‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 151 sur 302 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

dénouera-t-il ? C'est chose hasardeuse de tenter, avec ce risque, une telle entreprise... »

Et, préoccupé de ce péril, le duc demandait un répit de vingt-quatre heures avant de s'engager personnellement dans la campagne.

Chesnelong reconnut, une fois de plus, ce que l'avenir présentait d'incertain. Malgré tout, il insista pour que l'on poursuivît un effort qui avait des chances sérieuses de succès, alors surtout que l'abstention pouvait être désastreuse. « Je tiens pour impossible, dit-il, que l'Assemblée brise la monarchie après l'avoir faite, plutôt que de condescendre aux désirs du roi, ou que le roi renonce au pouvoir le lendemain de son avènement au trône, plutôt que de s'entendre avec l'Assemblée. A mon sens, quand deux pouvoirs se trouvent en face l'un de l'autre, dans des circonstances semblables, ils finissent par s'accorder... Voilà pourquoi je n'hésite pas, et voilà pourquoi aussi je conjure mes chers collègues de la Commission de marcher en avant, malgré les difiBcultés que je ne méconnais pas, mais qui ne doivent pas nous arrêter. »

Le général Changarnier adopta la conclusion de Chesnelong ; mais, comme il était impossible de ne pas accorder au duc Pasquier le sursis demandé, la Commission s'ajourna au lendemain 17 octobre, à deux heures.

Dans l'intervalle des deux séances, le duc Pasquier vit le comte de Paris, et le général Changarnier s'entretint avec le duc de Nemours ; l'un et l'autre désiraient sincèrement la Restauration. Pressentis, les principaux membres du centre droit se montraient favorables ; le duc de Broglie promettait l'appui du gouvernement. Dans ces conditions, les chances de succès augmentaient .

A la nouvelle réunion des Neuf, le duc d'Audiffret- Pasquier s'empressa de déclarer qu'après réflexion, il n'hésitait plus : « J'ai confiance, dit-il, dans le patriotisme du roi et de l'Assemblée ; l'un et l'autre s'inspireront, le moment venu, des sentiments du pays, de ses vœux, de son intérêt suprême. J'aime à croire que l'accord se fera, sans préjudice pour la dignité du roi, et en la conciliant avec les exigences du sentiment national... Donc, en avant, mes chers collègues et amis, en avant pour le pays, sans hésitation et sans retard, et que Dieu nous protège ! »

Ces paroles, prononcées avec urie vigueur pénétrante, furent unanimement acclamées. Avant la séance et avec l'assentiment du comte de Paris, le duc Pasquier avait rédigé lui-même un projet de résolution à soumettre à l'Assemblée, pour le rétabhssement de la monarchie. Il le lut à ses collègues, qui l'adoptèrent avec empressement. Il était ainsi conçu :

« L'Assemblée Nationale, usant du droit qui lui appartient et qu'elle s'est toujours réservé, déclare :

Article premier. — La monarchie nationale héréditaire et constitutionnelle est le gouvernement de la France. En conséquence, Henri-Charles-Marie-Dieu donné, chef de la famille royale de France, est appelé au trône ; les princes de cette famiUe lui succéderont de mâle en mâle, par ordre de primogéniture.

Article 2. — L'égahté de tous les citoyens devant la loi et leur admissibilité à tous les emplois civils et militaires, les Ubertés civiles et religieuses, l'égale protection dont jouissent aujourd'hui les différents cultes, le vote annuel de l'impôt par les représentants de la nation, et généralement toutes les garanties qui constituent le droit actuel des Français sont et demeurent maintenues.

Article 3. — Le gouvernement du roi présentera

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