CHAPITRE XIV
forme définitive de gouvernement, et en déterminant les grandes lignes.
Peu après, en réponse à cette motion, le duc de La Rochefoucauld-Bisaccia, encore ambassadeur à Londres, et sachant qu'il jouait sa situation, présenta un contreprojet, dont le premier article était ainsi conçu : « Le gouvernement de la France est la monarchie. Le trône appartient au chef de la maison de France. »
Malgré ses doctrines politiques, Chesnelong, trouvant cette initiative inopportune, avait refusé de s'y associer. Il n'en fut pas moins attristé de voir la proposition républicaine renvoyée à la Commission des lois constitutionnelles, alors que la proposition monarchique ne l'était pas. C'était un premier fléchissement de la majorité, un premier pas dans la voie encore imprécise de la constitution Wallon. De nouveau, la République gagnait du terrain. Les divisions de la droite allaient le lui ouvrir de plus en plus large.
A l'approche du vote des lois constitutionnelles, le comte de Chambord avait éprouvé le besoin de dire, une fois de plus, au pays, avec une parfaite netteté, ce qu'il était et ce qu'il voulait. Le manifeste du 2 juillet 1874, tout en gardant le silence sur le drapeau, renouvelait et précisait les déclarations de la lettre du 27 octobre.
L'élévation des sentiments et la noblesse du langage pouvaient impressionner les masses. Le ministère sembla prendre peur, et, le lendemain de la pubhcation du manifeste, le journal V Union, qui l'avait inséré, fut suspendu pour quinze jours, par ordre de M. de Fourtou.
C'était froisser gratuitement les royalistes.
Leur indignation éclata dans une interpellation de Lucien Brun, qui ne craignit pas de proposer un ordre du jour par lequel l'Assemblée u écartait » la loi du 20 novembre 1873, qui avait constitué le Septennat.
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Beaucoup moins radical, Chesnelong blâmait néanmoins la mesure prise par M. de Fourtou, et il vota en conséquence. L'interpellation n'aboutit pas à faire renverser le ministère ; mais, flagellé et criblé de blessures, il dut offrir sa démission, qui fut refusée ; seuls, IVIM. Magne et de Fourtou furent sacrifiés. En affichant de nouveau ses dissentiments, la droite continuait à préparer Vévolution constitutionnelle.
Le manifeste royal, commenté, et, pour ainsi dire, envenimé par ces discussions de tribune, ne pouvait qu'ébranler le pouvoir du maréchal. Il le sentit, et, par son message du 9 juillet 1874, demanda énergiquement que la loi du 20 novembre précédent fût complétée. « Il faut, disait-n, que les questions réservées soient résolues. »
C'était l'avis de Chesnelong, qui, sans renoncer à ses espérances ultérieures, s'en expUque nettement dans une lettre adressée au Mémorial des Pyrénées.
« Nous pensons, dit-il, que la loi du 20 novembre a conféré pour sept ans à M. le maréchal de Mac-Mahon un pouvoir auquel il peut renoncer, mais qui ne peut lui être repris. Les lois constitutionnelles peuvent en modifier le titre et les conditions ; elles ne peuvent pas en abréger la durée. L'Assemblée garde le droit de choisir et de modifier la forme définitive du gouvernement, monarchie ou République, si elle le croit utUe au pays ; mais sous la condition de concilier l'exercice de ce droit avec le respect du pouvoir septennal de M. le maréchal de Mac-Mahon. » C'était le commentaire le plus précis de la loi du 20 novembre ; il devait désormais faire autorité.
D'après ces principes, Chesnelong avait préparé un discours pour combattre la proposition Casimir-Périer, venue en discussion le 28 juillet, et qui proclamait l'établissement définitif de la République. Il s'effaça devant le duc de Broglie, qui lui demanda son tour