‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 145 sur 302 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Le comte de Chambord était rentré dans sa chambre, et M, de Blacas était allé prendre ses ordres pour le départ de la nuit. Il crut pouvoir lui parler de la joie causée à tous par l'acceptation des trois déclarations.

Le visage du prince parut se voiler d'inquiétude. « J'ai en effet, dit-il, accepté les deux premières déclarations, et je maintiens mon acceptation. Quant à la troisième, M. Chesnelong m'a parlé, sans doute, de l'accord du roi et de l'Assemblée comme pouvant seul trancher la question, et je n'y ai pas contredit ; mais je ne voudrais pas que cela fût déclaré d'avance et en mon nom. Je me mettrais, pour ainsi dire, à la discrétion de l'Assemblée. Dites à M. Chesnelong mes impressions au sujet de cette troisième déclaration ; je désire qu'il s'en tienne aux deux premières. »

Informé aussitôt de cette conversation, Chesnelong en fut atterré. D'un coup d'œil, il vit le succès de sa négociation compromis, ses efforts stérilisés, ^on travail perdu. Sans doute, le prince acceptait la seconde déclaration, qui implicitement contenait la troisième ; mais cette seconde déclaration ne paraîtrait -elle pas obscure ? Suffirait-elle pour déterminer, dans la Chambre, un mouvement en faveur du rappel du roi ?

Très anxieux, il supplia M. de Blacas de lui obtenir un troisième entretien. Excédé de fatigue, le prince

n'accepterait jamais le drapeau tricolore, ruais son silence en face ilos réclamations respectueuses de Chesnelong, sa franche acceptation des trois déclarations n'indiquaient-ils pas qu'im important travail se faisait dans son esprit, travail qui s'achèverait au contact du sol et de l'esprit français î Et les familiers du prince, MM. de Blacas et do Monti, et les trois autres députés présents à Salzbourg auraientils, malgré leurs préférences pour le drapeau blanc, applaudi aux efforts de Chesnelong, s'ils n'avaient trouvé son attitude, « ni nette, ni sincère ? »

Au surplus, le ton même du récit fait, plus tord, par le négociateur, dans son livre siu" la Campagne monarchique, n'est-il pas, à lui seul, une preuve indéniable do sincérité ?

CHESXELONtî. 21.

venait de se mettre au lit. Il était environ neuf heures et demie ; il devait partira minuit. Il promit néanmoins de recevoir Chesnelong une demi-heure avant son départ. Deux longues heures s'écoulèrent, heures d'angoisse pendant lesquelles ]\DI. de Blacas et de Monti, M]\I. Lucien Brun, de Carayon et de Cazenove, restés en conférence avec Chesnelong, cherchaient le moyen de tout réparer.

Celui-ci, craignant que la Commission des Neuf trouvât les deux premières déclarations insuffisantes, se demandait quel équivalent il pourrait mettre à la place du point d'appui qui allait faire défaut. L'idée lui vint que, si l'on pouvait donner l'assurance à la Commission que son texte relatif au drapeau serait voté par l'extrême droite tout entière, elle consentirait peut-être à prendre d'elle-même, vis-à-vis de la Chambre, l'initiative de la restauration monarchique.

« Dans ce cas, dit-il à ses trois collègues, m'autoriseriezvous à déclarer en votre nom que, parlant pour vousmêmes et vous portant forts pour vos amis de l'extrême droite, vous vous engagez à voter la formule de la Commission des Neuf, en vous réservant de voter plus tard la solution qui sera présentée par le roi ? » Tous trois y consentirent, sous la réserve de l'autorisation du comte de Chambord.

« Le drapeau tricolore est maintenu ; il ne pourra être modifié que par l'accord du roi et de la représentation nationale. » Cet article une fois supprimé, il n'y avait pas de majorité dans l'Assemblée pour le rétablissement de la monarchie ; mais, sans être proposé par le comte de Chambord, il pouvait réunir une majorité par l'adhésion de tous les membres de l'extrême droite, ot devenir ainsi, malgré tout, le point de départ du rappel du roi. Chesnelong était résolu à tenter ce suprême moyen ; mo^'^en d'ailleurs si incertain, qu'il fallait

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