‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 110 sur 302 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

radolescent ; il n'avait pas la certitude de l'appel de Dieu. L'annonce de cet appel lui fut une allégresse infinie. Ce n'est pas qu'il ignorât les épines de l'âpre montée qu'allait gravir son fils ; mais, pour l'intrépide avocat de l'Église opprimée, quel honneur de lui domier un soldat d'avant-garde ! pour l'humble et ferme croyant, quelle joie de voir son Emile faire descendre Dieu sur l'autel !

La lettre qu'il écrivit alors, dans l'elîusion de «a reconnaissance, vaut d'être citée en entier.

« Versailles, mars 1873.

>) Mon bien cher enfant,

» Ta bonne et longue lettre m'a bien vivement ému ; je n'ai pu la lire sans me sentir remué jusqu'au fond de l'âme et sans remercier le bon Dieu. J'ai vu naître, grandir, s'épanouir ta vocation. Tu sais que je m'étais imposé le devoir de la laisser suivre son coxu's naturel, sans l'encourager prématurément, sans y mettre le moindre obstacle. C'était l'œuvre de Dieu qui se faisait dans ta petite âme ; je respectais cette oeuvre, je nV voulais mêler ni un désir ni une espérance. En ce moment, il me semble que l'œuvre est accomplie. Ce ne sont plus de vagues aspirations, des velléités indécises, des attraits sans profondeur. Ta résolution semble arrêtée de devenir un prêtre du Seigneur, et il semble aussi que le bon Dieu ait accepté ce vœu de ton cœur, et que ses desseins sur toi veuillent y correspondre. Je puis donc, cher excellent enfant, sortir de ma réserve, et te dire que tu réahses une de mes meilleures ambitions, et je puis ajouter la plus chère. Tu seras la dîme prélevée par le bon Dieu sur notre famille, la part spéciale et privilégiée qu'il se réserve pour son service. C'est une bénédiction qui entre dans notre foyer ; j'en suis heureux pour toi, pour

ta mère qui te chérit, pour tes frères et pour tes sœurs, pour moi-même, pour nous tous, et je demande à Dieu de prolonger assez mes jours pour que je puisse assister à la réalisation de cette belle et grande perspective.

)■> Oui, mon cher petit enfant, je crois que ta vocation a de fortes racines, je crois que Dieu a pris ton âme et qu'il ne la lâchera pas... J'ai vu qu'il prenait possession de toi et répondait à tes aspirations intimes. Abandonnetoi avec confiance à ce coui-ant divin et fais tous tes efforts pour y correspondre de plus en plus, et te préparer ainsi aux honneurs, aux joies, aux grandeurs, aux difficultés, à la gloire et à l'épreuve du grand sacerdoce chrétien.

)) Car il y a tout cela, mon enfant bien-aimé, dans la vocation que tu veux embrasser. C'est sublime et c'est périlleux. Il n'y a rien au monde qui soit, je ne dirai pas au-dessus d'un prêtre selon le cœur de Dieu, mais qui même lui soit comparable. Ce glorieux privilège de bénir au nom de Dieu, de purifier les consciences par l'autorité de Dieu, de faire descendre Jésus-Christ sur l'autel, de distribuer aux chrétiens la manne céleste, de dévouer sa vie au service de Notre-Seigneur et des âmes que son sang a rachetées, d'ouvrir aux mourants les portes de l'éternelle patrie, de confesser la vérité, d'être le ministre du bien, le canal de la miséricorde divine, tout cela est aussi supérieur à toutes les autres destinées Immaines, que Dieu, si je puis le dire, est au-dessus des hommes et que le ciel est au-dessus de la terre. Donc, tu dois, mon cher petit enfant, être plein de reconnaissance pour le bon Dieu, qui t'api^elle à luie telle vie et qui semble te destiner à une telle mission.

» Mais, en même temps, tu dois considérer avec un saint tremblement les terri])les difficultés de la tâche, non point pour te décourager dans tes espérances, mais pour te faire une âme vraiment sacerdotale et tout à fait à la

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