‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 111 sur 302 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

liauteur de ces immenses devoirs. Une pureté d'ange, une foi d'apôtre, un courage de martyr, une abnégation de saint, un dévouement qu'aucun péril ne déconcerte, qu'aucun sacrifice ne rebute, un amour de la vérité et du bien qui défie l'épreuve, et brave au besoin la mort, une charité qui embrasse toutes les misères physiques et morales de la pauvre humanité pour les purifier, les adoucir ou les consoler, le détachement de soi poussé jusqu'à l'immolation de l'esprit propre, l'humilité qui ne se glorifie qu'en Dieu et pour Dieu, le désintéressement qui fait de la vie un holocauste de pur amour, voilà ce que doit être le prêtre ; et, quand il n'est pas cela, il est au-dessous de sa tâche ; et quand il tombe de ces hauteurs par excès d'orgueil ou par défaut de vertu, il traîne misérablement une existence foudroyée, et rend tristement témoignage à la divinité de sa mission méconnue par la profondeur de son abaissement. Mais, mon cher enfant, pour devenir cela, le prêtre n'est pas seul : Dieu est avec lui ; il y a la grâce d'état, c'est-àdire ce supplément de force divine nécessaire à tout et à tous, toujoiu"s proportionné à la grandeur de la tâche, et d'autant plus abondamment accordé au prêtre, que ses devoirs sont plus élevés, et que sa mission est surhumaine.

) Eh bien, dès aujourd'hui, mon bon petit Emile, rends-toi digne de cette grâce par un immense effort de bonne volonté. Dis-toi que Dieu est bon et qu'il est tout-puissant ; abandonne-toi à sa bonté et mets-toi, avec un grand abandon de cœur, sous la protection de la toute-puissance. Il a jeté la semence ; Il fera germer sa moisson. Sois un jeune homme plein de foi. de piété, aimant Dieu par-dessus tout, le priant avec ferveur et avec confiance, s'idontifiaut à Jésus-Christ par toutes les aspirations de son âme. aimant la sainte Vierge comme un enfant aime sa mère, ne se plaisant qu'au

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devoir accompli, goûtant avec ferveur les douces joies de la vertu et des pures tendresses, se faisant, non pas seulement une religion extérieure, mais aussi une religion intérieure, je veux dire une âme fortement croyante, un cœur détaché où s'allume la flamme du dévouement à Dieu et aux hommes, une vie où ce devoir tienne sous sa noble servitude instincts, sentiments, actes, tout enfin, et où l'action soit elle-même une prière continuée. Sois cela, mon cher enfant, et, pour cela, continue simplement, en redoublant d'attention, de vigilance et d'efforts, le travail que depuis deux ans tu as accompli sur toi-même. Dieu alors fera le reste, et ma vieillesse consolée pourra, dans sept ans, bénir les mains qui auront, pour la première fois, consacré le corps de Notre- Seigneur.

» En attendant cette pleine satisfaction, je t'envoie tous mes encouragements et toutes mes tendresses, et je te presse sur mon cœur, avec une double effusion de reconnaissance envers Dieu et d'affection sans mesure pour toi, qui me fais déjà un si grand bonheur, et qui m'en prépares un plus grand encore. » (1)

Cette joie familiale si intense et de qualité si haute était la récompense du défenseur de la papauté. Il était loin, on le sait, de recueillir le même bénéfice de ses travaux au service du pays.

L'espèce de trêve conclue entre M. Thiers et la Commission des Trente entravait singulièrement les ])réparatifs de restauration monarchique.

Malgré les manifestes impolitiques des derniers mf)is, les princes d'Orléans étaient disposés à faire

(I) Lettre inédite, dont je doi^ la bit-nvoillante communication à Mtrr l'Archevôque de Sens.

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