CHAPITRE X
de fermeté, de discipline et de tenue... Espérons de
meilleurs jours (1). »
A l'heure même où ces événements se déroulaient au palais de Versailles, une autre assemblée tenait ses assises à Paris, sous la présidence de Mgr Guibert.
ministres ont donné leur démission et que M. Thiers les a acceptées, puis il remet un message du président, qui résigne ses pouvoirs. Silence impassible de la majorité.
» Buffet, qui a présidé avec une fermeté de caractère et une tenue très remarquables, veut dire quelques mots de convenance sur J\I. Thiers. Nous assistons à ime séance indescriptible. La gauche hurle, tempête, vocifère, empêche Buffet de se faire entendre ; Buffet est digue ; cela dure un quart d'heure ; nous gardons une tenue impan:sible. Buffet proteste contre les clameurs ; quatre cents membres do la majorité se lèvent et l'acclament ; la gauche se sent terrassée. On nous force à voter sur l'acceptation de la démission de M. Thiers. la majorité de quinze voix est, cotte fois, de trente voix : c'est le coup de grâce porté par de maladroits anais, qui nous forcent à piétiner sur le président renversé.
» Il s'agit d'élire le nouveau président. On cherche des arguties pour motiver un renvoi : on les écarte. Enfin, on vote; la gauche tout entière et luie partie du centre gauche s'abstiennent. Il y a, malgré cela, trois cent quatre-vingt-douze votants, et Mac-Mahon obtient trois cent quatre-vingt-dix voix.
» Le bureau se rond chez le maréchal pour lui apporter le vote de la Chambre. Buffet cède le fauteuil à Goulard, qui est applaudi, et qui s'incline avec émotion. Au bout de vingt minutes. Buffet rentre, et annonce l'acceptation de Mac-Mahon. Cette fois, les applaudissements éclatent, les mains se serrent.
» 11 est minuit. Nous gommes accueillis en sortant par une trentaine de braillards, qui crient : « Vive Thiers ! A bas les royalistes! » Vive la République ! » et qui, de là, se rendent i\ l'hôtel de la Présidence pour faire entendre les mêmes clameur^: à deux heures, ils sentent leurs gosiers épuisés, et rentrent chez eux.
)> Voilà cette grande journée. Je suis heureux et plein de confiance. L'Assemblée, par cet act.o d'énergie, s'est fait une virginité nouvelle. Le pays. dér< >uté et inconscient, reviendra à elle. Nous pouvons encore sauver la situation. Elle était perdue si nous avions été battus. C'était le radicalisme qui était maître, et la France était anéantie. Remercions Dieu ! »
(1) Cf. M. de Mrtr Y\v, op. cit. t. II, p. l.»l.
C'était l'Assemblée générale des Comités catholiques de France. Chesnelong, qui y prenait une part active, l'avait quittée juste à temps pour venir seconder l'effort politique de ses amis.
Nous avons dit un mot de la naissance des Comités catholiques. Il est temps de parler avec quelque détail du grand mouvement religieux né au lendemain de la guerre, et dont Chesnelong va devenir un des chefs les plus écoutés.
Epouvanté par les atrocités de la Commune, le P. d'Alzon, fondateur des Augustins de l'Assomption, avait écrit au président général des Conférences de saint Vincent de Paul : « Il ne faut pas se le dissimuler, si nous ne nous emparons pas du peuple par l'élément religieux, si nous ne l'arrachons pas à la démagogie, à la Révolution, avant vingt ans, ce sera à recommencer, et ce sera bien pire.
» Je me demande fe'il faut laisser chaque œuvre poursuivre son but, et si un centre général de quelques hommes ne serait pas utile à former. Ne pourrait-on pas grouper, par exemple, les présidents généraux des bonnes œuvres, pour examiner comment il faudrait diriger cette guerre indispensable contre l'incrédulité et la dépravation ? Ce qui vient de se passer à Paris m'épouvante, mais m'instruit en même temps ; ce que Paris nous montre en grand se reproduirait ailleurs, et avec non moins d'atrocité. Je crois qu'il est temps d'y pourvoir. Ne pourriez-vous pas provoquer la pensée d'une réunion de quelques hommes pour causer de ces terribles sujets, et organiser un plan pratique, dont les grandes lignes seraient bien établies, sauf à modifier les détails selon les circonstances ? (1) »
De cette indication, confiée à des chrétiens d'élite tels que Adolphe Baudon, Léon Pages, le P. Picard et
(I) Cito par l'abbi; J. Sclinll, Adolphe Jininlou, i>. .j85.
