‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 182 sur 302 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Le maréchal songea alors, un instant, à faire appeler le duc de Broglie, et celui-ci, pressenti, fit faire à Chesnelong une proposition en vue du ministère de l'Intérieur. Notre député, après réflexion, promit éventuellement son concours, mais à deux conditions : la première, qu'on n'accepterait rien au delà du septennat personnel ; la seconde, qu'on s'appuierait sur la majorité qui avait fait le 24 mai et qu'on en maintiendrait la cohésion, dût-on renoncer au Sénat et se contenter du droit de dissolution.

Le maréchal craignit-il de s'entourer d'hommes qui affichaient une attitude aussi résolue ? Il abandonna, en tout cas, son projet, et, une fois de plus, Chesnelong dut renoncer à la possession d'un portefeuille qu'il n'avait jamais ambitionné.

Au reste, le maréchal, sans accepter ni refuser la démission de ses ministres, les retenait pour l'expédition des affaires. Il fut convenu que la loi du Sénat serait reléguée au second plan, et que, après le vote d'une loi militaire récemment étudiée et qui ne devait pas soulever d'oppositions, on aborderait la discussion du projet constitutionnel présenté par un membre de la Commission des Trente, M. de Ventavon.

La droite modérée était de plus en plus inquiète. Le projet delà Commission admettait l'existence d'un Sénat; on savait que l'extrême droite s'obstinait à n'en pas vouloir. Comment réunir une majorité en faveur d'un septennat organisé, seule solution qui ménageât, pour plus tard, le retour de la royauté ?

Les membres de la droite modérée eurent la pensée de dépêcher Chesnelong vers leurs collègues de l'extrême droite, pour essayer de vaincre leur intransigeance. Il accepta sans enthousiasme : « Bien que beaucoup d'entre eux, dit-il, soient mes amis, ne vous y trompez pas, je suis usé. »

Usé OU non, il voulut s'acquitter en conscience de son mandat, et, dans une réunion de l'extrême droite, tint à peu près ce langage : « Vous ne voulez pas. Messieurs, constituer un autre gouvernement que la monarchie ; vous savez que tel est aussi mon vif désir. Or. actuellement ec pendant toute la durée de son septennat, le maréchal a seul qualité pour poser la question de la révision, et, partant, de la forme du gouvernement ; au surplus, cette question se posera d'elle-même à l'expirati(jn du Septennat. Cela étant, nous devons viser à ce que la question, lorsqu'elle sera posée, puisse être résolue dans le sens du retour à la royauté.

)) Si vous êtes avec nous pour la loi constituant la seconde Chambre, nous sommes sûrs de sa composition. Avec un Sénat tout entier ou presque tout entier nommé par le maréchal, qui composerait cette Chambre haute de catholiques et de royalistes, la monarchie serait assurée. Car, y eût-il une majorité répubhcaine dans la prochaine Chambre des Députés, il s'y trouverait aussi une minorité royaliste, laquelle, jointe aux voix du Sénat, assurerait, dans le Congrès ou réunion du parlement complet, la majorité à la monarchie.

» Si, au contiaire, vous vous séparez de nous pour la constitution de cette seconde Chambre, la majorité une fois déplacée, ou l'on organisera un Sénat répubhcain, ou l'on ne fera pas de Sénat du tout. Dans l'un et l'autre cas, la bonne volonté du maréchal pour le rétablissement de la monarchie, si grande soit-elle, viendra se briser contre une majorité républicaine dans le Congrès des deux Chambres, ou dans la Chambre unique, et c'en sera fait de nos espérances. Pouvons-nous hésiter ? Des catholiques et des royahstes en ont-ils le droit ( 1 ) ? »

L'argumentation était serrée, mais elle s'adressait à

{ 1 ) D'aprf's leH Mémoires do C'hesneloiip, t. VI.

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