CHAPITRE XIV
Au Comité catholique de Paris, Chesnelong rencontre, à côté de son ami Emile Keller, le président général des Conférences de saint Vincent de Paul, Adolphe Baudon. Ayant étudié de près leur œuvre commune, le biographe de ce dernier a pu dire : « Chesnelong, Keller, Adolphe Baudon doivent être associés dans la reconnaissance des catholiques français. C'est à eux que revient la part principale dans ce réveil de l'action chrétienne qui est sortie des Comités et de leurs Congrès (1). »
Suivons les exploits de Chesnelong dans cette mihce, où il n'est encore que simple soldat. Son arme de choix est toujours la parole, et c'est elle que, sans relâche, on lui demande de manier.
Son discours de 1873 a suscité des apôtres ; il faut les fortifier pour la lutte. C'est lui qu'on requerra, l'année suivante, pour le coup de clairon décisif.
Il est à Orthez, oubliant un instant au miheu des siens les cuisants soucis de la vie publique. Qu'à cela ne tienne ! On le suppliera de sacrifier, une fois de plus, son plaisir à son devoir.
C'est le 7 février 1874 que s'ouvre cette nouvelle Assemblée générale des Comités catholiques de France. Au fauteuil de la présidence, le cardinal Guibert ; à ses côtés, ]MjM. Bailloud et Chesnelong ; sur l'estrade, les principaux députés mêlés au mouvement des œuvres : ]VIM. Aubry, de Belcastel, Martial Delpit, Combler, Lucien Brun, de Tarteron, colonel Carron, etc.
Après une adresse au Saint-Père, Chesnelong prend la parole. Toujoms cruellement préoccupé par les derniers événements, il ne peut dissimuler des inquiétudes dont l'avenir révélera la clairvoyance. « Nous sommes,
(1) Adolphe Baudon. par ral>bc .T. Schnll. p. fi 1.3.
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dit-il, à une heure d'angoisse, où les ténèbres s'épaississent dans le monde... On dirait, selon l'énergique expression de Bossuet, que « Dieu se dispose à frapper un de ces grands coups dont le contre-coup porte si loin. » Assisterons-nous aux sévérités de sa justice ou aux effusions de sa miséricorde ? Il n'y a pas, en ce moment, un cœur généreux qui puisse échapper au tourment de cette préoccupation. »
Un double devoir, en de pareilles conjonctures, s'impose tout d'abord aux catholiques : fortifier les œuvres de prière et les œuvres d'enseignement chrétien.
Mais, comment contenir cette démocratie, dont le flot déjà déchaîné menace l'édifice social ? Chesnelong travaille depuis longtemps aux œuvres de morahsation populaire ; aussi bien que le comte Albert de Mun. il croit à la vertu de l'association comme appui matériel et soutien moral du travailleur. Selon lui. l'association est la puissance des forts ; mais elle est . par surcroît, la garantie des faibles. Elle est, pour l'ouvrier, l'un des moyens les plus efficaces de pourvoir à toutes les éventualités de la vie, aux besoins de son travail, à la défense de ses intérêts légitimes, aux souffrances du chômage, aux épreuves de la maladie. Mais, d'un autre côté, pour qu'elle soit un bienfait sans être un danger, pour qu'elle soit une garantie sans être une menace, pour qu'on puisse relier utilement les deux éléments qui la constituent, le nombre et l'unité, le nombre qui représente la multiplicité des forces, l'unité de vues et d'application qui seule peut assurer le bon emploi de ces forces au profit de tous les associés, pour tout cela, il faut que le lien matériel des intérêts y soit cimenté par le lien moral du devoir ; il faut que la religion y intervienne avec sa puissance de moralisation et son esprit de dévouement ; il faut que l'association soit chrétienne. « J'oserai dire, ajoute-t-il, que c'est