FIN DE LA CAIVIPAGNE MONARCHIQUE
Une heure après le départ du prince pour Frohsdorf, Chesnelong prenait le train, avec ses trois collègues, pour la Frarice. Accablés de fatigue et de préoccupations, cherchant vainement le sommeil, tous gardèrent le silence jusqu'à Munich.
Plus encore que les autres, Chesnelong était obsédé de graves pensées et d'inquiétantes prévisions. En somme, le résultat de sa mission n'était pas atteint. Personne ne pouvait dire quelle solution le comte de Chambord proposerait au lendemain de son retour, ni surtout quelle attitude il prendrait en présence d'un dissentiment avec l'Assemblée. D'autre part, comment renoncer à un prince si chrétien par sa foi, si large dans ses idées, si conciliant dans ses vues, si admirablement honnête dans ses intentions, si parfaitement daccord avec l'Assemblée sur les questions constitutionnelles, et cela pour l'unique querelle du drapeau ? Ne fallait-il pas commencer par le mettre sur le Irône, avec Tespoir que son ascendant inclinerait vers ses désirs la volonté du pays, ou que son amour pour ses sujets arracherait
320 CHESNELOXG
au roi la concession que l'honneur interdisait au prétendant ?
Il y avait un risque, assurément ; mais les deux promesses du prince, de n'imposer aucune solution sans accord préalable avec l'Assemblée, et de n'exiger aucun changement au drapeau lors de son entrée en France, ne constituaient-elles pas des chances favorables, et, plutôt que de se rejeter vers des expédients condamnés d'avance, ne fallait-il pas poursuivre une entreprise qui, sans être tout à fait assurée du succès, laissait néanmoins espérer le salut ?
Chesnelong s'encourageait, par ces réflexions, à la rude tâche qui lui restait à accomplir. Tout dépendait, il le sentait bien, de l'impression produite, à Paris, par le récit de son expédition.
A Munich, les quatre voyageurs s'accordèrent quelques heures de repos, et prirent le « rapide » qui, arrivant de Vienne, se dirigeait vers la France. L'entrain était revenu. Jusqu'à Strasbourg, ils mirent en commun, avec une affectueuse animation, leurs impressions de Salzbourg et leurs prévisions sur les suites de l'entreprise. Ils essayaient surtout de se former une opinion autorisée sur le symbole que le comte de Chambord comptait substituer au drapeau tricolore. M. de Carayon avait entendu parler, dans l'entourage du prince, d'un drapeau blanc et bleu ; Chesnelong croyait, avec plus de raison peut-être, qu'il n'avait pas encore de dessein arrêté, et qu'il cherchait simplement un drapeau qui, ne fût-il pas le drapeau blanc, lui permît d'échapper au drapeau tricolore. (1)
(1) Un récit publié récenunent permet de discerner la véritable pensée du comte de Chambord. Avant le 27 f)ctobro, alors qu'à Versailles, on prêtait au prince d'invraisemblables projets de conc4\s8ions, le général Ducrot, craignant de sa part une protostation publique qui ferait avorter l'œuvre de restauration, envoya à Fi'ohsdorf un officier i]^ confiance, le capitaine Siméon, pour le conjurer de garder le silence.