CHAPITRE X
spontanée et généreuse du prince » qui aurait « empoigné » l'opinion, et l'aurait inclinée en masse vers la monarchie.
Il fallait trouver un moyen de soumettre ces vues au comte de Chambord. Chesnelong le croyait urgent, et néanmoins il fie se décidait pas à faire, lui si inconnu à Frohsdorf, cette démarche que lui avaient conseillée MM. de Dampierre, Janicot et Decazes : il y voyait toujours, de sa part, une présomptueuse témérité.
Persuadé néanmoins qu'il était temps d'agir, et craignant que personne ne songeât sérieusement à aplanir des difficultés jugées formidables, il chercha un moyen de faire passer sous les yeux du comte de Chambord ce qu'il ne croyait pas possible, pour le moment, de lui dire en face. Il avait une particulière estime pour M. de Carayon-Latour, que, de son côté, le prince honorait de son entière confiance. Il résolut de reprendre, dans une lettre adressée à ce collègue, les idées déjà exprimées dans sa lettre à M. le vicomte de Meaux, persuadé que, sans qu'il eût à le lui demander, ce fidèle serviteur de la royauté transmettrait sa lettre à Frohsdorf.
Très frappé de l'importance de cette communication, M. de Carayon-Latour en instruisit aussitôt le comte de Chambord, et fit savoir à Chesnelong que ses idées sur la question constitutionnelle seraient certainement agréées, mais qu'il prévoyait une résistance presque intiexible sur le drapeau. Il ajoutait qu'à ses \'eux, cette résistance était légitime.
C'était bien la question aiguë, celle autour de laquelle l'opinion, pour ne pas dire le préjugé, avait amoncelé les épines. Il fallait, à tout prix, les écarter.
Dans une seconde lettre au député légitimiste, datée
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du 20 septembre, Chesnelong prend corps à corps la difficulté.
De quelle sorte de popularité jouit, en France, le drapeau tricolore, et que signifie- 1 -il, aux yeux de la majorité des citoyens ? « Vous paraissez croire, dit-il, qu'il n'est soutenu que par quelques hommes politiques ayant avec la Révolution des attaches personnelles ou héréditaires, et que le pays y est indifférent. Ce n'est pas mon impression ; il y a ep faveur de ce drapeau un sentiment public très vivace, très accentué, très répandu, presque universel, s'inspirant de souvenirs honorables et de traditions généreuses.. \ N'en pas tenir compte, c'est à mon sens se créer d'immenses difficultés, soit pour arriver, soit pour durer.
» Vous ne voyez dans ce drapeau que l'emblème de la Révolution, de ses révoltes et de ses crimes. S'il n'était que cela, sa répudiation serait commandée par l'honneur; mais alors sa popularité ne serait pas aussi générale. Ce qui le rend cher à beaucoup de gens honnêtes, très peu suspects de symjDathie pour l'esprit révolutionnaire, c'est qu'Os sont habitués à y voir l'emblème des gloires et des épreuves de la patrie depuis trois quarts de siècle ; c'est que, sous ses phs, la France a parcouru l'Europe, et s'est défendue chez elle contre l'étranger et contre l'anarchie. — « Voulez-vous donc, me dites-vous, que le comte de Chambord devienne le roi légitime de la Révolution ? — Non, mille fois non. Je voudrais que, répudiant le drapeau tricolore en tant que signe de la Révolution, et l'acceptant en tant que représentation de nos fiertés et de nos douleurs nationales, il lui enlevât, en le mêlant au drapeau de la vieille France, tout cachet de révolte, sans confondre dans une réprobation commune les souvenirs néfastes et les actes honorables de notre histoire contemporaine. La Révolution, je la livre ; le pays, je le respecte autant que je l'aime (ce mot est du