CHAPITRE XI
joie que l'on sait, sans se douter que les événements allaient prochainement agrandir son rôle.
A peine avait-il embrassé les siens, que les journaux lui apprirent l'importante démarche du 5 août. Admis en présence de son cousin, le comte de Paris lui avait présenté les respectueux hommages de ses proches, non seulement comme au chef de leur commune maison, mais comme au seul représentant du principe monarchique en France. « Je souhaite, avait-il ajouté, qu'un jour vierme où la France comprenne que son salut est dans ce principe. Si jamais elle exprime la volonté de revenir à la monarchie, nuUe compétition au trône ne s'élèvera dans notre famille. »
A la lecture de ce document, Chesnelong ne contint pas sa joie. Tous les monarchistes allaient désormais travailler en faveur du comte de Chambord. Que celui-ci consentît à tempérer ses exigences au sujet du drapeau, et la royauté était rétablie. Notre député se mit à rechercher, dans la solitude de ses matinées studieuses, par quels moyens on pourrait agir sur l'esprit du prince. Un intérêt de premier ordre était en jeu ; peut-être tenait-on enfin le salut de la patrie ; tous les députés devaient y aller de leur loyal effort ; ce n'était plus le moment, sous prétexte de modestie, de s'en remettre à l'initiative d'autrui. Nous verrons tout à l'heure comment, du fond même de son cabinet d'Orthez, Chesnelong travailla à supprimer le malentendu qui séparait encore le roi de la nation.
Ces préoccupations d'ordre pohtique s'ajoutaient au souci qu'il prenait des intérêts locaux, surtout pendant ses séjours en Béarn. A peine le savait-on de retour à Orthez, à l'approche des vacances scolaires, qu'on venait lui demander de présider une distribution de prix. Presque tous les collèges Hbres de la région l'avaient
entendu. Cette fois, c'est la modeste institution Saint- François de Mauléon qui voulut jouir de sa présence et de ses encouragements.
Après avoir vanté l'aimable site du collège, « en avant, la montagne et sa sublime immobilité, image de la grandeur au repos ; en arrière, la rivière avec la fraîcheur de ses souffles et le bruissement discret de ses ondes ; non loin, la petite cascade du moulin avec la plainte gracieuse de ses lames brisées, » il célébra les trois grandes forces que l'éducation doit mettre en œuvre : le travail, la discipline et la religion, puis provoqua, de la part de l'assistance une immense acclamation à l'adresse de la France, « cette noble et chère patrie dont l'immortelle natalité survit toujours à ses désastres, et qui étonne le monde tour à tour par la profondeur de ses chutes et par la soudaineté de ses résurrections. »
Comme toujours, la séance du Conseil général imposa à notre député quelques jours de travail intense et de discussions aussi absorbantes que celles de la Chambre ; mais son souci et son labeur allaient aussi, et de plus en plus, aux œu^Tes catholiques.
L'Éghse affichait, depuis quelque temps, des espérances qui mettaient en rage ses ennemis. On faisait des efforts désespérés pour faire rapporter la loi sur l'aumônerie militaire ; jamais la propagande impie n'avait été aussi acharnée.
De Paris, le président du Comité cathohque, M. Bailloud, dénonçait à Chesnelong l'insuffisance de la résistance à cette formidable poussée. On notera la clairvoyance de ses observations, qui, après trentehuit ans, n'ont rien perdu de leur actualité. « Sous prétexte que nous touchons au but, écrit-il, les bons ne font plus rien en dehors de pèlerinages qui sont, sans 'doute, très beaux, mais qui, on définitive, réunissent un nombre^ très hmité de pcisonucs. Ainsi,