‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 109 sur 302 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

l'intimité de ses relations avec Mgr Dupanloup. l'auraient fait suspecter de libéralisme par l'école de VCnivers, si son intrépide courage dans la défense du pouvoir temporel n'avait garanti son attachement à la papauté. Quelques jours après la séance consacrée aux affaires romaines, la Correspomlance de Genève publia un article où Chesnelong et les autres députés artisans du dénouement désiré étaient présentés comme des intrigants qui avaient supprimé l'interpellation et joué M. de Belcastel. Par surprise sans doute, et en l'absence de Louis Veuillot, qu'une crise d'ophtalmie tenait éloigné du journal, V Univers reproduisit l'article. Chesnelong ne le connut que quelques jours plus tard. Il alla droit à Belcastel.

« Vous recevez, dit-il, la Correspondance de Genève. Y avez-vous remarqué un certain article reproduit par V Univers ?

— Oui, dit son collègue. •

— Depuis combien de jours le connaissez-vous ?

— Depuis dix jours.

— Vous êtes depuis neuf jours en retard pour y répondre. Je vous avertis que je vais réunir tous mes coaccusés pour leur demander de protester avec moi, et que, s'ils ne s'y prêtent pas, je proteste seul... Il y a des outrages qu'on n'accepte pas. »

Il protesta, en effet, en son nom personnel, par une lettre très ferme, qu'il obligea la Correspondance de Genève à insérer. ]Mais M. de Belcastel était trop gentilhonmie pour se laisser soupçonner de complicité dans cette maladroite agression. Il adressa, de son côté, au journal qui s'était attaché à faire valoir exclusivement son rôle une longue lettre où, après avoir rétabli les faits, il apostrophait en ces termes l'auteur de l'article : « C'est dans ces conditions que vous mo montrez seul î

rUKSXKI.ONG. — 10.

Et VOUS rayez entièrement de l'histoire, dont il est une page, le discours-conclusion de M. Chesnelong, que l'Assemblée a consacré ! Vous pouvez juger, monsieur le rédacteur, de la vérité de vos informations. L'Assemblée Nationale, espoir de la France, qui n'a point abjuré sa foi, est, grâce à Dieu, plus clu"étienne que vous ne la faites, et mon seul honneur est d'avoir pu exprimef une part des sentiments qui remplissent son âme (1). »

L'incident avait été, malgré tout, fort pénible à Chesnelong. Il n'était pas accoutumé à ces coups d'épingle venant des siens, et sa droiture s'en irritait : « Que les radicaux nous vilipendent, s'écriait-il, c'est notre lot, c'est même notre honneur ; mais que les catholiques nous calomnient ainsi, c'est une indignité (2). »

La Providence lui ménageait une compensation. Son plus jeune fils, Emile, allait terminer ses études. Depuis longtemps sa solide piété réjouissait le député catholique et faisait la consolation de M"i^ Chesnelong. Afin de fortifier ses instincts religieux et de ménager sa déhcate santé, on avait renoncé, pour lui, à l'éducation de Sorèze, qui préparait surtout aux carrières libérales, et il achevait ses humanités à Orthez même, dans l'institution de Moncade. Le P. Barbé, supérieur de la maison, était, on le sait, un des conseillers spirituels de notre député ; il avait pris son fils en grandç affection.

Chesnelong venait de lire l'article de V Univers où il était si durement traité, lorsqu'il reçut d'Emile une lettre lui annonçant son dessein de devenir prêtre. Depuis longtemps, il soupçonnait les aspirations de

( 1 ) Lettre do M. de Belcastol à lu Correapondonce de Genève, .'U janvier 1873.

(2) Lettre du 8 février 187:{.

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