CHAPITRE XV
OU nom d'homme, il s'appelle aujourd'hui... La République aura beau se dire conservatrice ; elle aura beau vouloir se séparer de la Révolution. Qu'elle le veuille ou non, par cela seul qu'elle existera, elle augmentera les forces de l'esprit révolutionnaire, et elle surexcitera ses espérances ; elle lui donnera des allures et des prétentions de vainqueur.
» C'est là. Messieurs, son péril fatal. C'est pour cela qu'elle inspire à la grande masse des conservateurs tant d'appréhensions et de légitimes défiances. Voilà pourquoi aussi je supplie .l'Assemblée de vouloir bien repousser les deux amendements que nous discutons, et qui, malgré leur forme discrète et presque voilée, tendent à une constitution de République définitive, quoique révisable (1). »
Est-ce une prophétie qu'on vient de Hre, ou serait-ce une page d'histoire ? La fidélité avec laquelle sont esquissés à l'avance les épreuves religieuses et les naufrages sociaux des trente dernières années permet de poser la question.
Mais les raisons d'utilité matérielle et immédiate exposées par le précédent orateur avaient impressionné nombre de députés fatigués de luttes stériles.
Plusieurs membres de la droite, appréciant le péril que cette discussion faisait courir à la monarchie, voulaient faire renvoyer à plus tard le vote des lois constitutionnelles ; mais la majorité de l'Assemblée répugnait à se dissoudre sans avoir donné une constitution au pays.
Malgré les avertissements de Chesnelong, le 30 janvier 1875, l'amendement Wallon fut voté. (2)
Quelques semaines après, le 25 février, la constitution
(1) Mémoires, t. VI, p. 17(5 et suiv.
(2) La plupart des historiens ont dit que eet amendement, et. par suite, l'adoption de la forme républicaine, avait été voté à une voix de majorité. Cette affirmation reposerait sur une équivoque que
elle-même, créant les pouvoirs publics et réglant leurs attributions, était acceptée par l'Assemblée. L'espoir si longtemps fondé par Chesnelong sur les conservateurs coalisés au 24 mai 1873 était définitivement évanoui ; le fait dont il redoutait de si dangereuses conséquences était posé ; adieu le rêve d'une France régénérée par le bienfaisant travaU d'une monarchie catholique ! Le pays aveuglé semblait hvré à tous les hasards. Qui le retiendrait sur la route de l'abîme?
Les nations se relèvent, aussi longtemps qu'elles restent fidèles aux grandes traditions rehgieuses.
Au lieu de déserter la lutte après cette défaite politique, Chesnelong résolut de se donner tout entier aux œuvres sociales et charitables, tout en saisissant les
souligne la note suivante. Elle émane d'un ancien député à l'Assemblée Nationale, M. le comte Louis de Ségur, qui, avec une parfaite obligeance, me l'a communiquée :
« L'Assemblée Nationale, à sa dernière année 1875, séance du 30 janvier, avait une fois de plus, et l'on pensait que c'était la dernière, avorté sur la question de constitution.
;i Aucune proposition, d'où qu'elle vînt, n'avait pu réunir la majorité. Nous étions acculés, soit à l'appel au peuple, que désiraient les bonapartistes et quelques idéologues de gauche, soit à l'élection d'une nouvelle Constituante au milieu du déchaînement des passions démocratiques et des luttes des partis . C'était livrer la France aux hasards de l'inconnu et aux violences des factions. Alors secrétaire de l'Assemblée, je montai les marches qui nous séparaient du fauteuil du président, M. Bnfïet, et je lui exprimai combien, avec tous les modérés de toute opinion, nous étions émus du danger.
» Comment le conjurer ? Le règlement, fort sage pour les temps ordinaires, ne 8eml)lait pas permettre la reprise des discussions constitutionnelles avant de longs délais, utiles pour calmer les esprits.
» Mais l'Assemblée n'avait plus le temps devant elle ; la mort sans testament nous répugnait et nous effrayait pour lo pays. Les termes du règlement prôtiiiont à l'interprétation. Lo président réiuiit lo bureau. En majorité, il fut d'avis qu'il n'j' nvnit pas lieu de clore