‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 129 sur 302 · CHAPITRE XI J · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI J

retour, nous aurons irrévocablement constaté notre impuissance, l'impuissance des honnêtes gens de France ; ou bien, ce qui est pire encore, la responsabilité de cet avortement retomberait tout entière sur le roi. Ses cousins se sont mis en règle ; on ne pourra s'en prendre qu'à lui et à nous si nous échouons. Mais nous n'échouerons pas ; Dieu aura enfin pitié de nous ; j'en ai le ferme espoir. » Les dernières confidences que vous m'avez faites au moment du départ autorisent, d'ailleurs, cet espoir. Plus j'y réfléchis, en effet, plus il me paraît impossible d'obtenir de l'Assemblée le rétablissement de la monarchie sans condition ou garantie, et périlleux de subordonner la Restauration à la préparation ou au débat d'une constitution complète. Que faut-U donc ? Une déclaration, un acte qui contienne très sommairement ce qu'il est nécessaire de dire pour que le gouvernement monarchique fonctionne et n'effarouche pas les Français, qui renvoie toutes les autres questions au pouvoir législatif, exercé en commun par le roi et les Chambres à.l'avenii'. par le roi et l'Assemblée Nationale immédiatement après la Restauration ; un acte qui ne soit définitif qu'après avoir été sanctionné par le roi, mais qui puisse être accepté et sanctionné par lui sans délai, sans débat, et qui, jusque-là, maintienne le pouvoir entre les mains du maréchal. Or, n'est-ce pas cet acte, mon cher collègue, que vous êtes en train de dresser ?

» Je m'explique ici avec plus de Hberté que vous ne pouvez peut-être le faire vous-même, à travers les pourparlers que nous vous avons confiés. Mais, ou je me trompe fort, ou je suis bien près de m'accorder avec vous, et c'est là ce qui m'enliardit dans mon sentiment et mes conjectures. N'en tenez aucun compte si, sans le savoir, je m'écarte de vos vues, car nous poursuivons le même but ; je n'ai d'autre désii' que de l'atteindre, et vous devez mieux que moi en savoir les moyens.

Mais si. au contraire, mes pensées sont les vôtres, acceptez mes ardents et humbles vœux pour que vous les fassiez prévaloir.

» A vrai dire, je n'aperçois sur notre route qu'une seule difficulté aiguë, celle du drapeau. Il ne faut jamais la perdre de vue, et, en même temps, il importe sans doute de ne l'aborder qu'à la dernière heure. Comment sera-t-elle, ou tournée, ou résolue ? Le sait-on, et qui le sait ? Pourtant, j'ai confiance, car, en politique, je ne connais de difficultés insolubles que celles qu'on ne veut pas résoudre, et, en ce moment, de part et d'autre, n'y a-t-il pas des indices non équivoques de bonne volonté ? L'attitude des journaux légitimistes depuis le 5 août est irréprochable ; on m'affirme qu'elle est inspirée par M. le comte de Chambord, de quoi il faut doublement se féhciter.

» J'ai reçu plusieurs lettres, non seulement de nos amis, mais des meilleurs amis des princes d'Orléans. Toutes attestent, sinon une confiance absolue dans le succès, du moins la résolution de tout faire pour réussir, c'està-dire pour sortir de la Répubhque et parvenir à la royauté. Dans le pays même et jusque dans la presse, aucune opposition vive, si je ne me trompe. J'habite un pays que nous disputons péniblement au radicalisme, puisqu'il a pour chef-lieu Saint-Etienne. Eh bien ! une personne on ne peut plus autorisée m'affirmait tout récemment, et mes observations personnelles confirment, que le rétablissement de la monarchie n'y soulèvera aucune agitation, aucune opposition tant soit peu redoutable. Il faut ajouter que beaucoup de braves gens la désirent, et que beaucoup d'autres, qui n'osent avouer, ni à eux-mêmes, ni à autrui, qu'ils la souliaitent, seront charmés qu'on la leur donne.