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le docteur Frédault, était sorti le premier Comité catfiolique. Préoccupé tout d'abord d'action électorale, il publia, le 15 juillet 1871, son programme provisoire : « Le but que nous voulons atteindre est bien simple ; Nous unir pour nous défendre. « Et, rappelant la guerre faite aux institutions catholiques, les promoteurs de l'œuvre se promettaient de grouper leurs adhérents sur le terrain de la défense religieuse et sociale.
Le Comité catholique combinait volontiers son action avec celle de la Société générale d'Édiication et d'Enseignement. Née à la fin de l'Empire, vers 1868, celle-ci se proposait de travailler à la propagation et au perfectionnement de l'instruction fondée sur l'éducation religieuse ; elle avait surtout pour objectif la liberté de l'enseignement supérieur. Due à l'initiative d'Adolphe Baudon, de Léon Cornudet et du vicomte Armand de Melun, elle avait compté Chesnelong parmi ses premiers adhérents. Elle était présidée alors par le sénateur Dariste, compatriote et ami de notre député il) .
Sans laisser épuiser par ces deux œuvres son zèle religieux, Chesnelong se mit très largement à leur service.
Au commencement de 1873. le docteur Frédault avait quitté la présidence du Comité catholique de Paris, et avait eu pour successeur M. Bailloud, inspecteur des Ponts-et-Chaussées. Peu de temps après, Adolphe Baudon demandait à Chesnelong de présider le deuxième Congrès général des Comités.
Ce Congrès s'ouvrit le 19 mai. Mgr Guibert présida la première séance, et bénit l'œuvre qui prenait un si rapide accroissement.
( l) Sur les origines dv la Sociét<' d' Éducation et d'Enseignement-^ voir l'article do M. Fi5nolon Cîibon intitulé : Les Œuvres catholiques, daiis In Çuin:ainr du F'' mars 180.^.
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Cliesnelong avait soigneusement préparé un discours, dans lequel il s'appliqua à caractériser le but des Comités : (( Propager et féconder des œuvres de dévouement catholique ; revendiquer leur liberté si elle est menacée, et puis, à cette propagande de doctrines subversives qui, de Dieu à l'enfant, s'attaquent aux majestés les plus hautes et aux faiblesses les plus sacrées, opposer la défense énergique des affirmations chrétiennes... telle est la tâche que vous avez entreprise. »
Le succès de ce premier discours fut immense ; Chesnelong alluma vraiment chez ses auditeurs la flamme apostolique. L'œuvre des Comités était définitivement assise. Elle grandira rapidement, sous l'impulsion d'hommes tels que MM. Bailloud, Keller, Besson, Baudon, de Belcastel et Carron.
Avant même d'en devenir le président officiel, Chesnelong en sera l'âme. Sur son initiative, elle procurera des catéchistes volontaires aux enfants des écoles laïques, des secours spirituels à nos soldats de terre et de mer, des prières et des tombes à ceux qui meurent loin du pays ; elle favorisera le repos et la sanctification du dimanche, réparera l'offense faite à sainte Geneviève par la profanation de son église, honorera et popularisera le souvenir de Jeanne d'Arc.
Chaque printemps, notre député, devenu apôtre de l'action sociale, présidera l'Assemblée générale, qui sera comme un grand foyer de centralisation et de vie catholiques. De tous les points de la France, les évéques y enverront leurs délégués, et souvent y paraîtront euxmêmes. Les prédicateurs les plus en renom, les meilleurs orateurs laïques s'y feront entendre. Tout en s'encourageant à la lutte sainte, on échangera surtout des idées pour l'organisation et le développement des œuvres. Afin de suivre chacune d'elles avec \mc efficace activité,