‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 128 sur 302 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

on ne cherche pas à répandre les bons journaux parmi les populations qui reçoivent les mauvais et s'en empoisonnent ; on ne songe pas aux élections qui se préparent, et qui vont avoir un résultat moral très sérieux ; on ne songe pas à déraciner dans le cœur des populations les mauvaises doctrines que l'on y répand (1). » Et il cite l'exemple de six commis voyageurs impies qui, partant de Rennes, viennent de se disséminer en Bretagne, après avoir appris la langue du pays afin de répandre dans les campagnes les idées de V Internationale .

Il n'en fallait pas tant pou? stimuler Chesnelong à renforcer autour de lui l'armée du bien. Toutefois, pendant ces vacances de 1873, l'œuvre de la restauration monarchique prime visiblement chez lui toute autre pensée : l'accession au trône d'un prince aussi catholique que le comte de Chambord nesera-t-ellepas, pour la rehgion, la meilleure des garanties ?

La lettre de M. Bailloud est du 23 septembre. A cette époque, Chesnelong avait déjà commencé auprès du comte de Chambord des tentatives indirectes, destinées à l'amener siu* le terrain qui permettrait une entente avec l'Assemblée. Ce sont les préhminaires de la fameuse campagne monarchique qui allait bientôt s'ouvrir, et dont il est temps de commencer le récit.

On sait que ce récit a été consigné tout au long, par Chesnelong lui-même, dans un livre aussi détaillé que sincère (2). Impossible de trouver ailleurs un document

(1) T.«ttre inédite, du 23 septembre 1873.

(2) Ce volume, que l'auteur a intitulé : Un témoignage aur un point d'histoire : La campagne monarchique d'octobre 1873, comprend le tome III des Mémoires auxquels nous avons déjà fait plus d'un omprunt. Les autres volmnes de ces Mémoires sont oncore inédits.

de pareille autorité. Aussi nous bornerons-nous, d'ordinaire, à le résumer. Toutefois, à côté de cette histoire en quelque sorte officielle, où la modération de l'auteur a estompé les couleurs trop vives, Chesnelong a noté, spécialement dans les lettres à sa famille, tel détail plus piquant ou telle appréciation plus libre, qui donnent aux physionomies un nouveau relief de vérité et de vie. Nous ne néghgerons pas ces sources secondaires d'information.

Les membres de la droite modérée et du centre droit n'oubliaient pas, au cours des vacances, la demande de concours qu'ils avaient adressée à Chesnelong,

Frappés du sens politique qu'avait révélé sa conversation chez le marquis de Dampierre, ils attendaient de lui, outre le voyage à Frohsdorf , une ébauche de constitution. C'est lui qu'ils avaient chargé de rédiger, au moins dans ses lignes essentielles, la charte élémentaire qui devait être proposée au roi. et acquérir force de loi par suite de l'accord du prince et de l'Assemblée. La preuve de cette marque de confiance résulte d'une lettre inédite, adressée à Chesnelong par un des membres les plus éminents de la droite modérée, M. le vicomte de Meaux. Il importe de la citer en entier.

Ecotay, près Montbrison (Loire), 3 soptembre 187.3.

« Mon cher collègue, vous ne serez point étonné que, depuis le moment où nous nous sommes séparés à Versailles, je n'aie cessé de penser à vous, à la grande œuvre dont vous êtes chargé, et qui, par conséquent, est en bonnes mains. Me pardonnerez-vous donc de venir vous en demander des nouvelles ?

» La loyale visite du comte de Paris facilite singulièrement votre besogne ; mais aussi elle la rend plus que jamais nécessaire et urgente, car chacun aujourd'hui attend de nous la monarchie. Si nous ne la faisons pas à notre

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