CHAPITRE XII
Chesnelong fit remarquer quelle importance le gouvernement attachait à ce qu'en aucun cas, la question des changements à apporter au drapeau ne se posât avant le rappel du roi, et il sollicita l'autorisation de rapporter à la Commission des Neuf les déclarations suivantes :
« P Monsieur le comte de Chambord ne demande pas que rien soit changé au drapeau avant qu'il ait pris possession du pouvoir.
— Soit, dit le prince, j'accepte cela. » Et il donna les motifs de son adhésion.
Encouragé, Chesnelong rappela la déclaration transmise à Paris par l'ordre de l'exilé de Frohsdorf, et portant qu' « il se faisait fort, à sa rentrée en France, d'obtenir du pays, par ses représentants, une solution compatible avec son honneur ; » puis il fit respectueusement remarquer que cette formule gagnerait en efficacité en devenant plus explicite, et finalement proposa la rédaction suivante :
» 2° Monsieur le comte de Chambord se réserve de présenter au pays, à l'heure qu'il jugera convenable, et se fait fort d'obtenir de lui, par ses représentants, une solution compatible avec son honneur, et qu'il croit de nature à satisfaire l'Assemblée et la nation. »
— « J'accepte, répondit le prince, que la seconde déclaration que vous ferez en mon nom soit formulée ainsi (jue vous venez de le dire. »
Restait à faii*e un pas de plus.
« Il y a, dit Chesnelong, une troisième déclaration, qui est implicitement renfermée dans la seconde, mais qu'il serait utile de dégager par une formule précise. Sur ce point, il ne saurait y avoir, ce me semble, de diffieultés. Vous vous faites fort. Monseigneur, d'obtenir du pays, par ses représentants, la solution que vous désirez ; donc c'est à l'Assemblée Nationale que vous
la présenterez, et c'est par votre accord avec elle que vous vous faites fort de l'obtenir. La troisième déclaration ne dii^ait pas autre chose, mais elle le dirait en termes d'une clarté complète. Elle serait ainsi formulée :
» 30 Monsieur le Comte de Chambord accepte que la question du drapeau, après avoir été posée par le roi, soit résolue par l'accord du roi et de l'Assemblée. »
Le prince ne fit pas d'objection. Il prononça même les paroles suivantes, qui parurent à Chesnelong un acquiescement : « J'entends bien présenter la solution à l'Assemblée, et j'espère que nous nous accorderons. »
Or, les trois déclarations que venait d'accepter le chef de la maison de France n'étaient autre chose que la traduction, en langage plus acceptable pour lui, de l'article imposé par la Commission des Neuf : « Le drapeau tricolore est maintenu : il ne pourra être modifié que par l'accord du roi et de la représentation nationale (1). »
Chesnelong tenait donc le succès. Il le pouvait croire, du moins, puisque les formules acceptées, se complétant lune l'autre, ne donnaient prise à aucune équivoque.
(1) M"e de Guérines (Charles Chesnelong, t. II, p. 263) place ici un récit qu'elle dit tenir de Chesnelong, bien qu'il ne l'ait jamais publié. Nous lui en laissons à elle-même l'entière responsabilité. « En cette audience, dit-elle, le regard du prince était resté naturel et libre : on allait bien, on allait vite, on s'entendait, quand, vers l'instant où se produisit la troisième déclaration, Chesnelong vit les yeux de Monseigneur se porter en obliquant, avec une insistance pénible, et se poser, fixes et inquiets, sur une portière ou tapisserie. Inquiet lui-même, il ne pouvait s'empêcher de regarder fréquemment aussi dans la môme direction ; et il crut, à un montent, voir la tapisserie s'agiter. — « Ce fut peut-être un effet de ma préoccupation, disait-il » en rappelant le fait — je ne pourrais certainement pas jurer que la » tapisserie a remuiS. J'étais si surmené, que j'ai pu avoir un trouble » de la vue, une sorte d'hallucination, qui se serait d'ailleurs rLMiou- » velée, car c'est à trois ou quatre reprises que j'ai cru voir la tenture