‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 181 sur 302 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

rallié la majorité, lorsque Chesnelong demanda la parole.

« Ce n'est pas seulement, dit-il, la liberté des cultes sérieux et dignes de respect qu'on propose ; c'est la liberté illimitée de tous les cultes nés ou à naître, sans la moindre garantie. Or, il n'est aucun de vous qui ne sache que, parmi les cultes, il pourrait y en avoir d'immoraux ou d'infâmes. Eh bien! je dis que cette liberté-là ne doit pas être inscrite dans la loi. Cette liberté illimitée, ce n'est pas la liberté, c'est la compromission de la liberté véritable. »

Malgré la gravité de ces observations, la seconde lecture relative à cette loi fut votée ; heureusement, la deuxième délibération ne devait jamais avoir lieu.

On sentait, d'ailleurs, que ces discussions n'étaient pas l'affaire capitale du moment ; les préoccupations de l'Assemblée étaient ailleurs. A la fin de décembre, elle se prorogea pour quelques jours. Ce ne devaient pas être, pour les membres influents des divers groupes, des jours de repos.

La France entière avait les yeux fixés sur l'Assem blée, et se demandait avec anxiété quelle sorte de constitution elle allait enfin donner au pays. De son côté, le maréchal recherchait quelles garanties spéciales il devait demander en faveur de son pouvoir. Pour se fixer, il crut devoir appeler en consultation un petit nombre de délégués de chaque groupe du parlement. Dans ce conciliabule, Chesnelong repré.senta. avec M. de Kerdrel, la droite modérée.

Dès le début s'affirma, entre les divers délégués, une divergence profonde. Persuadé que, si les partis conservateurs s'émiettaient. la gauche radicale ferait passer la

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République, Chesnelong n'avait qu'un but : rallier, sur le terrain de la constitution à élaborer, la majorité du 24 mai 1873, qui, en écartant un pouvoir hostile à la royauté, avait rendu possible la campagne monarchique.

Pour aboutir à cette entente, il n'aurait pas hésité à sacrifier l'institution du Sénat, dont l'extrême droite ne voulait pas, et auquel semblait tenir beaucoup le maréchal. Il ne craignit pas d'exposer nettement son avis, sauf à contrarier le chef de l'État.

« M. le maréchal, dit-il, demande avec raison ces deux garanties, ces deux forces, ces deux moyens de gouvernement qui se complètent (le droit de dissolution et l'institution d'une seconde Chambre) ; mais il ne dépend pas de moi que rextréme droite accorde l'une et l'autre. Alors, et si la majorité actuelle vote le droit de dissolution, mais refuse la Chambre haute, faudra-t-il rompre avec la majorité, se tourner vers les gauches, et fonder avec elles une République qui ne restera pas trois ans conservatrice ? (1) »

Ces craintes impressionnèrent le maréchal ; mais il ne croyait pouvoir à aucun prix gouverner sans un Sénat ; dans un message adressé à l'Assemblée, , il demanda expressément une seconde Chambre, avec le droit de dissolution.

Dès la rentrée de l'Assemblée, la Commission des Trente fit inscrire à l'ordre du jour la discussion des lois constitutionnelles, et la priorité pour celle du Sénat. L'extrême droite, ne voulant pas d'une Chambre haute, ne pouvait voter dans le sens du ministère. Dès les premières séances, elle s'unit à la gauche pour mettre en échec le cabinet, qui donna sa démission.

(1) Selon M. Hanotnux (t. III. p. 142), toujours assez défavorable uu député des Basses-Pyrénées, » M. Chesnelong fut d'avis d'atermoyer. » On conviendra que cette simple plirase ne peint guère fidèlement l'attitude? de notre héros dans la réunion convoquée par le maréchal.

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