CHAPITRE XI
Écrasé tout d'abord sous la responsabilité d'une telle démarche, Chesnelong commença par déclarer qu'il n'irait pas seul à Frohsdorf. Il fut décidé qu'on demanderait à M. Lucien Brun de l'y accompagner, et l'on se sépara plein d'espoir.
Le lendemain 7 octobre, nouvelle réunion de la Commission. Chesnelong fit connaître à ses collègues les conditions dans lesquelles il comptait accomplir sa mission. On se mit d'accord sur le sens général des déclarations qui seraient faites au prince, sur les stipulations que devrait renfermer l'acte appelant Henri V au trône. « stipulations qui ne sauraient, à aucun degré, avoir pour objet de prendre des précautions limitatives contre l'initiative royale, mais qui seraient simplement destinées à mettre en garde le pays contre les déclarations calomnieuses des partis hostiles. »
Le duc d'AudifEret les précisait comme il suit : 1" Les lois constitutionnelles, dont la proposition serait réservée au gouvernement du roi, reposeraient sur les quatre bases que le prmce avait de tout temps acceptées et même proclamées : le pouvoir exécutif du roi ; le pouvoir législatif s'exerçant par le roi et deux Chambres ; l'inviolabilité du roi et la responsabilité de ses ministres. 2° Les Hbertés civiles et religieuses qui constituent le droit public des Français seraient maintenues. )i
« M. Chesnelong a-t-on dit, emportait, en somme, dans sa vahse, une charte et un drapeau (1). » C'eât vrai, si l'on ajoute qu'U allait simplement les soumettre à l'acceptation du prince.
(1) Hanotftux. Histoire de la France contemporaine, t. H. p. 14.*). IHESXELONO. — 20.
"Il devait d'abord faire agréer sa mission du gouvernement. Au cours d'un dîner chez M. Ernoul, où il se rencontra avec lui, le duc de Broglie admit les conclusions de la Commission. « La formule que vous comptez présenter, dit -il à Chesnelong, est rigoureusement acceptable. Nous nous en contenterons. Tâchez de la faire agréer par le roi ; sinon l'entreprise serait vouée à un insuccès fatal. Le maréchal ne s'y prêterait pas, ni moi non plus. Je veux la monarchie très sincèrement et très énergiquement ; je suis prêt à y mettre ma responsabilité, ma vie, mon honneur dans les conditions possibles ; mais nous n'aurions pas le droit de jouer le sort du pays dans une tentative où la défaite serait certaine. J'ajoute que la réunion de l'Assemblée est proche, et qu'il nous faut prendre un parti dans ces quinze jours. »
Ces pourparlers étaient vraisemblablement connus à Frohsdorf, et n'y provoquaient qu'un blâme discret, mais formel. Chesnelong s'en douta lorsque, ayant consulté le marquis de Dreux-Brézé sur le moyen d'obtenir une audience du prince, il obtint la réponse suivante : « Monseigneur est absent pour une dizaine de jours. Je ne suis pas dans le secret de sa résidence, et je ne pourrai vous dire que la semaine prochaine où et quel jour il pourra vous recevoir. Du reste, le prince a dit son dernier mot sur le drapeau... »
Chesnelong s'efforça de lui faire sentir la gravité de la situation : d'un côté, la monarchie faite ; de l'autre la déroute parlementaire et la débandade de l'esprit public. « Le prince, ajouta-t-il, ne connaît que la situation dhier, il doit connaître celle d'aujourd'hui. Nous n'allons pas lui imposer une condition, mais lui indiquer une nécessité. Le devoir est au-dessus du point d'hoimeur, et le premier de tous les devoirs, c'est de ne reculer devant aucun sacrifice permis par la conscience pour sauver le pays. Comment nous jugera l'histoire ? Quelle