CHAPITRE XII
essayer, une dernière fois, de faire revenir le prince sur sa récente résolution.
Celui-ci s'était fait réveiller à l'heure convenue. Admis de nouveau en sa présence, Chesnelong le supplia d'accepter la troisième déclaration, qui faisait un seul tout avec les deux premières.
« Elle me met trop à la merci de l'Assemblée, » répondit le prince, et, comme Chesnelong insistait, s'appuyant sur l'acceptation déjà acquise de la seconde déclaration, qui contenait en germe la troisième, le comte de Chambord lui démontra qu'il ne pourrait accepter la troisième déclaration que dans un sens radicalement opposé aux vues de la Commission des Neuf et de son interprète.
« Vous me rendrez justice, dit-il, en pensant que je ne veux pas imposer ma solution par la force ; je n'entends m'adresser qu'à la raison et au sens politique du pays et de l'Assemblée pour en obtenir la solution que je leur présenterai, et je compte que leur adhésion ne me manquera pas. J'ai même la confiance que, malgi'é les dispositions actuelles que vous m'avez fait connaître, lorsque nous serons mis en contact, moi et la majorité de l'Assemblée, celle-ci ne me refusera pas ce que je lui demanderai au nom de mon honneur royal. Mais il y a ici une question de droit ; je n'en parle qu'au point de vue du principe, et sans avoir aucune intention d'aller, le cas échéant, jusqu'à ce qui serait peut-être l'extrémité de mon droit. Si, par exemple, le pays me paraissait disposé à accepter la solution que j'aurais présentée, et s'il se formait dans l'Assemblée une majorité pour me la refuser, est-ce que je ne pourrais pas très régulièrement faire appel au pays par une dissolution de l'Assemblée ? Encore une fois, la pensée de ce recours est absolument éloignée de mon esprit ; voilà pour le fait. Mais le droit d'en user fait partie de la prérogative ro^'ale, et la
troisième déclaration me paraîtrait ressembler à une abdication de ce droit. »
Chesnelong eut beau faire remarquer que, l'Assemblée Nationale étant constituante, le droit de dissolution ne pouvait être donné au roi que par la constitution, qui n'existait pas encore (1) ; qu'en d'autres termes, l'usage de ce droit avant le vote de la constitution serait un coup d'État, le prince demeura inflexible. Il écartait, en fait, la pensée de recourir à la dissolution en cas de désaccord avec l'Assemblée ; mais, « cela mis à part, disait-il, la troisième déclaration ne me paraît pas préserver assez ma liberté si le désaccord se produit ; je vous prie donc de n'en pas parler, et de vous en tenir aux deux premières. »
Définitivement battu sur ce terrain, Chesnelong demanda, poui" ses amis, l'autorisation de voter à la Chambre l'article de la Commission de« Neuf relatif au drapeau, et de le faire voter par l'extrême droite.
« Certainement, répondit le prince, je leur laisse leur liberté ; ce vote les regarde... Il est seulement bien entendu qu'en vous autorisant à faire cette déclaration en leur nom, nos amis useront de leur liberté sous leur propre responsabilité, et que la mienne n'est pas engagée.
— C'est entendu. Monseigneur. J'aurai soin de spécifier que, sur ce point, je parle en leur nom, non au vôtre. Avec vos deux déclarations et cet engagement de mes chers collègues, j'espère que la campagne se poursuivra, bien que le terrain de l'entente soit bien étroit, bien réduit, et peut-être bien difficile à maintenir dans ses exactes limites. Monseigneur peut être assuré que je
(1) L'.Af'Siniblée Nationale n'était pas une As-^ieniblée législative ordinaire... Etant constituante, elle no pouvait pn.s, par définition, 6tre dissoute avant que la constitution fût fait«j. Lo comte de Cliauibord, après avoir maintes fois affirmé qu'il ne \oulait, ni une charte imposée, ni une charte oetroyét-, mais une charte délibérée, aurait dû logiquement céder de\ ant robser\ation de Cliesnclong.