CHAPITRE XV
tout haut ce que'plusieurs pensaient, même sur les bancs du centre droit. Ce groupe comptait, en effet, plus d'un politique heureux de voir la République se faire, pourvu qu'on ne lui demandât point d'y travailler.
Le discours de M. Wallon, si terne par la forme, en réalité si puissant, parce qu'il semblait assigner un terme à la lassitude commune, apparut promptement à la droite comme un réel danger. Après une intervention insuffisante de M. Albert Desjardins, Chesnelong se jeta dans la mêlée. Il fit remarquer d'abord que l'amendement Wallon n'était autre que l'amendement Laboulaye légèrement modifié dans les termes. Or, celui-ci venait d'être rejeté. « Est-ce que l'Assemblée, demandait Chesnelong, peut prononcer deux décisions contraires sur la même question, à vingt-quatre heures de distance ? »
Au surplus, puisqu'on veut poser, dès maintenant, la question entre la monarchie et la République, qu'on les mette l'une et l'autre en présence.
« Quel est le gouvernement qui pourrait le mieux assurer le relèvement social et national de notre pays ? Voilà la question suprême, et qui domine de bien haut toutes les questions de métaphysique constitutionnelle. » Et, après avoir rappelé la nécessité d'xin principe d'autorité incontestée, comme d'un gouvernement qui inspire confiance au dedans et respect à l'extérieur, Chesnelong continue : « L'honorable M. Laboulaye vous disait, il y a deux jours : « En fait, malgré les réserves de droit, » nous sommes en Répubhque depuis quatre ans, et cette » République n'a menacé, ni la religion, ni la famille, ni » la propriété.» — Mais cette République dont il parlait c'était vous !... Non, vous n'avez pas menacé ces nobles et grandes choses ; vous les avez vigoureusement défendues quand elles ont été attaquées... Il y a. du reste, un esprit répubhcain, tel que le comprend l'honorable
M. Laboulaye, que je respecte profondément dans tous ceux qui en sont animés. Mais, qu'il me permette de l'ajouter, il y a aussi un esprit tout différent, je dirai même, s'il le veut, tout contraire, un esprit de domination turbulente et d'anarchie tyrannique, qui change de nom selon les moments, qui ne change jamais d'allure, opprime les consciences, trouble les intérêts, met l'existence de la société en péril, c'est l'esprit révolutionnaire.
» Je connais ses doctrines, c'est assez pour que je puisse dire ses desseins. Vous parhez des grandes institutions sociales que la République, telle que vous l'entendez, ne menace pas. Mais ces institutions, l'esprit révolutionnaire les menace toutes.
» Que ferait-il de la magistrature ? Il briserait son inamovibilité ; il la ferait dériver de l'élection, et il lui ravirait, avec l'indépendance qui fait sa force, le respect qui assure son autorité.
» La famille ? Il la déshonorerait par le divorce et briserait sa stabilité par l'amoindrissement de l'autorité paternelle. {Applawlisseinsnts à droite, interruptions ironiques à gauche.) Vous riez, Messieurs ; moi, je m'attriste, car le danger est là. Je ne l'exagère pas ; je m'en tiens au minimum des prétentions révolutionnaires, et, au risque de vous déplaire, j'ai le devoir de continuer.
» La propriété ? L'esprit révolutionnaire l'atteindra au moins par l'impôt progressif.
» La religion ? Il cherchera à la frapper dans son organisation par la suppression du budget des cultes, dans ea liberté par des lois d'oppression.
)) L'enseignement enfin ? Il chassera Dieu de nos écoles, et mettra le christianisme en interdit.
» Eh bien, Messieurs, cet esprit, je vous le dénonce. Il est là, il vit, il marche, il aspire à être le maître. Je n'ai pas besoin de vous dire de quel nom, nom de guerre