‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 150 sur 302 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

par le comte de Chambord au sujet du drapeau tricolore. Celui-ci ne réclama, d'ailleurs, jamais contre ce silence, auquel il s'attendait.

Chesnelong mit un soin spécial à préserver l'entière liberté du prince, en dehors de ses deux déclarations, et à ne laisser aucune illusion à ses auditeurs sur les dispositions actuelles de l'héritier du trône, même en ce qu'elles avaient de défavorable à l'adoption du drapeau qu'ils préféraient. (1)

Commentant la seconde déclaration, selon laquelle le comte de Chambord se réserve de présenter au pays une solution conforme à son honneur : « Et maintenant, dit-il, la réserve du prince est-elle effective, et se réalisera-t-elle ? Tenez-le pour certain. A quelle heure, après la prise de possession du pouvoir, le prince y aura-t-il recours ? Je l'ignore, et sa liberté, à cet égard, reste entière. Quelle solution présentera-t-il ? Je ne sais. Sa liberté sur ce point reste encore entière (2). » Il ajoutait que, selon ses prévisions, le comte de Chambord n'admettrait

(1) Ce scrupule d'exactitude, qui apparaît à chaque instant dans lo récit de Chesnelong, n'a pas empêché M. Arthur Loth d'écrire {op. cit., p. 383) : << Ce qui dominait en M. Chesnelong, c'était le sentiment de sa responsabilité et le souci de ne faire perdre, par sa faute, à la monarchie aucime chance de se rétablir. Cette disposition d'esprit le préparait tout naturellement, et sans qu'il y eût aucun calcul de sa part, à atténuer ou même à dissimuler ce qui pouvait être un obstacle au succès do l'entreprise qu'il avait plus que jamais à cœur. Il ne croyait pas altérer la vérité, ce qui eût été contraire à sa nature loyale et franche, mais il était préoccupé de présenter les choses de la manière la plus favorable à ceux à qui il devait rendre compte de sa mission et qui en attendaient le résultat, soit pour donner suite à l'affaire, si elle paraissait devoir tourner à leur gré, soit poiu- y renoncer, si elle ne répondait pas à leurs exigences. » — De telles erreurs d'interprétation ne peuvent manquer de diminuer singulièrement rautorité d'un ouvrage d'ailleurs assez bien informé, modéré de ton, et, d'ordinaire, judicieux.

(2) Campagne monarchique, p. 2'24. — Les citations qui suivent, et pour lesquelles nous n'indiquons pas de références, sont extriûtes de cet ouvrage.

même pas une fusion des deux drapeaux, et qu'il adopterait, soit le drapeau blanc, soit un drapeau blanc et bleu.

A force d'être sincère, l'exposé du négociateur finissait par paraître inquiétant. Le duc d'Audiffret-Pasquier exprima en ces termes l'anxiété de la Commission : (( Le prince se réserve de présenter, après son élévation au trône, une solution sur le drapeau. Laquelle ? Il ne le dit pas. Sera-ce le drapeau tricolore modifié ou le drapeau tricolore remplacé ? Nous n'en savons rien, et M. Chesnelong n'est pas en mesure de nous donner l'espérance que la solution qui sera présentée maintiendra le drapeau tricolore, en le fusionnant, par une combinaison ou par une autre, avec le vieux drapeau blanc remis en honneur, et en le royalisant par l'écusson fleuidelisé de la maison de France. Sur ce terrain, nous serions tous heureux d'entrer dans les sentiments du roi. Mais M. Chesnelong vient de nous dire que cette solution ne sera pas celle que, à en juger par ses dispositions jDrésentes, le prince proposera. Or, en dehors des deux droites, les autres groupes monarchistes de l'Assemblée n'iront pas au delà de cette transaction. Ce pourra être une cause de conflit pour le lendemain du rétablissement de la monarchie.

» J'entends bien que le roi présentera sa solution à l'Assemblée et se fait fort de l'obtenir d'elle ; mais s'il ne l'obtient pas — et il ne l'obtiendra pas si la solution a pour objet de répudier le drapeau tricolore — qu'arrivera-t-0 ? Le roi, après avoir dégagé, par la présentation d'un autre drapeau, ce qu'il considère comme un devoir d'honneur, croira-t-il pouvoir se résigner au vote contraire de l'Assemblée ?... Sans nul doute, il est noblement incapable d'imposer sa solution par la violence. Mais, cette éventualité mise à part, dans quelle situation se trouvera-t-on ? Comment le conflit se

Page 1