«Pourquoi vous dire tout cela, mon cher collègue ? Vous le savez mieux ([ue moi, à coup sûr. Excusez-moi

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pourtant si j'ai besoin d'être éclairé et raffermi par vous dans mes plus chères espérances ; excusez-moi, si j'ai besoin d'apprendre de vous d'abord ce que je dois attendre moi-même, ensuite ce que je puis répondre à ceux qui m'entourent et m'interrogent.

» Je songe à aller à Frohsdorf , où peut-être vous me précéderez, car nous avons dans ce département une élection vers le 12 octobre, et je n'imagine pas être libre auparavant. Mais, à quelque époque que j'y aille, et si je n'ai pas la bonne chance de vous y rencontrer, j'y voudrais, du moins, pour ma faible part, tenir le langage qui sera tenu par vous et les meilleurs de nos amis.

» Je ne veux pas prolonger davantage cette causerie déjà trop longue. Elle vous montre assez, mon cher collègue, avec quelle confiance et quelle sympathie je vous suis dévoué. » C. de Meaux (1).

Cette lettre appelait un exposé détaillé,, une sorte de profession de foi de Chesnelong sur les moyens de solution préconisés par lui. Cet exposé, le vicomte de Meaux l'avait entre les mains huit jours après l'envoi de sa lettre. Il le trouva si net et si heureusement adapté aux circonstances, que, non content de s'en inspirer, pour sa conduite personnelle, pendant les mois suivants, il l'inséra plus tard intégralement dans ses Souvenirs politiques, comme une pièce décisive, destinée à légitimer aux yeux de l'histoire l'effort des conservateurs monarchistes.

Nous ne relèverons, dans ce long mémoire (2) que deux observations, qui montrent jusqu'à quel point

( 1 ) Archives de la famille Chesnelong.

(2) On peut lo lire eri entier dans le livre du vieonite de .Meaux. p. 159 et suiv.

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Chesnelong était respectueux du droit héréditaire, et combien son plan de restauration différait de celui des parlementaires du centre droit.

Il ne veut à aucun prix d'une charte imposée. « Si nous fondons la monarchie, dit-il, nous avons besoin de laisser au roi toute sa dignité, pour qu'il ait tout son prestige... Et pourtant la charte imposée a des partisans nombreux dans le centre droit, et a jortiori dans le centre gauche. C'est là notre première difficulté ; car le comte de Chambord y résisterait, et, à mon avis, avec raison. Il y a ici une concession à demander à nos amis des centres... »

De plus, tout en ne croyant pas à la possibilité de faire adopter le drapeau blanc par l'Assemblée, Chesnelong ne veut pas plus imposer à Henri V un drapeau qu'une constitution, et, par là aussi, il se sépare des députés qui prétendent faire opter le comte de Chambord entre le drapeau tricolore et la continuation de l'exil (1).« Il y a, dit-il, depuis les derniers manifestes, une question d'honneur posée de haut ; par suite, le drapeau blanc ne peut être répudié ; ce n'est pas une raison pour que le drapeau tricolore ne soit pas maintenu. On peut les fondre dans un drapeau nouveau, qui ne serait ni le signe de la Révolution victorieuse, ni le désaveu des gloires anciennes ou des gloires contemporaines, qui représenterait le présent se rattachant au passé dans une réconciliation qui rapproche sans humilier. »

Cette adoption d'un drapeau de concihation, Chesnelong allait jusqu'à l'attendre d'une u déclaration

(1) Nous tenons à préciser de plus en plus nettement l'attitude de notre député, qui, selon M. Arthur Loth. ndoptant en eela la tluW de M. Hanotaux (HitHoire de la France contemporaine, t. II, p. 1 l.'i et suiv.) n'aurait été que l'orcnnc des parlenif'ntaires libéraux, charpé de porter au comte de ('liaiiil)onl des londitioiis iiiacccptal)l('.'j.

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