‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 139 sur 302 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Chambord ; ce que je sais, c'est que, s'il me reçoit, je lui dirai tout, et qu'il prendra sa résolution en pleine connaissance de cause. Dieu l'inspirera et nous aidera (1). »

C'est au milieu de ces alternatives d'anxiété et d'espoir que Chesnelong quitta Paris. Le lundi 13, il couchait k Munich, d'où il repartait le lendemain matin. A une heure et demie, il entrait en gare de Salzbourg.

MM. de Carayon-Latour. Lucien Brun et de Cazenove de Pradines, qui n'avaient pas dû, comme Chesnelong, attendre l'heure d'une audience, se trouvaient déjà auprès du prince. Ils étaient allés recevoir à la gare le délégué des Neuf, et le saluèrent de ces mots : « Bon courage ! Monseigneur vous attend avec impatience, et vous recevra avec sympathie. »

Ils le conduisirent à l'hôtel Neubourg, où le prince était installé, avec la comtesse de Chambord et toute sa suite, dans un pavillon séparé. A peine le voyageur avait-il secoué la poussière de la route, qu'il fut conduit au salon, où le comte de Chambord l'attendait.

Bien pris, quoique de formes un peu pleines et afHigé d'une légère claudication, le prince avait la physionomie agréable, le regard cahne el droit, le nez fin. la barbe et les cheveux blonds légèrement ondulés. L'ensemble donnait une impression de dignité et de douceur ; mais l'œil était vif, scrutateur, et souvent les lèvres, obstinément closes, observaient une réserve méfiante.

Il était seul, debout, en face de la porte. Il reçut Chesnelong avec une grâce parfaite. Celui-ci s'inclinait respectueusement, avec une émotion mal contenue. Il lui prit aussitôt la main, et lui dit avec bonté : h Je vous connais. Carayon m'a transmis vos lettres. Je commis

(1) Lottre liiëdito à ^1'"'" C'iiosnelong.

VOS impressions. Vos lettres, d'ailleurs, sont fort belles, et m'ont assez montré quel noble esprit et quel noble cœur vous êtes. Dites-moi tout sans crainte de me froisser. »

Encouragé par cet accueil, Chesnelong commença son exposé. Il dépeignit avec une ardeur croissante les deux alternatives en face desquelles se trouvait le pays. D'un côté, un succès possible, presque certain, la monarchie rétablie, la France sauvée, l'Europe rassise, l'Église prenant sa première revanche, le présent garanti, l'avenir préparé ; d'autre part, une déroute inévitable, la monarchie et le pays sombrant ensemble, la carrière des éventuahtés formidables rouverte, la Révolution de nouveau maîtresse et une nouvelle catastrophe achevant ce qu'avaient épargné l'invasion allemande et la Commune. Selon lui, en présence de ces deux extrémités, un grand devoir s'imposait, un devoir au-dessus duquel, disait-il, « il n'y a que Dieu et la conscience, mais qui rend honorables, dignes et grands tous les sacrifices sur les questions libres (1). »

Ce devoir, que Chesnelong insinuait avec une souplesse et un tact infinis, consistait tout d'abord à accepter le projet arrêté par la Commission des Neuf sur la question constitutionnelle.

Le prince n'éleva contre ce projet aucune objection. Mais il fallait aborder une affaire autrement déhcate, la question du drapeau. Le négociateur ne dissimula pas que le succès de la restauration monarchique pouvait dépendre de la solution que recevrait cette question.

Le comte de Chambord répliqua : « La France a droit à tous mes sacrifices. Il y en a deux pourtant qu'elle ne peut pas me demander : celui du principe que je représente et celui de mon honneur. La question du drapeau

(I) D'après une lottre inédite à M"^^ Chesnelong.

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