‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 125 sur 302 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

pas temps qu'une Assemblée en majorité monarchiste, mais paralysée depuis deux ans, agît enfin selon ses convictions ?

Rien n'était possible avant la réconciliation, ou, comme on disait alors, la « fusion » des deux branches de la maison de Bourbon. Le comte de Chambord n'ayant pas d'enfants, cette fusion était le seul moyen d'assurer la succession au trône.

Le comte de Paris, chef de la branche cadette, était, depuis longtemps, décidé à tenter une démarche auprès de son cousin. Il avait été arrêté, une première fois, par l'apparition du manifeste daté de Chambord ; mais, après le 24 mai, ses frères et lui sentaient que la France, aussi bien que l'Assemblée, étaient lassées du provisoire ; on pouvait penser que la réconciliation des deux branches royales présenterait un biais pour la réconciUation des deux drapeaux; bref, en juillet 1873, tous les monarchistes poussaient le comte de Paris à la fusion, et il promettait de saisir la première occasion pour se rendre à Frohsdorf .

Il fallait prévoir les suites de cette démarche, et ébaucher, au moins, une organisation qui pût permettre d'en profiter. C'est dans ce but que, vers le milieu du mois, le marquis de Dampierre réunit chez lui quelquesuns de ses amis de la droite modérée, parmi lesquels Chesnelong.

Ils convinrent d'écarter toute action tendant à l'établissement définitif de la République, de ne travailler à la prorogation des pouvoirs du maréchal de ^lac- Mahon que si l'avènement de la monarchie était absolument impossible, enfin de profiter de l'entrevue prochaine des deux princes pour impressionner l'opinion dans un sens favorable au dénouement désiré

Pressentant que l'accord sur la question du drapeau serait difficile, Chesnelong proposa, dès lors, divers moyens de conciliation.

Il parla avec tant de logique et de chaleur, que, après la réunion, le marquis de Dampierre l'engagea vivement à se rendre à Froshdorf, après la visite du comte de Paris, afin d'exposer au comte de Chambord la situation, telle que la voyaient ses amis de la droite.

Pareil projet n'était jamais venu à l'esprit de Chesnelong. Il le rejeta vivement, comme disproportionné à ses moyens et à sa situation.

Le lendemain, le directeur de la Gazette de France, M. Janicot, vint à lui, et lui tint le même langage que M. de Dampierre. Malgré l'estime qu'il professait pour son jugement, il ne se déclara pas convaincu.

Deux jours plus tard, un des principaux membres du centre droit, le duc Decazes, l'aborda, et lui fit les déclarations suivantes :

« Il nous faut la monarchie : hors de là, la venir du pays serait fatalement très précaire, et finirait par être compromis. Mais il n'y a de monarchie possible qu'une monarchie constitutionnelle. Sur ce premier point, l'entente, je le crois, sera facile avec le prince. M. le comte de Chambord ne veut pas être un roi absolu ; nous ne voulons pas qu'il soit un roi impuissant, et nous n'entendons pas amoindrir en lui le principe d'autorité qu'il représente. Mais, soyez-en sûr, la monarchie n'est possible, non plus, qu'avec l'acceptation du drapeau tricolore. Vous connaissez trop l'esprit de l'Assemblée et du pays pour n'en être pas, comme nous, convaincu. » Eh bien ! voici ce que je voudrais vous suggérer. Pourquoi, pendant les vacances prochaines, après la visite de Mgr le comte de Paris, ne vous rendriez-vous pas à Frohsdorf ? Il s'agirait d'amener M. le comte de Chambord à cette pensée que le diapeau tricolore serait

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