‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 183 sur 302 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

des esprits esclaves d'un parti pris, soumis peut-être à des ordres venus de Frohsdorf. On invoqua l'impossibilité, pour de fidèles royalistes, de rien constituer en dehors de la monarchie. Faire une seconde Chambre, ce serait, dans une certaineme sure, établir un régime qui, puisqu'il ne serait pas monarchique, représenterait un organisme républicain. On entendait ne pas s'y résoudre. La fameuse majorité du 24 mai, si chère à Chesnelong, était donc et restait misérablement dissoute. Le négociateur revint vers ses commettants, hanté des plus sombres prévisions.

Le projet de M. de Ventavon comportait l'existence de deux Chambres ; il investissait le maréchal du droit de dissoudre, sans conditions et sans contrôle, la Chambre des Députés. Il attribuait égalemeni au chef de l'État, pendant toute la durée de son mandat, la faculté de provoquer la révision du régirne. A l'expiration des pouvoirs du maréchal, ou bien en cas de vacance prématurée de la présidence, les deux Assemblées, réunies en Congrès, devaient statuer sur les résolutions à prendre. Quant à la pensée de la Commission des Trente, M. de Ventavon la résumait dans une seule phrase : « Que l'avenir soit pleinement réservé ; que chacun garde ses espérances et sa foi. »

Ce projet d'organisation du Septennat empêchait la République de passer. Aussi, toutes les forces de la gauche se liguèrent-elles pour l'anéantir.

Successivement Lenoël, ami de M. Thiers, Raoul Duval, Jules Favre, font le procès de la monarchie, dont le Septennat ainsi conçu doit être le vestibule, tandis que MM. de Lacombe, de Carayon-Latour, Lucien Brun et de Broghe exaltent ce régime comme le seul qui ])iusse sauver le pays d»^ ranarchie.

Les uns et les autres sont affirmatifs et passionnés ; ils n'aboutissent qu'à des discussions sans issue. Un orateur plus calme, mais non moins habile, va être écouté avec plus de faveur." Le défenseur de la liberté de l'enseignement supérieur, M. Laboulaye, prend la parole. Son bon sens, son libéralisme célèbre, sa fiére et ferme dialectique, sa bonne grâce et sa bonhomie lui assurent tout d'abord l'autorité. Il plaide, en faveur de la République, le fait existant, l'impossibilité actuelle de constituer un autre gouvernement, et le danger extérieur qui résulterait d'un provisoire plus prolongé. Malgré tout, l'Assemblée n'est pas gagnée encore, et son vote repousse la motion de M. Laboulaye.

3Iais on parle d'un autre amendement, déposé par M. Henri Wallon. Il est ainsi conçu : ( Le président de la République est élu à la pluralité des suffrages par le Sénat et la Chambre des Députés réunis en Assemblée Nationale. Il est nommé pour sept ans et rééUgible. »

Sous une forme réservée et timide, c'est encore la RépubUque qui se présente, demandant qu'on lui accorde enfin droit de cité. La rééligibilité du président, c'est la continuation possible du régime après l'expiration du Septennal, c'est le statu quo indéfini.

L'auteur de l'amendement est un excellent homme, instruit, patient, modeste et pieux. L'éloquence, an reste, n'est pas son fait, et tout d'abord on l'écoute à peine, lorsqu'il monte à la tribune pour défendre son amendement. Mais il insiste : u Je ne vous demande pas, dit-il, de déclarer le Septennat définitif. Qu'est-ce qui est définitif ? Mais ne le déclarez pas non plus j)rovisoire. Faites un gouvernement qui ait en lui les moyens de vivre et de se continuer, qui ait aussi en lui les moyens de se transformer, non pas à une date fixe comme le 20 novembre 1880, mais alors que le besoin du pays le demandera, ni plus tôt, ni plus tard. » C'était exprimer

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