CHAPITRE XI
prince), et j'ai le souci de ne pas le blesser dans la générosité de ses sentiments (1). »
On sut, plus tard, que le prince avait trouvé ces lettres « très belles, » sans toutefois se résoudre à en admettre la conclusion relative au drapeau.
Peut-être la première, datée du 11 septembre, ne fut-elle pas sans influence sur les idées que, huit jours plus tard, on exprimait, de Frohsdorf, à M. le vicomte de Rodez-Bénavent. Dans quelques lignes qui furent alors très remarquées, le comte de Chambord se défendait de toute prétention de retour à l'ancien régime, et faisait appel « à tous les honnêtes gens sur le terrain de la restauration sociale. » Ces dispositions, bien que vaguement exprimées, étaient d'un bon augure.
Au reste, en dehors même du groupe qui avait confié à Chesnelong une sorte de mandat bénévole, on travaillait.
Quelques-uns des membres du gouvernement du 24 mai étaient de fervents légitimistes. AOI. Ernoul, ministre de la Justice, et de la BouiUerie, ministre de l'Agriculture et du Commerce, prirent sur eux, avec le double consentement du maréchal de Mac-Mahon et du duc de Broglie, d'envoyer au comte de Chambord une ambassade officieuse, pour le mettre» en face des réalités positives de la situation (2). » Leur choix porta sur M. Merveilleux du Vignaux, que son intégrité et ses
(1) Ch. Che.snelong. Campagne monarchique, p. 45. — La solution fini se présentait d'abord à l'esprit était un drapeau tricolore orné de fleurs do lis. On sut bientôt qu'elle ne satisfaisait pas le comte de Chambord. On chercha alors d'autres acconimodcmcnts. On songea, par exemple, à garder le trapeau tricolore pour l'armée et la nation, en faisant du draiicau blanc le pa\ilIon personnel du souverain, ou bien encore à prendre comme drapeau national un cb-apeau blanc par une de ses faces, tricolore par l'autre, avec l'écusson fleurcielisé au centre. Aucune de ces conibinai.sons ne devait «>tn> asiréiv.
(2) C'était l'expression d'un des ministres.
fermes convictions désignaient à l'estime de tous, et sur ]\[. de Sugny, dont la dignité de caractère et la sagacité faisaient honneui' au groupe de droite qui le comptait, lui et son collègue, parmi ses membres.
Envoyés sans mission officielle, ils gardèrent le silence sur leur entrevue avec le prince ; mais, depuis lors, M. Merveilleux du Vignaux en a publié le récit (1), et nous savons qu'ils développèrent, sur les questions constitutionnelles et la question du drapeau, les idées déjà exprimées dans les lettres de Chesnelong à M. de Carayon-Latour.
Tout fut écouté, compris et même accepté, tout, sauf les propositions relatives au drapeau. Le prince se borna à faire parvenir à M. Ernoul une note contenant ces lignes : « Quant à la question du drapeau, M. le comte de Chambord, à son entrée en France, se réserve de la traiter lui-même directement avec l'armée. »
Impossible de laisser le prétendant caresser ce périlleux projet. Aussi, à peine en possession de la note, M. Ernoul envoya-t-il à Frohsdorf une seconde ambassade secrète. Cette fois, c'est un député de l'extrême droite, M. Combler, qui fut chargé de démontrer que l'armée, gardienne du drapeau, mais gardienne aussi de la loi, n'a nullement qualité pour intervenir dans un changement de cette nature.
Le nouvel envoyé obtint que la note précédente fût modifiée comme il suit : « Quant à la question du drapeau, Monseigneur, à sa rentrée en France, se réserve de parler de nouveau, s'il y a lieu, au pays, se faisant fort d'obtenir de ses représentants une solution compatible avec son honneur. » C'en était fait du rêve dangereux de l'armée délibérante. La formule, quoique imprécise, laissait place à une entente possible ; on la
(1) Ce récit tient en un j)otit xolun^e <nii a jjonr titre : Un peu d'histoiri' à jiropo» iVun uotn. Knunil. — l'iu'is, Oudin, 1!I00.