pas m'associer à une tromperie qui engage ma responsabilité en la déguisant, et qui aggrave la complicité par la tUiperio. » — Lettre inédite.
succéder à M. de Bourgoing, un catholique très dévoué aux intérêts de l'ÉgKse, M. de Corcelles. Pie IX, sensible, malgré tout, à cette attention, promit d'accueillir avec bienveillance le nouvel ambassadeur.
L'incident paraissait clos ; mais la réparation offerte par M. Thiers suffirait-elle à calmer l'émotion des catholiques de France ? Les députés de droite, et spécialement Chesnelong, ne le pensaient pas.
Dès la séance qui suivit le F^ janvier, une demande d'interpellation fut déposée par un groupe en tête duquel se trouvait M. de Belcastel. Cette demande n'était pas sans inquiéter ceux mêmes qui s'y associaient. Si, en effet, à la suite de l'interpellation, la majorité de l'Assemblée obligeait, par un vote, le gouvernement à revenir sur sa décision, des complications internationales n'étaient-elles pas à redouter ? Sous l'empire de cette crainte, les principaux députés cathohques se réunirent chez Mgr Dupanloup, et il fut décidé qu'une délégation de leur groupe irait trouver M, Thiers, afin de s'entendre avec lui sur le caractère à donner à l'interpellation, sur la réponse qui y serait faite et sur le vote qui devait clore les débats. MM. de Belcastel, Baragnon, de Mérode et Chesnelong furent désignés pour cette mission.
Elle présentait à ce dernier une difficulté spéciale, à raison de ses récents démêlés avec le président; mais il avait soutenu vis-à-vis de see amis la nécessité d'une interpellation, il ne se déroba point au devoir de suivre cette affaire, dût-il en souffrir dans sa légitime fierté.
Thiers reçut les délégués avec une parfaite courtoisie. Rappelant son attitude passée au sujet du pouvoir temporel, il protesta de son bon vouloir présent, regrettant seulement que le malheur des événements lui imposât une réserve qui lui coûtait.