CHAPITRE X Zi
do conscience » , si Mgr Dupanloup n'avait jeté, pour le défendre, un de ces cris auxquels on ne résistait pas.
Après avoir démontré, chiffres en mains, qu'il était impossible aux soldats de suivre les offices paroissiaux dan.s les églises : « Il faut, dit le prélat, porter plus haut nos regards, et, si je puis le dire, étendre l'horizon de notre pensée, si nous voulons voir la question dans son vrai et grand jour. Vous craignez que, dans notre système, il y ait trop de religion dans l'armée. Ah! le péril n'est pas là; le péril, c'est qu'il n'y en ait pas assez. Et je dirai volontiers de l'armée ce que j'ai dit de la nation: La religion ne vous menace pas, elle vous manque !.. (1) »
L'Assemblée vota, en première lecture, le rétablissement de l'aumônerio militaire. Ce fut le point de départ d'une véritable amitié entre Chesnelong et le colonel Carron.
D'autres succès remportés par les catholiques de l'Assemblée ont compensé les épreuves politiques de notre député.
Le rejet de l'obligation scolaire prônée par Jules Simon, l'admission des ecclésiastiques dans les conseils des bureaux de bienfaisance obtenue par Mgr Dupanloup. ont ajouté, les mois précédents, de sérieux appoints à l'œuvre religieuse poursuivie par la majorité du parlement. Chesnelong n'a contribué à ces résultats que par ses votes, mais il y trouve un encouragement à poursuivre, sous toutes les formes, la campagne en faveur de la hberté religieuse.
Au reste, c'est un appui très personnel qu'il donnera, un peu plus tard, au projet de loi Chaurand. destiné à assurer le repos du dimanche. Ce projet est combattu, lui aussi, au nom de la liberté du travail et de la liberté des consciences. Comme rapporteur, Chesnelong s'attache à montrer les avantages de la loi.
(1) Cité par E. I^ectmuet, op. vil. t. l. p. 2."{4.
( Il s'agit, dit-il, d'une loi religieuse, qui ne touche pas à telle ou telle croyance particulière, mais qui touche aux fondements mêmes de toute religion et de tout culte ; il s "agit d'une loi morale qui touche à la dignité des âmes et à la stabilité des foyers ; il s'agit d'une loi sociale qui touche à l'enseignement hebdomadaire de ces principes éternels, sans lesquels aucune société ne peut vivre dans la paix et dans l'honneur ; il s'agit d'une loi économique, protectrice de la santé de l'ouvrier, car, Messieurs, le jour de Dieu est aussi le jour du peuple... Xon seulement ce repos est nécessaire à l'ouvrier pour maintenir l'équihbre de ses forces, mais il lui faut, comme à nous tous, un jour dans la semaine où il puisse élever son âme en l'inchnant devant Dieu, et retremper son cœur dans les joies de la famille (1). »
C'est en 1874 que Chesnelong tenait ce langage. Était-il déjà trop au-dessus delà moyenne de l'Assemblée pour être écouté ? En tout cas, la majorité se prononça alors contre le repos hebdomadaire ; mais la loi de 1814 ne devait être définitivement abrogée qu'en 1880.
Si l'action cathohque de Chesnelong à la Chambre n'aboutissait pas toujours au résultat souhaité, elle resserrait ses hens avec ses collègues de la droite, et lui valait de précieuses sympathies. C'est de cette époque que date sa Uaison intime avec M. Merveilleux du Vignaux, un des futurs agents de la campagne monarchique, et avec M. Dcsbassyns de Richemont, qui, jusqu'à la fin appuiera, à la Chambre, ses motions cathohques.
Des fonctionnaires de marque, comme le marquis d'Auray de Saint-Pois, préfet de la Meuse, lui témoignent aussi, par lettres, leur admiration, et, c'est parfois le point de départ d'une sohde amitié.
( I ) Cité pur E. Ix«canuet, op. cit., t. I, p. 23fi.