CHAPITRE XV
il parle de « cet homme qui s'arrache au joies de la famille pour se donner tout entier et sans partage à cette autre famille clu-étienne dont il devient le pasteur et le père, qui est l'homme de la prière et du pardon, de la mansuétude et du renoncement, l'ami des délaissés, le consolateur de ceux qui ont perdu, avec l'espérance, la dernière force de la vie, le mart3rr mystique qui puise, chaque jour, dans le grand sacrifice chrétien, le sens de la douleur volontairement acceptée pour la rédemption des âmes, » ne pense-t-il pas à la future mission de l'adolescent qui vient de le quitter pour s'enfermer dans une cellule d'Issy?
D'autres joies adoucissent sa récente déception sur le terrain politique, joies du catholique et de l'homme d'œuvres qui sent son apostolat béni de Dieu.
Le 16 juin 1875, il prend la parole à Montmartre, pour la pose de la première pierre de l'égUse du Sacré-Cœur : « Malgré les angoisses de l'heure présente, dit-il, les foules réunies sur la montagne des martyrs viennent de poser la première pierre de la rédemption nationale. »
Un de ses amis béarnais, l'abbé Bordacliar, a entrepris de fonder à Bethléem un couvent du Carmel. Contrariée par mille obstacles, l'entreprise vient de réussir, grâce aux interventions multipliées de Chesnelong.
A peine de retour à Orthez, il assiste à la première communion de Louise, sa dernière enfant ; puis c'est la douceur de la rencontre avec les anciens amis : M. Champetier de Ribes. dont la famille, déplus en plus nombreuse, vient animer, chaque été. sa résidence de Làa-Mondrans ; Tabbé Barbe, toujours empressé d'accourir à Orthez entre deux missions, ^DI. Daguenet et Dariste, fidèles appuis de notre député dans les luttes politiques et religieuses, M. de Gontaut-Biron, qui trouve dans un bref séjour en Béarn un salutaire répit à ses épreuv*es de Berlin.
Un autre voisin de campagne lui promet plus que l'agrément de mutuelles visites. Le comte Desbassyns de Eichemont s'est pris d'admiration pour le rôle si courageusement soutenu, depuis deux ans, par Chesnelong. Esprit délicat et pénétrant, politique avisé, il foui'nii'a désormais à son compagnon de luttes une aide aussi directe qu'empressée.
Notre député comptait principalement sur ces viriles amitiés pour soutenir son effort. Aucune ne lui était plus chère que celle de son initiateur à la vie politique, le si digne et si dévoué M. Larrabure. Parvenu à la vieillesse, il ne quittait plus guère son château d'Argagnon, rendez-vous des principales notabilités béarnaises. Le 16 avril 1875, une violente bronchite le conduisit rapidement à l'extrémité. Chesnelong accourut, et lui fit des adieux pleins d'émotion. Quelques heures après, réconforté jjar les sacrements, le vieillard paraissait devant Dieu.
Sur sa tombe, le député des Basses-Pyrénées rendit un chaleureux hommage à l'homme de cœur et au citoyen ; mais nous trouvons, dans une de ses lettres d'alors à M. Champetier de Ribes, l'expression plus émouvante encore de ses regrets.
« Jamais, dit-il, le moindre nuage n'avait, depuis vingt-cinq ans, altéré notre amitié, et, malgré la différence de nos âges, de nos existences, et, à quelques égards, de nos manières de comprendre la vie, nos cœurs se touchaient et étaient étroitement unis. L'homme qui vieilHt, mon cher ami, c'est le chêne qui se dépouille feuille à feuille. On perd des amitiés ; on n'est plus à l'âge où les vides se comblent ; l'isolement se fait, et le détachement de la vie commence. Nous n'en sommes pas là encore, mais nous entrons dans la voie descendante. Tenons-nous-y les mains serrées, les cœurs unis comme aux jours de notre jeunesse, avec des émotions