CHAPITRE XII
Sans doute, la difficulté du drapeau n'était que renvoyée au lendemain ; mais elle n'empêcherait pas, du moins, la monarchie de se faire, et, la monarchie faite, comme tout se simplifierait et s'éclaircirait ! Dans l'élan de sa joie, il dit au prince que, selon ses prévisions, la couronne lui était assurée : « Dans un mois, nous aurons le bonheur, Monseigneur, de vous voir monter sur le trône de France, et de voir s'ouvrir pour la France ellemême une ère de rénovation et de salut. »
Son émotion se communiqua au comte de Chambord, qui parut, lui aussi, s'épanouir à la pensée du radieux avenir
« Chère France, dit-il, que je serai heureux de la servir ! J'espère qu'elle m'aimera ; j'ai toujours vécu près d'elle par le cœur, et il me sera doux de lui montrer mon amour en ne vivant désormais que pour elle.
» Il faut la sauver, la relever, la grandir, la rendre heureuse ! Avec les honnêtes gens de tous les partis, j'y réussù'ai. Je lui apporterai trois choses- qui seront ma force : un jjrincipe qui lui sera une garantie de stabilité, le respect de ses hbertés, dont ce principe sera la plus sûre sauvegarde, et la volonté énergique de lui faire du bien. »
•) se soulever. Y avait-il quelqu'un ? Je n'ai pu me défendre de » me le demander... — Mais non, reprenait-il bientôt, et, d'un geste » répété de la main, il semblait renvoyer la vision, chasser le souvenir » qui lui était importun. — Non, je me suis trompé. Personne ne ') pouvait être là. ;M°'e la comtesse de Chambord venait de partir... ■) Il ne faut tenir aueim compte de pareille chose, et, après tout, il » importe pou, puisque, qu'il y eût quelqu'un ou qu'il n'y eût p>er- » sonne, cela ne change absolument rien aux événements. »
Et ]M"e de Guérines ajoute : « Y avait-il là un inspirateiu- ou un moniteur quelconque ? Je l'ignore absohunent. Je ne rapporte que ce que j'ai entendu, et n'ajoute rien. L'histoire n'a pas seulement pour mission de dire la vérité connue ; elle doit chercher la vérité obscure à travers tous les sentiers... Jetons donc en passant ce caillou sur la voie : il contribuera peut-être à faire retrouver la route de ceux qui nous suivront. »
312 CHESNELOXG
Et, après avoir remercié Chesnelong d'avoir accepté la mission qu'il venait de remplir, il lui parla avec sympathie des hommes de cœur qu'il savait prêts à se dévouer 'pour la monarchie, spécialement du maréchal de Mac-Mahon ; puis, lui prenant de nouveau les mains avec effusion : « Je ne vous dis pas adieu, dit-il. Je vous re verrai à minuit à la gare, au moment de mon départ, car nous partirons à peu près à la même heure, moi pour Frohsdorf, vous pour Paris, où, je l'espère, vous ne ferez que me précéder. »
Chesnelong rejoignit ses trois collègues, qui l'attendaient dans une pièce voisine, avec j\OI. de Monti et de Blacas. Ce fut, de la part de tous, un soudain élan d"allégresse : on ne s'attendait pas à un assentiment si prompt et si complet.
Un quart d'heure s'était à peine écoulé, lorsque le prince fit appeler de nouveau Chesnelong. Il voulait lui signifier plus nettement encore son intention d'être, non le chef dun parti, mais le roi de tous, et il lui demanda avec insistance d'être son interprète à cet égard. C'était confirmer les espérances du négociateur. Après ce complément d'entretien, celui-ci revint vers ses collègues, persuadé que le prince envisageait avec un parfait bon vouloir les exigences de la situation, et que de si beaux commencements ne pourraient avoir qu'une heureuse issue (1).
(1) Le récit de ce.s circoiistances montre assez ce qu'il y a d'oxcessjif dan.s le jugement suivant, formulé par M. Arthur Luth {L'Echec de. la restauration monarchique en 1873. p. 375) : « Ce qui se passait à Salzboiu"g n'était ni net, ni Bincère. Quelque loyauté que M. Chesnelong mît dans sa mission, il n'en cherchait pas moins à arracher au comte de Chambord c« qu'il savait l»ien être contraire n ses sentiments et à ses résolutions intimes. »
Sans doute, le comt« de Chambord a\ait dit, sans y insister, qu'il