CHAPITRE XV
remuants et disparates. Il voulait lui opposer, comme contrepoids, un Sénat élu dans des conditions spéciales ; il désirait, en tout cas, être armé du droit de dissolution.
Or, l'extrême droite, craignant que l'institution de deux Chambres n'affermît le provisoire au détriment de la monarchie, ne voulait pas de Sénat. La droite modérée admettait le septennat personnel du maréchal avec droit de dissolution, tel que le prévoyait la loi du 20 novembre 1873. Le centre droit désirait compléter cette loi en faisant du Septennat une institution destinée à survivre au maréchal, si celui-ci, pour une cause quelconque, venait à cesser ses fonctions avant l'échéance du 20 novembre 1880. Quant au centre gauche, il exigeait la proclamation immédiate de la République, et faisait.de cette proclamation la base de la future constitution.
C'est dans ce pêle-mêle de prétentions et de systèmes qu'allait se décider le régime du pays.
Les hommes de tradition qui avaient espéré le salut de la restauration monarchique consentaient, une fois leur rêve évanoui, à doter le maréchal des prérogatives indispensables au maintien de l'ordre public ; ils n'entendaient pas, en fortifiant son pouvoir, consacrer une forme définitive de gouvernement. La tentative de Salzbourg avait échoué ; ils n'en concluaient pas qu'une autre fût condamnée à l'avortement, et ils prétendaient empêcher qu'on en compromît, d'avance, le succès.
Mais comment concilier cette extension des pouvoirs du maréchal avec la caducité qu'on se croj'ait obligé de leur imposer ? Les meilleurs esprits échafaudaient péniblement des constructions dont la réflexion leur démontrait vite la fragihté. Avant d'aborder la bataille, lis sentaient le besoin de se concerter.
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L'un d'eux, un royaliste de concepcions aussi larges que fermes, M. de Sugny, avait été consulté par un de ses collègues, M. Emmanuel d'Harcourt, sur l'attitude à prendre pour ménager à la fois le pouvoir actuel du président et les chances futures de la royauté.
Avant d'envoyer sa réponse, il voulut la soumettre à Chesnclorg, qu'avaient rapproché de lui naguère leurs communes ambassades vers le comte de Chambord. C'étaient deux esprits de même famille. Voyant les plans de M. de Sugny si voisins des siens, le député des Basses- Pyrénées ne put se défendre de lui adresser un long mémoire, où, avec une remarquable netteté de vues, il lui exposait ses idées sur la situation, et les mesures à prendre pour en éviter les écueils.
Voici comment il entendait sauvegarder le présent et préparer l'avenir :
« P Voter quand même la monarchie, si on a l'imprudence de la jeter dans le débat, sauf le respect du pouvoir légal du maréchal.
» 2° Ne pas laisser le pouvoir du maréchal en l'air, et le munir du droit de dissolution et d'une seconde Chambre, qui devrait être, sauf avis contraire résultant des circonstances, à sa nomination.
« 30 Laisser l'avenir libre et aviser au meilleur moyen de réserver les droits ; repousser, par conséquent , toute organisation de République définitive, ou même septennale.
» 49 Soutenir que le Septennat doit être monarchique par ses institutions comme par son esprit, et travailler de tout cœur à l'union entre toutes les fractions de l'opinion monarchique, pour garantir le présent et préparer l'avenir (1). »
(1) Lettre inédite, du 12 novembre 1874.