‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 114 sur 302 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

l'on se mit d'accord sur la formule suivante : «' Accueillant avec une patriotique satisfaction la communication qui vient de lui être faite, et heureuse d'avoir ainsi accompli une grande partie de sa tâche, grâce aux concours généreux du pays, l'Assemblée Nationale adresse ses remerciements et ceux du pays à M. Thiers et à son gouvernement, et déclare que M. Thiers a bien mérité de la patrie. »

Le président fit bomie contenance ; mais, assez fier pour ne pas avoir l'air d'être froissé, il le fut cependant à fond, ce qui l'inclina encore davantage vers la gauche.

Les royalistes s'en aperçurent aisément, et résolurent de se tenir de plus en plus sur la défensive.

Un incident parlementaire leur apporta un appoint imprévu. Un député de Lyon, M. Le Royer, ayant employé, à la tribune, une expression choquante à l'égard des membres de la droite, le marquis de Grammont lança, de son siège, cette apostrophe : « C'est une impertinence ! » Sur quoi M. Le Royer, avec un grand sangfroid, s'arrêta et dit : « J'attends que le mot soit retiré ou relevé, comme il doit l'être, par M. le président. »

Le président Grévy somnolait. Rendu à lui-même, il essaya d'abord de calmer un orage qui paraissait sans cause, puis prononça un rappel à l'ordre contre M. de Grammont. La droite protesta avec fureur, de sorte que la personne même du président se trouva mise eu échec. Il le comprit, se leva, et adressa à l'Assemblée quelques paroles qui faisaient présager sa démission. Le lendemain, cette démission était un fait accompli.

Chesnelong n'avait aucune antipathie contre le président Grévy : « Sans cacher sa prédilection pour la gauche, dit-il. il était respectueux des droits de la droite et bienveillant pour ses orateurs. (1) « Il ajoute,

(1) Le général Uucrot regardait !a retraite de Gré\y comme une habile manœuvre préparée depuis longtemps, et exécutée avec

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d'ailleurs : '<■ Mais puisqu'il nous fournissait loccasion d'une séparation, nous fûmes d'avis, à droite, de ne pas la laisser échapper. J'étais, pour mon compte, dans ce sentiment, et je fus parmi ceux qui, dès la première heure, pensèrent à M. Buffet pour remplacer M. Grévy, et prononcèrent son nom. Nous le jugions d'avance très propre à cette fonction, et nous ne nous trompions pas. Il a été, en effet, un président tellement parfait et tellement complet, que nul, avant lui, n'avait rempli avec une distinction aussi admirablement accomplie cette charge éminente, et que nul, après lui. n'a pu y réussir aussi bien (1). »

Ce double événement était pour M. Thiers un échec manifeste. D'autres circonstances allaient envenimer encore ses relations avec la droite de l'Assemblée.

L'extrême gauche avait été longtemps réservée, et, à son exemple, la populace radicale des grandes villes, matée par la défaite de la Commune, avait, depuis lors, évité tout éclat, sans toutefois cesser d'obéir au mot d'ordre des sociétés secrètes. Peu à peu les avances de Thiers à la fraction républicaine de la Chambre donnèrent courage aux groupes radicaux, si bien que, dans l'intervalle du 7 avril au 19 mai 1873, pendant la prorogation de l'Assemblée, les jacobins de Paris envoyèrent siéger à la Chambre un des leurs, M. Barodet, qui avait pour concurrent M. de Rémusat, ministre des Affaires étrangères et ami personnel de Thiers.

à -propos. « Cette démission, a-t-il écrit, est une rupture éclatante avec le parti monarchique ; elle pose M. Grévy en chef de parti, et l\ii fait entrevoir la possibilité de remplacer un jour M. Tliiers. C'est, d'ailleurs, ne qu'il a toujours désiré, et, pondant longtemps, il espérait y arriver par l'Assemblée. De là, ses ménagements pour tous les partis. » — Cf. Vicomte de Chalvet-Nastrac, Lea projets de reatauration monarchique et le général Ducrot, p. 172. — Paris, Alphonse Picard.

( 1 ) Mémoires iniJit^, t. 1 1 , p. 'M2.

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