‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 142 sur 302 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

entretien. Je «uis cliarmé d'avoir pu causer avec vous des intérêts de notre chère France. »

On conduisit le visiteur dans la chambre qui lui était réservée. M. de Carayon l'y rejoignit. L'envoyé des Xeuf ne lui dissimula pas son profond découragement.

Cependant, au dire d'un des famihers du prince, M. de Blacas, le comte de Chambord ne tarissait pas d'éloges sur Chesnelong ; jamais il n'avait été empoigné par personne comme par ce négociateur souple et mesuré, pressant et discret. Cette impression permettait d'espérer qu'un nouvel entretien entamerait une résolution jusque-là invincible.

A cinq heures, l'entourage du prince se réunit au salon. C'était l'heure du dîner. Deux dames d'homieur de la princesse, deux gentilshommes de service, ]\DI. de Blacas et de Monti, les trois députés, ^OI. de Carayon- Latour, Lucien Brun et de Cazenove de Pradines attendaient le couple royal, lorsque Chesnelong fut introduit. Bientôt « Monseigneur» parut, donnant le bras à Madame la comtesse de Chambord. Il parcourut le petit cercle, disant à chacun un mot gracieux. Arrivé près de Chesnelong, il le présenta à sa compagne d'exil.

« Digne princesse, modèle de bonté et de charité, douce, point johe, presque vieille, un peu sourde, commandant le respect (1) ». la fille du duc de Modène passait pour peu inclinée vers la France et peu empressée de voir son mari sur le trône. Elle fit sur Chesnelong une impression toute différente. Il admira, avec sa réserve, la tendresse profonde et presque religieuse qu'elle avait pour le prince, dont elle semblait désirer

(1) Expressions de Chesnelong (lettre à sji famille).

l'avènement, tout en partageant ses préoccupations et ses scrupules au sujet de l'honneur royal.

On se mit à table, Chesnelong à la gauche du comte de Chambord. Il ne fut question ni de la campagne monarchique, ni de la mission du député des Basses- Pyrénées: toutefois, on ne parla que de la France. Le prince dirigeait la conversation avec une aisance et une liberté d'esprit que n'altéraient pas ses préoccupations. Tantôt il racontait, avec simplicité et finesse, des anecdotes de bon goût, tantôt il exprimait, sur les hommes et les choses, des jugements empreints de sagacité autant que de bienveillance.

Le repas achevé, le prmce alla conduire à la gare Madame la comtesse de Chambord. et il avertit M. de Blacas qu'à son retour, il entretiendrait à part MM. Lucien Brun, de Carayon-Latour et de Cazenove de Pradines, puis recevrait de nouveau Chesnelong.

N'ayant pu faire accepter le drapeau tricolore, celuici se préoccupait d'obtenir au moins des promesses générales, permettant la continuation de la campagne monarchique. Il avait préparé à l'avance trois déclarations qui, agréées du comte de Chambord, pourraient, à la rigueur, donner confiance à l'Assemblée, et provoquer un vote en faveur du rappel du roi. Il les communiqua à ses trois collègues, les priant de les appuyer, au cr)urs de l'entretien annoncé.

Cette entrevue fut très rapide ; elle permit néanmoins aux trois députés de saisir le prince du projet de Chesnelong. A peine étaient-ils congédiés, que celui-ci fut appelé à le présenter lui-même.

Cette fois, le comte de Chambord reçut debout l'envoyé des Neuf : l'heure était venue de conclure.

« Reprenons notre causerie, dit le prince. Quelles sont donc ces déclarations que vous désirez obtenir de moi, et que vos collègues viennent do m'annoncer ? »

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