‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 156 sur 302 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Le lendemain, les journaux publiaient, en premier lieu, une courte note, émanant du bureau des droites, affirmant la complète entente des groupes monarchiques, et, plus bas, un document très long, sous le titre de Procès-verbal de la réunion du centre droit. Deux ou trois feuilles, V Union entre autres, avaient seules refusé d'insérer ce dernier compte-rendu.

Un gentilhomme attaché au service du comte de Chambord, M. de Sainte-Suzanne, était, ce jour-là, de passage à Paris. Il achète les journaux, lit le procèsverbal en question, et, stupéfait, se rend chez le marquis de Dreux-Brézé, pour lui communiquer son émotion. Celui-ci lit à son tour, et se répand en plaintes indignées contre les nombreuses et odieuses inexactitudes que contient ce compte-rendu.

On fait tenir à Chesnelong un langage qui contredit absolument ses précédents récits. Nul doute que ses expressions aient été travesties, et qu'on se trouve en face d'une manœuvre destinée à obtenir par force du roi les concessions qu'il a refusées. Sans doute, Chesnelong ignore encore les paroles qu'on lui prête ; il faut l'avertir au plus tôt, afin qu'il les puisse démentir.

M. de Dreux-Brézé part pour Versailles, va droit au domicile de Chesnelong, l'interroge, et découvre que celui-ci ignore jusqu'à l'existence du procès-verbal qui, depuis quelques heures, court la presse. Celui-ci lit le journal qu'on lui tend, pâlit en se voj'ant attribuer des phrases qu'il réprouve énergiquement, et prend sur l'heure la route de Paris, afin de porter au journal VUntoyi im compte rendu rectificatif.

Qu'était cet étrange procès- verbal qui. avant même de déchaîner d'autres orages, suscitait tant de colères ?

Alors que la réunion plénière des droites s'était bornée à envoyer quelques lignes aux journaux sur la séance du 22, le centre droit avait voulu publier en détail ce qui s'était passé, afin que l'on sût à quelles conditions se faisait le rétablissement de la monarchie. On laissa le soin de cette publication aux deux secrétaires du groupe, MM. d'Haussonville et Savary.

Le premier, obligé de quitter la salle avant la fin de la séance, ne collabora pas à la seconde partie du compterendu. Celle-ci fut l'œuvre unique de M, Savary, qui en accepta, d'ailleurs, l'entière responsabilité.

M. Savary était un jeune député de la Manche, sans antécédents politiques, sans notoriété, qui n'acceptait la monarchie que sous les conditions mises en avant par le centre droit ; son Mentor politique était le duc Decazes (1).

Sous l'influence de ses préoccupations libérales, il altéra gravement les paroles du négociatem' de Salzbourg. Là où Chesnelong, commentant une déclaration du prince, disait : « Les troupes qui escorteront M. le comte de Chambord ou qui le salueront sur son passage iront à lui avec le drapeau tricolore, » on lui faisait dire : « Puisque le drapeau tricolore est le drapeau légal, si les troupes doivent saluer le prince à son entrée en France, il saluera avec bonheur le drapeau tricolore. »

Chesnelong avait annoncé que le prince tenait en réserve, sur la question du drapeau, une solution qu'il se faisait fort de faire accepter par les représentants de la nation. Au mot solution, le compte-rendu substituait celui de transaction, supposant des concessions réciproques, auxquelles le comte de Chambord n'avait nullement promis de se prêter.

(1) On sait que M. Savary s'occupa plus tard d'affaires financièros qui lo conduisirent on police corroctioiuielle, et ne se déroba à la prison quo par In fuite. Il finit, on Anu^riquo, par le suicide

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