‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 154 sur 302 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

M. de Carayon-Latour était éloigné de M. le duc Pasquier par d'assez graves malentendus. Après avoir entendu les déclarations du noble duc, M. de Carayon s'avança vers lui : « Nos sentiments sont les mêmes, dit-il. Si nous nous croyions séparés, c'est que nous ne nous étions pas compris. Aujourd'hui, nous nous comprenons bien, et je vous tends cordialement la main. » M. le duc Pasquier, « touché jusqu'à en pleurer, » ouvrit ses bras à M. de Carayon-Latour ; il y avait des larmes dans tous les yeux ; ce fut une scène indescriptible.

L'enthousiasme s'ajoutait à l'émotion. C'était une de ces heures de généreux entraînement où chacun paraît oublier ses préférences pour ne voir que ce qui rapproche.

« Pourquoi, s'écria le général Changarnier, la France entière n'est-elle pas ici ? Comme elle verrait bien qu'il n'y a dans nos cœurs qu'un profond amour pour elle, qu'un désir ardent de la relever, de la sauver ! Après tout ce que j'ai entendu aujourd'hui, j"e ne doute plus du succès. »

L'attente était vive partout (1). Les récits et les commentaires contradictoires des journaux augmentaient l'anxiété. A la place de la relation authentique

(1) Chesnelong écrivait alors à ses proches :« Malgré tout ce qu'on peut dire, nous n'avons pas une majorité contre nous, et nous avons l'ospoir d'avoir la majorité pour nous. Après des flottements, le courant do l'opinion à Paris se dessine dans notre sens, parmi les conservateurs. On comprend que, si notre victoire ne sauve pas la société, la Révolution gagnera tout ce que nous aurons perdu, et que nous serons bien impuissants à conjurer ses funestes explosions. On le sent, on le voit, et tous les gens de bien font des vœux pour notre succès. 11 faut pourtant que Dieu nous vienne en aide. On le prie de tous côtés avec une telle intensité de ferveur et d'angoisses suppliantes, que sa miséricorde ne nous manquera pas. Priez aussi pour la France, et en particulier pour moi. J'ai traversé de rudes journées ; je n'en pouvais

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des audiences de Salzbourg, que le Comité des Neuf n'avait pas jugé à propos de publier, la réunion préparatoire des droites prit le parti de communiquer, le soir même, aux journaux, une note résumant les résolutions du Comité et des bureaux.

Elle était conçue en ces termes :

« Les bureaux des réunions parlementaires qui avaient déjà conféré le 4 octobre dernier, convoqués aujourd'hui 18 octobre, se sont trouvés unanimement d'accord pour reconnaître que l'adoption des propositions préparées par la Commission des Neuf était impérieusement commandée par l'intérêt supérieur du pays.

» D'après ces propositions, la monarchie serait rétabUe ; toutes les libertés civiles, politiques et religieuses qui constituent le droit public de la France seraient garanties ; le drapeau tricolore serait maintenu, et des modifications ne pourraient y être apportées, l'initiative royale restant d'ailleurs intacte, que par l'accord du roi et de la représentation nationale. Les réunions que les bureaux représentent seront immédiatement convoquées. »

Cette note produirait, sans doute, une heureuse impression dans le pays ; mais obtiendrait -elle le même succès auprès du futur souverain ? Il était permis d'en douter. En « ne demandant pas que rien fût changé au

plus. J'ai craint un instant que mes forces trahissent ma volonté. Grâce à Dieu, j'ai retrouvé un ressort et une santé très bonne. Soyez donc sans la moindre inquiétude, mais i)riez beaucoup et faites beaucoup prier pour moi : j'ai besoin d'être assisté, soutenu, fortifié. Je crains, par moments, d'avoir pris un rôle qui dépasse mes facultés d'intelligence et d'énergie morale. Ma justification, c'est que je ne l'ai ni demandé, ni désiré, ni recherché ; que, tout faible que je sois, j'ai été pris par tous comme un instrument utile, et que je me suis dévoué sans aucune vue personnelle et sous la seule impulsion d'im devoir pleinement et absolument désintéressé. Dieu, qui voit le fond de mon cœur, ne m'abandonnera pa.s, et je me confie à «h l'rovidonct», •< - Lettre inédite.

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