CHAPITRE XV
C'est à la lumière de ces prircipes que, le F'" décembre 1874, Chesnelong prit part de nouveau aux délibérations de l'Assemblée.
On avait hâte d'aborder l'aiïaire si longtemps différée ; mais, en prévision d'un congé de quelques jours, qui pourrait scinder la discussion, on résolut de la renvoyer encore après le F'' janvier 1875.
Une autre loi, d'ailleurs, était depuis longtemps soumise à l'examen. Dès les premiers temps de son installation à Versailles, le 31 juillet 1871, l'Assemblée Nationale avait été invitée à statuer sur la liberté de l'enseignement supérieur. L'honneur de cette initiative revenait à M. le comte Jaubert, ancien ministre des Travaux publics, catholique zélé, ami de jMgr Dupanloup ; malheureusement, on avait mis dix-huit mois à examiner son projet ; le rapporteur de la commission, M. Laboulaye, n'avait déposé son travail que le 15 juillet 1873 (1).
« L'enseignement supérieur est hbre, disait le rapport. Tout Français majeur^ n'ayant encouru aucune incapacité légale, a le droit d'ouvrir des cours et des établissements d'enseignement supérieur. Dans ces cours, il sera permis de tout enseigner, hormis ce qui constitue un délit suivant nos lois. Des associations pourront se former librement, soit pour encourager, soit pour propager l'enseignement supérieur. » Le projet détaillait ensuite les conditions de fondation et de fonctionnement
(1) Dans l'intervalle, le 21 février 1872, la Société d'Education avait déposé sur le bureau de l'Assemblée lui vœu qui réclamait la liberté de l'enseignement supérieur comme « impérieusement exigée par les droits sacrés des pères de famille et par les intérêts même des études. » et déclarait cette liberté a absolument illusoire si l'on n'accordait pas aux Facultés libres, en concurrence avec celles de l'État, le droit de conférer les grades. » Le mémoire qui accompagnait ce vœu était l'œuvre du P. I.escœur, de lOratoire.
Pour toute l'histoire do la campagne qui aboutit au vote de la loi de liberté, con.sulter Mgr Baudrillart, Vie de Mgr d'Hiilst. t. I, chapitre x.
des futures universités, sans autre préoccupation que d'écarter tout privilège.
Critiqué par certains organes religieux comme trop peu soucieux des droits de l'Église, ce projet avait été néanmoins salué par la plupart des députés catholiques comme l'annonce d'un progrès infiniment souhaitable ; mais l'Assemblée, débordée de projets et d'affaires, avait encore laissé passer plus d'une année sans le mettre en discussion. Enfin, au début de décembre 1874, le jour même où Ton apprit la mort du comte Jaubert, les débats s'ouvrirent au palais de Versailles.
Cette première discussion, qui ne portait que sur les principes, fut brillante et acharnée. Successivement Paul Bert et Challemel-Lacour attaquèrent le projet avec âpreté ; Mgr Dupanloup et M. Laboulaye le défendirent avec chaleur et éloquence. Grâce à l'ardeur tenace de l'évêque d'Orléans, l'Assemblée décida qu'elle passerait à une seconde lecture ; mais cette seconde lecture, commencée le 21 décembre, se trouva retardée presque aussitôt par le mauvais vouloir des républicains ; elle ne devait être reprise qu'après le vote des lois constitutionnelles.
La cause de l'enseignement supérieur était spécialement chère à Chesnelong ; mais il s'était effacé devant Mgr Dupanloup, qui, avec une incomparable autorité, réclamait la liberté en faveur de l'Église.
Un incident assez impré\m appela à la tribune le député des Basses-Pyrénées. Le 11 décembre, au cours de la discussion sur l'enseignement supérieur, M. de Pressensé trouva moyen de glisser une proposition relative à la liberté des réunions pour la célébration d'un culte religieux. Conçue en ces termes très généraux, la demande du député protestant témoignait d'un libéralisme inadmissible ; néanmoins, soutenue j)ar 1 accent de conviction de M. Bardou.x. elle aurait j)n)l)ablement