CHAPITRE XIII
richesse, déchiré par l'injustice du parti pris ! Pardonnezmoi de mêler cette note personnelle à un événement de si grave conséquence pour notre pauvre pays. Dieu, je l'espère, ne m'abandonnera pas ! (1) ■'
L'entrevue devenait lugubre. On se sépara. M. de la Bouillerie s'était chargé d'informer le gouvernement ; il fallait prévenir la Commission des Neuf. Accompagné de M. de Carayon-Latour, Chesnelong partit pour Paris.
On passait devant les bureaux de V Union. Les deux amis tentèrent un effort désespéré. Il leur fut répété que les ordres de Monseigneur étaient absolus, et prescrivaient la publication pour le soir, malgré toute demande d'ajournement, d'où que cette demande piit venu-. L'influence secrète qui veillait à Frohsdorf, et qui renseignait la Liberté, avait tout prévu. C'était fini.
Restait à communiquer à la Commission des Neuf la tragique nouvelle. Chesnelong se rendit chez le général Changarnier.
Une cinquantaine de députés, que l'approche de la session avait ramenés à Paris, étaient venus se joindre aux membres de la Commission, les uns pour prendre des nouvelles, les autres poiu* en donner. Une discussion générale s'était peu à peu engagée sur les chances définitives de la monarchie. On faisait des pointages ; tous les calculs paraissaient favorables.
Lorsque Chesnelong entra chez le général Changarnier, tous les visages respiraient la confiance ; on fut frappé de la tristesse du sien.
(l) Campoynv monarchique, p. 387.
354 CHESNELOXb
<( Est-ce que vous nous apportez quelque mauvaise nouvelle ? dit vivement le général.
— J'ai reçu une lettre de M. le comte de Chambord, qui, d'après ses ordres, sera publiée ce soir par V Union. Je viens vous en donner lecture. »
Un silence solennel se fit. Le visiteur lut avec émotion la lettre royale. A mesure que la lecture se déroulait, l'anxiété d'abord, puis la déception, puis une sorte d'abattement se peignaient sur tous les visages.
Quand Chesnelong eut achevé, l'attente muette se prolongea. Comme en présence d'une mort soudaine, on contemplait et on attendait, dans une morne stupeur.
Le duc Decazes rompit le silence. On se souvient qu'il avait été l'un des premiers à conseiller l'ambassade auprès du prince. Il eût dû. plus que personne, respecter l'affliction du négociateur. Il parla, au contraire, de manière à l'irriter.
« M. le comte de Chambord vous remercie, mon cher collègue, de n'avoir rien caché de l'inébranlable fermeté de ses résolutions. Pourtant, si ma première impression ne m'a pas trompé, vos déclarations, en son nom, n'étaient pas aussi péremptoires que sa lettre. Il me semble qu'entre le terrain qui résultait des déclarations apportées par vous et celui de la lettre royale, il y a, sinon des contradictions, au moins de très notables différences. » ^
C'était la sincérité suspectée, l'honneur entamé, c'était le martyre moral qui commençait.
Chesnelong se redressa. « Je n'ai pas, dit-il, à interpréter la lettre du prince ; je vous l'ai communiquée, telle qu'elle est, avec un profond respect, et je ne me permets pas de l'apprécier ; mais je maintiens tout ce que j'ai dit à mon retour de Salzbourg. » Et, après avoir résumé en quelques phrases le résultat de sa mission : « Voilà la vérité, ajouta-t-il. Si elle était contestée, j'en