CHAPITRE xrv
d'inscription pour répondre, et dont la vigoureuse réplique obtint le rejet de la proposition républicaine. C'était un succès momentané. Impuissants à restaurer immédiatement la monarchie, Chesnelong et ses amis obtenaient, du moins, l'établissement d'un pouvoir honnête et consciencieux, qui garantissait l'ordre pour sept ans, et qui, cette période écoulée, laisserait le champ libre à un gouvernement définitif. Après ce vote, qui relevait un peu l'espoir de la droite, l'Assemblée se prorogea j^our quatre mois.
Après un an entier d'accablants travaux, de cruelles épreuves, de responsabihtés terribles, Chesnelong allait enfin respirer. Il songea d'abord cà consacrer entièrement à sa famille ces vacances si chèrement achetées. Savourer en paix la joie d'être grand-père ; bénir son fils Emile à la veille de son entrée au séminaire; prononcer, au collège libre d'Orthez le discours traditionnel de distribution des prix ; enfin, mettre en ordre les notes recueillies sur la campagne monarchique, quels délicieux passe-temps !
Mais ce père si chéri de ses proches n'oublie pas qu'il est et qu'il veut être toujours, même dans l'intervalle des travaux parlementâmes, le soldat de rÉghse. Avant de reprendre la lutte pour ses intérêts, quand le devoir est parfois si incertain, ne conviendrait-il pas d'en visiter le chef suprême ?
Le défenseur inlassable de la cause pontificale, l'opiniâtre tenant des vrais principes sur la question romaine, l'orateur attitré des Congrès catholiques, n'a jamais vu Pie IX. L'auguste vieillard penche vers la tombe. X'estil pas temps d'aller prendre directement son mot
d'ordre ? Et puis, l'orateur catholique, à l'imagination si fraîche, au goût artistique si naturellement pur, ne connaît pas les villes d'Italie ; il ignore leurs reliquaires et leurs chefs-d'œuvre. Mourra-t-il sans s'être offert cette vision de beauté ?
Il va mûrir tout d'abord son projet près de la grotte de Lourdes, puis il le communique à quelques amis. Deux de ses collègues à l'Assemblée Nationale, IVEVI. Ernoul et Carron, seront du voj^age ; M. Le Camus, très mêlé aux œuvres cathohques de Paris, et un prêtre basque, M. Bordachar, se joindront aux pèlerins.
Le rendez-vous était fixé, pour la seconde quinzaine de septembre, au château de la Motte-Servolex, près Chambéry, chez le marquis Costa de Beauregard.
Tous les catholiques de l'Assemblée admiraient ce gentilhomme aux fières allures, aussi expert à manier la plume de l'historien que l'épée du capitaine. On se rappelait que, grièvement blessé pendant la guerre et emmené captif en Allemagne, il avait reçu au fond d'une forteresse prussienne son mandat de député ; on le revoyait faisant son antrée dans la salle des séances encore appuyé sur ses béquilles, et provoquant, sur tous les bancs, un frémissement patriotique.
Prenant rarement la parole, il avait épousé presque toutes les idées de Chesnelong ; il était spécialement son émule dans l'action catholique. La venue sous son toit du député des Basses-Pyrénées lui causa un vif contentement ; il se proposa même, au premier moment, de l'accompagner jusqu'à Rome.
Sa lettre de bienvenue vaut d'être citée : elle révèle l'âme cordiale et profondément chrétienne du grand seigneur qui devait bientôt faire honneur à l'Académie française.
" Mon bien cher collègue, écrit-il à Chesnelong, oui,