CHAPITRE XV
plus mélancoliques, mais aussi avec un regard plus sérieux et plus ferme sur ce qui remplit la vie et sur ce qui doit la suivre (1). »
Ce qui remplira désormais la vie de Chesnelong à l'Assemblée, c'est la défense obstinée des intérêts religieux. Plus d'illusions, plus d'espérances monarchiques ; la République à peine votée, on a voulu l'organiser. Institution d'un Sénat, droit de dissolution en faveur du président, droit de révision du régime en faveur des Chambres, sont maintenant des faits accomplis.
Mais, derrière la République, il y a la France ; Chesnelong ne l'oublie pas, et, sous ce régime si contraire à ses préférences, il va travailler avec d'autant plus d'ardeur, qu'il y a plus de périls à conjurer.
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Le projet de liberté en faveur de l'enseignement supérieur, voté en première lecture le 5 décembre 1874, revint en seconde lecture, le 7 juin suivant.
Le nouveau cabinet centre droit-centre gauche était présidé par un catholique notoire, M. Buflfet. C'était une garantie de loyale application de la loi, pour le cas où l'on parviendrait à la faire voter.
L'article premier, qui proclame la liberté du haut enseignement, avait été adopté en décembre. L'article second énumère les individus, associations et personnes morales qui pourront en bénéficier. Parmi celles-ci figurent les départements, les communes, les consistoires protestants et Israélites. Les diocèses sont passés sous silence. C'est la liberté pour tous, excepté pour la hiérarchie catholiqHe.
(1) Lettre inédite, du IG avril 1873.
Chesnelong ne l'entend pas ainsi. Non seulement il revendique pour les diocèses le droit d'ouvrir des cours et des facultés, mais il déclare « que l'Eglise catholique possède, en matière d'enseignement, un droit propre et supérieur, qu'elle tient de son origine, et qui fait partie de sa mission. » C'était une réponse catégorique aux insinuation^! de certains esprits étroits qui, le voyant se placer d'ordinaire, pour défendre l'Église, sur le terrain du droit commun, l'accusaient volontiers d'incliner vers l'erreur libérale.
La harangue de Chesnelong était si nette et si concluante, qu'elle ne souleva guère d'opposition. On vota, en faveur des diocèses, le privilège d'ouvrir des facultés, et l'on arriva sans encombre à l'article 12, qui concernait la collation des grades. C'est ce terrain que la gauche avait choisi pour livrer bataille.
Les catholiques réclamaient, pour leurs futures facultés, le droit de conférer les grades, et le projet de la Commission stipulait que ce droit pourrait leur être accordé par une loi spéciale, moyennant des conditions déterminées, quand les nouvelles universités auraient fait leurs preuves.
Contre cette disposition, M. Jules Ferry présenta un amendement réservant à l'État le monopole des diplômes.
C'était son début devant l'Assemblée. Rarement Chesnelong avait rencontré un adversaire aussi redoutable. « Discuteuf très pressant, très cauteleux et très tenace, Jules Ferry creusait laborieusement les questions et les exposait, dans une ordonnance très méthodique, avec une clarté saisissante. Quand une portion de vérité se rencontrait dans son argumentation, il allait droit à son contradicteur avec une force intense, où la grâce n'apparaissait pas, mais qui était loin d'être inefficace.