‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 167 sur 302 · CHA TITRE XIV · texte numérisé non relu

CHA TITRE XIV

Au reste, il sent le besoin d'être discret sur les questions strictement politiques. Le duc de Broglie vient de congédier, très courtoisement, il est vrai, MM. Ernoul et de la Bouillerie, comme trop engagés dans l'entreprise de restauration monarchique. Quelle pourrait être l'influence de Chesnelong au lendemain d'un échec aussi retentissant ? Il attendra l'heure de reparaître en scène.

Aussi bien, ce travailleur opiniâtre n'a-t-il que l'embarras du choix entre les divers champs d'action. Outre l'action catholique directe, qui l'appelle dans les œuvres, il exerce une protection de plus en plus étendue sur les intérêts de ses compatriotes béarnais ; enfin tous ' reconnaissent ses merveilleuses aptitudes financières, et ses adversaires les plus déclarés ne se font pas faute d'y recourir.

Une fois de plus, il a été élu rapporteur de la Commission du budget. C'est une besogne malaisée que d'équilibrer les budgets des années qui suivent la guerre. En 1873, la difficulté se complique de la mise en présence de systèmes financiers totalement opposés.

Le budget de 1874 a été préparé par Léon Say, un disciple de Thiers, qui prétend demander à des emprunts dissimulés les moyens de combler le déficit. Au contraire, M. Magne, redevenu ministre des Finances (1), cherche dans de nouveaux impôts indirects les ressources nécessaires à l'équihbre. Il épargne, autant que possible, la propriété foncière, que Léon Say consentirait à grever. C'est l'économie conservatrice opposée à l'économie répubhcaine, qui commence à étaler sa décevante souplesse.

Profondément imbu des idées de M. Magne, Chesnelong rompt des lances, dans les commissions, avec

(1) M. Magne était, on le sait, un des anciens ministres do Napoléon III.

Léon Say et Pouyer-Quertier, ce qui ne l'empêche pas de rédiger, avec un spécial souci d'équité et de précision, le Rapport général sur le budget des recettes et des dépenses de Van 1874.

Ce rapport accusait un léger déficit ; mais, les années suivantes, après les dépenses de la guerre, après les cinq milliards sortis de France, c'est en excédent que se soldera le budget, et il faudra attribuer ce résultat aux efforts de Chesnelong et du ministre des Finances.

Malgré la joie du travail et le contentement du succès, Chesnelong ne peut assister sans tristesse au début de cette lutte contre le pouvoir conservateur, qui présage, pour l'avenir, de si étranges catastrophes. L'Assemblée s'émiette en partis hostiles. Les uns, nous l'avons vu, veulent que le Septennat soit le vestibule déclaré de la monarchie ; les autres en font un acheminement vers la République ; une troisième faction entend le réduire à être le champ de manœuvres de l'appel au peuple ; un quatrième parti — et celui-là compte Mac-Mahon pour chef — n'aspire qu'à en faire un gouvernement de défense sociale pourvu de la puissance et des organes nécessaires pour assurer la liberté des solutions définitives.

Chesnelong tient au premier et au dernier de ces partis ; mais que peut-il faire, dans son rôle spécial, et avec sa situation politique effacée ? Avec le sentiment très vif et très douloureux de son échec, il évite de se mettre en avant. « J'attends toujours, dit-il, pour prendre une petite place, qu'elle me soit, en quelque sorte, offerte (1). »

Or, la préparation des lois constitutionnelles est à l'ordre du jour ; une commission composée de trente membres va être nommée pour les élaborer. Tel est

(1) Ix^ttre inédite à M""" Chesnelong, 4 décembre 1873.

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