‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 134 sur 302 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

réserve de ne rien accepter en dehors du maintien du drapeau tricolore afjfirmé et garanti d'avance (1). Pour finir, on opposa réserves à réserves, et la commission fut composée de MM. de Tarteron et Combier pour l'extrême droite, le baron de Larcy et Baragnon, pour la droite modérée, le duc d'Audiffret-Pasquier et Callet pour le centre droit, le comte Daru et Chesnelong pour le groupe Changarnier. Le général Changarnier lui-même devait la présider. Ce fut la fameuse Commission des Neuf.

On remarqua que, par ordre supérieur ou pour ne pas gêner les pourparlers de la réunion, les députés connus pour leurs relations habituelles avec Frohsdorf, comme MM. de Carayon-Latour et Lucien Brun, s'étaient tenus à l'écart ; le marquis de Dreux-Brézé, représentant officiel du comte de Chambord en France, n'avait pas été consulté.

Dans la soirée du 4 octobre, Chesnelong se rencontra avec M. de Falloux, que le duc de Broglie avait fait venir à Paris, afin de s'éclairer de ses conseils. On l'invita à un dîner qui devait réunir, avec l'ancien ministre, MM. de Meaux, de Cumont et Baragnon. Il a ainsi noté son impression sur M. de Falloux : « Celui-ci est très tricolore, avec cette nuance que, comme Pasquier, il est aigre, et a en vue la capitulation du roi, encore plus que la satisfaction du pays. La misère humaine

(l)Ces détails, extnut.s di's lettres inédites de Chesnelong. montrent l'erreur commise par M. Hanotaux (Hist. de In France contemp., t. II, p. 154), lorsqu'il dit : < Il était faeile de distinguer une divergence de vues entre les amis des princes d'Orléans et ceux du comte de Chambord. Ces derniers ne \oulaient pas d'une commission. » C'est le contraire qui est vrai, à moins cm'on vise imiquement le président de l'extrême droite, M. de la Rochette, qui, en eflfet, avait repoussé lidée d'une commission.

est partout. Du reste, parfait de manières et d'une distinction rare ; il nous a vivement intéressés, et nous avons passé une agréable soirée (1). » Ce que Chesnelong omet de dire, c'est que M. de Falloux et ses amis avaient profité de ce dîner pour restreindre, le plus possible, la liberté du roi sur la question du drapeau.

Celui-ci avait mandé à Ernoul que, sur cette question, « il se faisait fort, à sa rentrée en France, d'obtenir des représentants du pays une solution compatible avec son honneur. »

Le petit conciliabule crut pouvoir traduire les paroles roj^ales en cette autre phrase, beaucoup plus précise, qui serait présentée comme formule d'entente à la Commission des Neuf, et qu'il s'agirait de faire ratifier ensuite par le principal intéressé : « Le drapeau tricolore est maintenu. Il ne pourra être modifié que par l'accord du roi et de l'Assemblée. »

N'ayant pu obtenir des habitués de Frohsdorf aucune explication sur la nature de la « solution » désirée et prévue par le comte de Chambord; ne croyant pas, par suite, heurter la volonté royale, Chesnelong consentit à soumettre cette rédaction à la première réunion de la Commission des Neuf.

Cette réunion eut lieu, le 6 octobre, chez le général

Changarnier.

Celui-ci ouvrit la séance en disant : « Sur la question constitutionnelle, l'accord est fait, au fond, entre le roi et l'Assemblée; il ne s'agit que de formules à trouver. Au contraire, sur le drapeau, l'accord est à

(1) Lt'ttro inédito, du 6 octobre IHl'.i. — Cette appréciation, en confinTiant la thèse do M. Arthur Loth sur l'attitude des memlires du centre droit, montre, une fois de |)lus. jusqu'à quel point Chesnelong répudiait les vues de certains d'entre eux.

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