CHAPITRE XV
raison que seul il dispose des carrières auxquelles ces grades donnent accès. Une réplique très serrée de Chesnelong fit voir que la collation des grades n'avait jamais été l'apanage de l'État comme tel, qu'elle avait tout au plus été le privilège de l'Université napoléonienne. Ébranlée par cette ardente parole, l'Assemblée finit par adopter l'amendement de M. Paris, aux termes duquel les étudiants des universités libres auraient le droit de se présenter, pour l'obtention des grades,' devant les facultés de l'État, ou devant un jury mixte, composé par moitié de professeurs de l'État et de professeurs de l'enseignement supérieur libre.
Restait la troisième délibération du projet, qui pouvait tout remettre en question. Elle commença le 8 juillet. C'était la lutte décisive ; aussi la gauche combattit pied à pied, multipliant les discours et les amendements.
Dans un esprit de conciliation, la Commission et les chefs de la droite supprimèrent, dans larticle 2, tout ce qui était relatif aux départements, communes, consistoires et diocèses. C'était remettre en question la personnalité civile des diocèses, dont Chesnelong avait fait admettre le principe, lors de la première déUbération. Il crut devoir faire, à cet égard, les plus expresses réserves, rappelant que la loi sur la personnalité des diocèses n'était pas de création récente, qu'elle existait de par la loi de germinal an X, et que vouloir la détruire après l'avoir une fois confirmée serait une atteinte inexcusable à un privilège déjà vieux d'un siècle.
Au reste, cette concession de la droite est inquiétante. La majorité se désagrège. Il faut assurer le succès, tandis qu'on le tient encore.
Tour à tour, MM. Brisson, Jules Favie, Picard, Beaussire et Tolain ont attaqué la loi, et MM. Desbassyns de Richemont, Lucien Brun et Grivart ont déployé, pour la défendre, autant d'énergie. que de talent. Un nouvel amendement va ramener Chesnelong à la tribune.
Il a pour auteur un professeur de droit de Poitiers, qui possède l'art de masquer, sous une forme modérée et courtoise, l'opposition la plus violente aux institutions catholiques. M. Lepetit tient pour le droit absolu de l'État sur la collation des grades ; c'est une réédition plus perfide de l'amendement Jules Ferry. Sa démonstration, méthodique et insinuante, s'est déroulée avec un calme qui en a doublé la force. Chesnelong le suit pas à pas, s'attachant à réfuter avec précision des affirmations qui paraissent avoir ému l'Assemblée. C'est jusqu'alors un duel de dialectique ; mais un incident imprévu vient animer le débat.
Dans un discours précédent, auquel fait allusion M. Lepetit, un orateur de la gauche radicale, M. Tolain. a fait remarquer l'insistance avec laquelle Chesnelong rappelle, à la Chambre, les droits des pères de famille. « C'est vrai, dit celui-ci, et j'en parle encore. Nous n'en sommes plus à ce principe païen, que l'âme de l'enfant appartient à l'État ; c'est le père de famille qui en a la charge, et c'est lui qui doit en conserver la garde. »
Tolain intervient alors : « C'est au nom de la liberté du père de famille et de la moralité de l'enfant que j'ai protesté contre votre enseignement funeste !
— Nous ne voulons pas, dit Chesnelong, de vos doctrines, pas plus que vous ne voulez des nôtres.
— Alors, c'est la guerre !
— Comment, c'est la guerre ?...
— Oui, oui, la guerre ! »
Chesnelong, se redressant : « Quelle paix voulez-vous donc ?... Voulez-vous la paix dans Tabdication de tout^*