‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 153 sur 302 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Voici en quels termes Chesnelong note les faits qui remplirent cette séance :

« Le général Changarnier annonce les résolutions de la Commission et sonne la charge ; je dis les réponses textuelles de Monseigneur, en déclarant que je les livre avec le sens qu'elles portent et les conséquences qui en découlent, sans étendre, restreindre ni commenter, sans accepter la responsabilité des interprétations diverses qu'elles pourront recevoir. J'ajoute que j'en déposerai le texte écrit dans les mains du général Changarnier, pour dégager ma responsabilité...

» Le duc Pasquier prend la parole ; c'est un artiste accompli ; il est ému, chaleureux, pénétrant (1). »

— « Messieurs, dit-il, la campagne monarchique est engagée. Nous la poursuivrons jusqu'au triomphe. Le triomphe viendra ; vos acclamations sont le gage du vote de l'Assemblée. Dans trois semaines, la monarchie nationale, héréditaire et constitutionnelle sera rétablie. Henri V sera roi !

» Nous connaissons la droiture de son âme, la probité de ses intentions, l'élévation de son esprit, la générosité de son cœur... Sur les principes, nous nous entendons. Nous voulons, nous du centre droit, autant que nos amis de la droite, une autorité forte et respectée, s'appuyant à la fois sur la tradition et sur l'assentiment national. Nos amis de la droite veulent, autant que nous, une monarchie qui, en laissant au pouvoir toute sa force, garde à la nation toutes ses libertés.

» Sur les personnes, nos sentiments se confondent aussi. Nous, qui avons de tout temps été attachés aux princes d'Orléans, nous ne séparerons pas du dévouement

(I) Letti-e inédite à sa famille.

que nous leur gardons notre fidélité la plus respectueuse et la plus sincère à Henri V. Elle sera le premier de nos devoirs, et les princes nous en donneront le noble exemple. Et vous, nos amis de la droite, qui fîtes toujours vôtre la cause de Henri V, qui fûtes toujours dévoués à son principe et à sa personne, vous n'exclurez pas désormais, des sentiments que vous lui conserverez, les princes de la maison de France, qui, groupés autour de son trône, seront comme un prolongement de sa majesté.

» Forts de l'union des princes et de notre propre union, nous verrons la France revenir à la monarchie, trouver à son abri l'ordre et l'harmonie qui naissent de la concorde, reprendre sa place parmi les nations, fière de ses traditions, fière aussi de ses libertés et de sa civilisation. Et c'est pourquoi ce jour où, la main dans la main, le cœur dans le cœur, nous contractons ici une alliance fraternelle, pour relever notre pays par la monarchie, est pour nous tous un grand jour et un beau jour ! »

L'émotion dominait l'assistance. Au bruit des applaudissements sans fin, Lucien Brun se lève, et, avec son éloquence grave et vibrante, remercie le duc Pasquier de ses déclarations. « Depuis la visite du 5 août, dit-il, il n'y a plus qu'une maison royale de France, dont M. le comte de Chambord est le chef, et où Monseigneur le comte de Paris aura sa haute situation d'héritier de la couronne. Légitimistes par principe, royalistes par sentiment, nous confondrons dans un même dévouement le roi qui fut toujours l'objet de notre culte, et les princes qui apporteront au trône, par leur distinction personnelle et le haut rang qu'ils tiemient de leur naissance, un rehaussement de force et d'éclat. Vis-à-vis de M. le comte de Paris, ces sentiments nous seront doux. Nous ne pourrons jamais oublier que, dans la visite du 5 août, deux magnanimités se sont rencontrées ; nous ne saurions les séparer. »

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