CHAPITRE II
inspirée par la foi, Bossuet, de Bonald, Joseph de Maistre, se partagent ses heures de loisir.
Ce sont là, au surplus, pour le bachelier d'hier, de graves lectures et d'austères travaux. Il en corrige la monotonie en parcourant, parfois d'une main rapide, plus souvent avec une complaisante attention, le roman à la mode. Le romantisme, avec ses images hautes en couleur et ses aventures à grand fracas, éblouit encore la
reiinontre aussi un principe fécond, une pensée de salut, la préparation à un grand œuvre de courage et de dévouement, un héros, un sauveur en germe.
Ce héros, c'est Jeanne d'Arc.
Qu'on rapproche le livre de la sainte. On comprendra mieux le livre. On saisira mieux la physionomie de la vierge inspirée.
\J Imitation de Jésus-Christ, c'est un baume réparateur versé sur les plaies morales du siècle ; c'est aussi une pensée de dévouemont, un cri d'amour proclamé à la face d'une société égoïste et découragée, qui n'avait plus foi en elle-même et semblait renoncer à son avenir.
Jeanne d'Arc, c'est l'héroïne qui prend en mains la cause de la France et du monde, et qiii leur révèle en quelque sorte leur force interne et leurs destinées fécondes ; c'est au?.«i la martj're résignée qui, du milieu des flammes, protest,e encore, par xn\e merveilleuse soxiniission et par de sublimes accents, de la sainteté de sa cause et de la divinité de sa mission.
Sa mort ne démentit pas sa vîe ; elle avait eu foi dans les desseins de la Providence sur sa patrie ; cette foi, elle la scella de son sang. Aussi un de ses ennemis, témoin de sa mort et ravi de son courage, ne put retenir ce cri, qui s'échappa de sa conscience alarmée : « Nous avons fait mourir une sainte. » — « Cette parole est grave, dit éloquenunent Michelot : elle restera. L'avenir n'y contredira point : oui, selon la religion et selon la patrie, Jeanne d'Arc fut ime sainte. •
Et quoi de plus merveilleux, en effet, que cette existence si belle de dévouement, ai rayonnante de f(3i, si admirable de poésie? Bergère timide, vierge pieuse, Jeanne d'Arc condui.sait, la houlette à la main, les troupeaux de son vieux père, lorsqu'elle entendit retentir au loin des bruits do guerre et dos chants de malheur. Que d'autres, se concrentrant dans im égoïsme craintif, se préoccupent du triste sort que l'avenir leur réser\e ! Que d'autres, tristes et découragés, s'apitoient sur les malheiu^ de la patrie ! Une grande confiance surprit dans le cœur de Jeanne : elle a entondu les voix de Dieu. Elle prophétise la défaite des Anglais, la résurrection do la France, le sacro de son roi à Reims ; et. comme elle les amionce, les choses s'accomplissent. Puis, elle voudrait retourner vers ses montagnes ; de sombre^^
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jeunesse. Il a séduit un instant Charles Chesnelong; nous en trouvons la preuve dans l'importance qu'il attache à des œuvres aussi éphémères que Le capitaine Paul, d'Alexandi'e Dumas, ou Latréanmont. d'Eugène Sue.
Plus souvent, la riche palette de Victor Hugo le fascine, bien qu'il lui préfère ordinairement le pur dessin de Lamartime.
Au reste, l'engouement ne durera guère. Tout en
pressentiments l'accablent ; elle désirerait se soustraire à cette mort qu'elle prévoit, à cette blessure fatale dont, à l'avance, elle indique la place. Mais, il faut que sa destinée brille de toutes les gloires, et que les palmes du martyre se réunissent, sur son front radieux, aux lauriers de la victoire. H faut que l'héroïne abandom\ée de tous, méconnue par tous, fasse éclater sa foi par un immense dévouement. 11 faut que les hommes la persécutent et la tuent, et que, victime résignée, elle rende témoignage à celui dont elle a entendu les voix dans son coeur, afin que les Français, ne doutant plus d'elle après cette grande immolation, ne doutent plus d'eux-mêmes. Et c'est ainsi, c'est par le sentiment des forces et la confiance dans l'avenir de la France qui, du bûcher de Jeanne d'Arc, se répandirent contagieusement dans le pays, que put être complétée la délivrance du royaume.
Quand la vieille société, lasse de superstitions et perdue de débauches, se sentait impuissante à arrêter le mouvement de dissolution qui la précipitait dans un iné\'itablo abîme, la morale évangélique vint la régénérer : iin Dieu mourant sauva le monde. — Les bienfaits de la Providence sont inépuisables, et leur grandeur est toujours proportionnée à «es desseins. Sans prétendre établir la moindre assimilation entre des événements qui ne diffèrent pas moins, à beaucoup d'égards, par leur caractère que par leur importance, ne sera-t-il pas permis de faire remarquer qu'à une époque où la France semblait épuisée et comme anéantie, où toute \nç> morale y paraissait éteinte, Vlmitation de Jésus-Christ vint, à point nommé, pour purifier les âmes et ranimer les coulages? Et ne se ronrontm-t-il pasaus^si inie vierge martyre pour sauver le pays ?
Et maintenant, que les siècles passent sur ( oite vie 1 que les liommt^s s'en emparent ! qu'ils en fassent l'objet do leurs diverses appréciations ! Ceux-ci y verront peut-être une grande pensée de patriotisme et de nationalité, dont le siècle de Jeanne d'Arc était pourtant incapable. Ceux-là ne voudront y reconnaître que les effets d'un fanatisme ridicule dans son principe, quoique glorieux dans ses résultats. D'autres, appliquant In scalpel do l'analyse philosophiqiio à cotte femme-phénomèno, expliqueront ses inspirations par une