‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 133 sur 302 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

campagne au profit de ce dernier. (1) Il demande en échange, pour le pays et la stabilité de la monarchie elle-même, le maintien du drapeau tricolore. C'est un minimum modeste ; mais c'est une condition sine qim non. Sommes-nous tous d'accord ? S'il y a des oppositions, qu'elles se produisent ! (2) » — « Tout cela, ajoute Chesnelong, avec force et talent, mais avec aigreur et emportement. »

Cette mise en demeure allait introduiie quelque division dans le groupe, lorsque Chesnelong intervint :

(( Derrière nous, dit-il, comme derrière le pays, les ponts sont coupés. Pour le pays, c'est le port ou l'abîme ; pour l'Assemblée, c'est son honneur devant l'histoire ou c'est sa condamnation... Il faut réussir !

» Deux conditions sont nécessaires : P grouper sur un terrain bien choisi une majorité assurée ; 2" obtenir que le roi s'y place. Sans la majorité, le roi ne peut rien ; sans le roi, la majorité est impuissante ; leur concours est nécessaire.

» Pas de majorité sans la réunion des diverses fractions de l'opinion conservatrice. Isolées, les fractions ne sont que des obstacles" au bien ; réunies, elles deviennent une force. Peut -on avoir une majorité sans une concession sur le drapeau ? Non, et, à ce point de vue, M. Pasquier

( 1) Avant le renversement de M. Thiors, le duc d'Audiffret-Pa*;qiiiex" et le duc Decazes avaient offert la présidence de la République au duc d'Aumale, qui l'avait acceptée en principe. Quelques jours avant le 24 mai. dans une réimion des divers groupes de la majorité chez le duc de Rroglie, Lucien Brun combattit cette candidature, alléguant que le comte de Chambonl n'autoriserait jamais un prince de la maison de France à accepter de telles fonctions. Le duc d' Audi ffrct- Pasquier soutint avec beaucoup de vivacité le candidature du prince. Sur quoi le duc de Broglie, pour mettre fin à un désaccord qui aurait tout compromis, mit aux voix le nom de Jlac-Mahon, qui réunit tous les suffrages. Cf Ernest Daudet, Le duc d'Aumale, p. 2G,"). — Pion, Paris.

(2) D'après une lettrt^ inédite de Ch«»snelong à son fils aîné, .> octobre IS":?.

a raison. Si, parmi nos collègues, il s'en trouvait pour dire : « La monarchie avec le drapeau blanc ou pas de monarchie ! « je m'unirais à M. Pasquier pour les combattre. Mais, d'un autre côté, si l'on pose la question entre des ultimatums, et si l'on dit : « Maintien smis transaction du drapeau tricolore ou pas de monarchie ! » la majorité manque par un autre côté ; on court le risque, en outre, de ne pas obtenir l'adhésion du roi ; on n'a pas, en tout cas, pour sa dignité les égards qu'il peut réclamer ; la prétention est excessive et de nature à compromettre le succès.

» Ce qu'il faut, c'est chercher et trouver un terrain qui, n'aboutissant pas à la répudiation du drapeau tricolore, ménage la dignité engagée du roi, et permette aux partisans de l'un et de Tautre drapeau et au roi lui-même de se rencontrer dans une action commune pour le rétablissement de la monarchie.

» Ces moyens transactionnels pourront-ils être recherchés, examinés, discutés dans une réunion nombreuse ? Evidemment, non. Le moyen proposé par le général Changarnier est donc excellent ; mais il faut s'en tenir là, et ne pas prendre de résolutions hâtives et absolues... Nommons donc la commission (1). «

Personne ne répondit, et la nomination d'une commission fut définitivement décidée. La plupart des membres de la réunion félicitèrent vivement Chesnelong : « Quel brave homme, et quel cœur ! » dit le général Changarnier.

Mais le duc Pasquier était mécontent : ce moyen terme lui déplaisait. Après une longue interruption de la séance, Decazes « dans un long et filandreux discours, calme et modéré de forme », déclara que les membres du centre droit n'entreraient dans la commission que sous la

(1) D'aprè.<< le conipto reiuhi in6<lit ndnvsNc^ pur (liesnelong à son /ils aîné, 5 o^-tobro 1873.

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