‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 147 sur 302 · CHAPITRE Xir 'Ml · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xir 'Ml

n'y épargnerai ni mes efforts, ni mon dévouement (1). » Le prince conclut l'entretien sur quelques paroles d'espoir (2). Sa voiture l'attendait à la porte de l'hôtel ; il y monta avec MM. de Blacas et de Monti pour se rendre à la gare ; MM. de Carayon, Lucien Brun, de Cazenove et Chesnelong le suivirent dans une autre voiture.

On pria le prince d'attendre le départ du train dans un salon réservé. C'est là que les quatre députés furent admis à lui présenter un dernier hommage. Tous étaient vivement émus et secrètement étonnés que le comte de Chambord mît tant de hâte à s'éloigner des frontières de France, juste à l'heure où la gravité des circonstances aurait dû lui inspirer le désir de s'en rapprocher.

Le sifflet de la locomotive aimonça l'arrivée du train. A la porte du wagon-salon où il devait monter, le prince

(1) Campagne mmiarchique, p. 191 et suiv.

(2) Les concossions du comte de Chambord, mêtae ainsi réduites, allaient paraître à plus d'un député fort appréciables. Le marquis de Castellane, alors membre do l'Assemblée, s'en est ainsi expliqué plus tard : « TI faut que M. Chesnelong ait déployé des trésors d adrease, d'éloquence, et mieux encore, les trésors de son cœur, pour avoir pu rapporter à ses mandants un édifice royal construit de toutes pièces, et que l'on pouvait on une nuit transporter de Salzbourg à Paris. Au prix de quelles délicatesses d'expression était-il arrivé à capter ce prince ombrageux ? A quelle mimique avait-il dû se livrer pour désarmer son impassibilité ? Ses angoisses avaient été terribles ; elles éclatent à travers son récit. Porter siu" ses seules épaules le poida du gouvernement futur de son pays, la responsabilité de sa vie à venir; tenir dans ses doigts l'aiguille qui le dirigera vei-s les régions idéales du christianisme ou vers les dures réalités du laïcisme, quelle épreuve ! Jamais négociateur ne fut plu-s à plaindre. 11 avait réussi pourtant, an point môme d'avoir amené JL le comte de Chambord à prononcer cette phrase, peu faite pour perpétuer les ilévouements aux princes : « Le parti légitimiste sera appelé peut-être à donner un grand exemple d'abnégation. » Ce qui voulait dire, on boii frani,ais : <\ Mes fidèles ne seront ni mes ministres, ni mes conseillers d'État, ni mes préfets. )..\insi. le succès de la négociation était complet. » — Le dernier essai de restauration monarchique. (Nouvelle Revue, l^^ novembre 189.5.)

serra la main à ses visiteurs, puis, s'adressant à Chesnelong •: « Encore merci, cher Monsieur, et au revoir, n'est-ce pas ? Je vous donne rendez-vous, dans six mois, au château de Pau. »

Le négociateur s'incHna, en essuyant furtivement une larme. Quelques minutes après, le train emportait le comte de Chambord jusqu'au fond de l'Autriche. Chesnelong avait entendu sa voix pour la dernière foie.

Page 1